LA MARSEILLAISE
HP
Marseillaise : sur un ciel de flamme, un cuirassier cherche à retenir deux chevaux qui se cabrent au son de la musique guerrière. La Marche funèbre occupe la partie opposée, parallèlement, au clavier ; soir de défaite dans la plaine au sol dévasté, le régiment passe, quatre cuirassiers portent sur une civière le cadavre du chef, recouvert de son manteau, et la rangée des capotes grises, des pantalons rouges, des casques luisants, s'allonge dans la nuit ; rien de plus simplement grandiose, de plus noblement émouvant. — Sur la paroi de gauche du piano, Besnard a peint le Rythme, le rythme de la nature, des feuilles remuées par la brise, de l'eau en cascade, le rythme du travail humain, des forgerons battant le fer sur l'enclume, le rythme intérieur enfin, le rythme poétique figuré par le poète plongé dans son rêve. L' Amour heureux : au seuil d'une petite maison de briques claires, c'est le tendre geste blotti de la femme et l'enlacement vigoureux du mâle, tandis que non loin d'eux, se voilant les yeux pour ne plus voir ce bonheur dont la présence le torture, un jeune homme représente Y Abandon, et des femmes agenouillées, les mains jointes, en deuil, sur le bord de la mer, dorée par le soleil couchant, la Prière.
Ce n'est pas tout. A travers des vagues d'or, de laque d'or, selon les procédés japonais, une nymphe marine décore la face intérieure du couvercle. C'est un des plus beaux nus qu'ait, de sa carrière, exécutés Besnard ; le geste alangui des bras, l'expression voluptueuse du visage, l'espèce de joie dont semble pénétré ce corps de femme, parmi les splendeurs miroitantes de l'élément précieux qui l'environne, tout concourt à créer une impression inoubliable de richesse discrète, de somptueuse et délicate beauté. Cette nymphe couchée sur ces vagues d'or, cette attirante nymphe de l'harmonie, ne serait-ce pas le symbole même de l'art de Besnard, ondoyant et sensuel, troublant et passionné, instinctif et conscient à la fois, adorablement séducteur.