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Le paysage et les paysagistes belges. — Les membres de la Société Libre des Beaux-Arts. — Le réalisme et son pessimisme lyrique. — Mellery, peintre de l’incognoscible. — La sensibilité flamande de Baertsoen. — Les révélations de Nieuport. — Les Cordiers sur les Remparts. — Dixmude. — Mélancolie et truculence du « Luysegevecht ».
Dans le domaine du paysage, si attentivement et si passionnément exploré déjà par les peintres belges, quelle part Baertsoen allait-1l découvrir et se réserver ? ‘Depuis Boulenger et l'école de Tervueren, tous les chemins n'étaient-ils point parcourus ? Vergers, villages et forêts du Brabant, marais, sapins et bruyères de la Campine, prairies et polders de la Flandre, collines ardennaises et plateaux condruziens, rives rocheuses de la Meuse et de l’Ourthe, — nos peintres, en fils très épris, avaient chanté tous ces aspects du sol natal, en avaient dit la variété et la poésie. Remarquons même que parmi les constantes influences françaises, cette dilection patriale a sauvegardé l'indépendance émotive de nos paysagistes. Rousseau, Dupré, Daubigny ont enseigné à Boulenger leur raffinement, leur brio, leur intelligence des instants crépusculaires ; mais c'est avec son cœur que le maître tournaisien découvrit les vestiges campagnards aux environs des villes brabanconnes, le cadre boisé, les fourrés, les étangs, les mares,
les ruisseaux, les allées de Tervueren. Artan et Louis Dubois ont été des fanatiques de Courbet, comme tous les fondateurs de la Société libre dés Beaux-Arts groupés autour de Charles De Groux ; ce n'est pourtant pas Courbet qui fit connaître à Artan la mobilité subtile de la mer du Nord, ni le poème éternellement mystérieux de notre océan; ce nest pas Courbet qui révéla à Louis Dubois l'émouvante détresse des solitudés campinoises ou les grâces brillantes des sites mosans…
De mème, les peintres français ont pu orienter Baertsoen vers le style ; mais la poésie et l'objet de son art sont empruntés à la terre natale. Pour situer historiquement l'ensemble de sa création, ce sont les groupements artistiques belges qu'il faut étudier et entre tous cette Société libre des Beaux-Arts où se rencontrent quelques-uns des maîtres de la peinture contemporaine. Disons donc un mot de la constitution et de l'ésprit de cette société. Fondée en 1860, elle rassemblait tous les fervents de Courbet. Un tableau du peintre Lambrichs réunit les portraits des membres fondateurs. Il y à là notamment Charles De Groux, Jean-Baptiste et Constantin Meunier, Verwée, Rops, Raemaekers, Baron, Artan, Van Camp et Louis Dubois, « l'animateur » du groupe, qui poussait, on le sait, l'idolâtrie de Courbet jusqu'à s’exhiber en bras de chemise et la pipe à la bouche à un vernissage bruxellois, parce que le grand peintre français s'était montré en blouse à une ouverture d'exposition parisienne. — Or, presque tous ces artistes, qui menèrent si joyeux tapage en créant leur cercle, sont des tristes dans leurs œuvres: Charles De Groux, Louis Dubois, Artan, Constantin
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Meunier (ce dernier, dans sa peinture surtout, car son ambition de réaliser du Millet en sculpture l’a finalement haussé vers la plus heureuse sérénité). Cette tristesse était comme un involontaire et obstiné démenti que ces artistes infligeaient à leur dogmatisme matérialiste. « La peinture exclut l'idée », proférait Dubois. Mais l'idée se vengeait en s'insinuant dans ses œuvres par les voies du pessimisme lyrique. L'idée allait même devenir dominante dans l'art d'un maitre chez qui la tristesse d’'Artan, de De Groux, de Meunier et de Dubois se perpétue, se concentre, devient un thème unique et fatal : Xavier Mellery.
Réaliste au début, Mellery s'affirma rapidement peintre de l'intimité et puissant styliste. Ouvriers de la glèbe, portefaix, braconniers l'inspiraient tour à tour quand un voyage à l'ile de Marken et la vue des intérieurs hollandais lui apprirent la beauté du silence. Désormais les cours et les ruelles désertes, les intérieurs d'où le jour fuit chassé par l'ombre grise, les oratoires - qu enrichissent les hauts bahuts et les vieux cuivres, — coins pleins de souvenirs, de reliques, d’antiques joies et dans lesquels glisse et chuchote l'âme profonde des choses, — furent à la fois son décor, ses sujets, ses personnages. Les pierres vivaient, le silence parlait ; dans une brique, dans un brin d'herbe courait le frisson de l'infini, se découvrait l'invisible. Bien que Baertsoen ait admirablement saisi la physionomie intérieure de la nature, Mellery est resté le vrai peintre de l'incognoscible... Son art s'est fixé dans des formes classiques et s1l a rendu la face invisible des choses avec un coloris volontairement voilé, son dessin est resté d’une préci-
sion, d'une clarté absolues. La discipline de la main
chez Mellery est telle, qu'il est revenu peu à peu aux conceptions idéales et ses dernières œuvres sont des allégories de la plus classique pureté. Pour lui la peinture n'exclut pas l’idée. Si on lui demandait qui avait raison de Hegel, découvrant l'idée dans toutes les