OPINIONS SUR SON ŒUVRE
QUELQUES ECRITS D'ALBERT BESNARD ET LES OPINIONS DE QUELQUES ECRI- VAINS ET ARTISTES SUR SON ŒUVRE.
Introduction au « Salon » de 1897
Lorsqu'il aborde un Salon de peinture, le public, plein d'admiration pour lui-même et déjà fort renseigné par la critique, se considérant, de prime abord, comme un juge, aiguise sa gaieté ou compose son dédain et, selon la formule sacramentelle, décrète que « le Salon de cette année ressemble à celui de l'an passé ; qu'il s'en dégage un parfum de déjà vu ».
Je crois bien que cette tendance au dénigrement est particulière au public français et qu'elle tient à cette malignité dont nous sommes très fiers et qui est devenue proverbiale. Elle est la marque, tout simplement, de cette routine dont nous faisons sans cesse preuve et qui nous a, de tout temps, rendus défiants à l'égard des gens d'imagination; qu'ils soient des artistes ou des savants. De quel droit imposez-vous à ce public vos idées qui l'émeuvent et par conséquent le gênent, vous, inconnu de la veille ? Ou bien, pourquoi vous permettez-vous de montrer votre talent sous une face nouvelle, vous qu'il a classé dans telle ou telle catégorie ? Chose étrange T ce qui pourrait être un agrément pour lui devient, à ses yeux, une impertinence et il ne vous la
pardonne presque jamais. Vos efforts ne l'émeuvent pas et votre passion l'importune comme certains hommes les larmes des femmes.
Et cependant, quoi de plus admirable que cet instinct qui porte l'homme à recréer la nature ? Quoi de plus attrayant pour la pensée que ce fait inouï de l'homme de tous les temps, soustrait à son atmosphère de luttes par son besoin impérieux de voir et de comprendre, qui l'amène à reproduire ce qui l'entoure, suprême repos au milieu de ses souffrances ? Quel prodige que ce cerveau de l'homme primitif, concevant déjà la déformation, ce triomphe de la connaissance de la forme, échappant déjà, par le don de l'imagination, à l'infirmité de sa nature primitive? Pour comprendre ce que je dis, il suffit d'une visite aux vitrines du musée de Saint-Germain.
L'homme que nous sommes ne peut donc rien inventer de supérieur à ce que produisait ce primitif ancêtre, dont l'œuvre tentée nous révèle la sincérité, l'amour et l'humanité. Mais, en se perfectionnant, il lui aura été donné d'admirer la maîtrise puissante du plus puissant cerveau qui, parmi d'autres, dans l'œuvre la plus humble et la plus rudimentaire, lui fera sentir que la création tient tout entière dans le cerveau de l'artiste, qui, inconscient parfois, mais impressionné toujours, fera toujours bénéficier les autres d'un idéal dont il est la source ignorée de lui-même. Simplement parce que l'idéal est la forme supérieure de la pure réalité. Cependant, disons-le bien vite et bien haut, cette réalité demeurerait à jamais sans fruit sans le secours de l'imagination. L'imagination, c'est-à-dire cette faculté de sortir de soi-même, de deviner, à l'aide des yeux de l'âme, la corrélation des infinis, et qui ne peut s'exercer sans la coopération de la nature, le modèle de tous les infinis.
Dès lors, puisque la notion d'art est le résultat de la vision de ce qui nous entoure, comment donc ce public dont je parle n'estt-il pas touché par cette mise à nu du cœur de l'homme qu'est une œuvre d'art? Comment ne reste-t-il pas silencieux et troublé par