‹ Albert BaertsoenChapitre 8 sur 36 · AUDENAERDE · texte numérisé non relu

AUDENAERDE

S adressant aux choses inertes, s'inspirant de décors oubliés et meurtris, l’art de Baertsoen de plus en plus s'animait d'une vie mystérieusement humaine. Mais c était sa propre âme surtout que l'artiste laissait parler dans les pierres noircies, les eaux grises, les façades

tassées. C'était sa pitié, sa foi, sa tendresse qui s’harmonisaient avec la mélancolie de ce coin populaire. Ainsi la Rivière prenait un aspect de réalité idéale.

De telles transpositions sont le privilège des poètes. Dans l'esprit des bons Gantois, le Luysegevecht (littéralement : combat de poux) jouit d'une réputation fort prosaïique. Baertsoen conte lui même la scène que voici. Assis un jour sur l'autre rive pour prendre quelque croquis, il vit soudain, près du lavoir, deux femmes se prendre aux cheveux. Comme nulle ville ne rivalise avec Gand dans le choix des injures, de surprenantes épithètes se mirent à vibrer dans la ruelle. Bientôt de la rive ‘où Séltenait l'artiste mets personnes assistèrent au spectacle. Dans l'impasse, les deux mégères continuaient leur match furieux. Mais l'une d'elles s'irrita tout à coup de cette affluence; lâchant le chignon de sa rivale, elle vint se mettre au bord de l’eau et sans hésitation, sans honte, elle imita le geste de la Mouquette... Je gage que la mélancolie de Baertsoen s'évanouit du coup et que ce jour-là le peintre de nos vieilles cités fraternisa en pensée avec nos joyeux petits maîtres du xvrI* siècle.

*SOT[OXNIA 9p 99S0JN HOIAN VI SAOS SANVIVH)

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