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L'ESPERANCE

Décoration d'une Chapelle d'Hôpital à Berck.

éréthisme. Mais la Grande Mélancolie humaine élit pour ses occultes desseins, ces amoureux de la forme et de la couleur, et nous entendons alors, si nous savons prêter l'oreille, à travers leur ivresse, le sanglot discret de l'âme infinie. Ce sérieux, cette vibration de la conscience profonde font le charme exceptionnel des fresques encore bien peu connues dont je vais plus spécialement parler. M. Besnard y a maudit et plaint de tout son cœur le mensonge, le vice et le crime qui dévastent notre univers moral autant et plus qu'aux époques barbares. Et il s'émeut devant les tares correspondantes de l'univers physique, — les difformités, la maladie, la misère, les cruautés de l'atavisme, de l'accident et de notre état social. Mais il ne s'est pas arrêté à la période négative de la pitié. Au-dessus de ces douleurs, il a fait planer l'idéal dont le rayon permanent nous console, et il a évoqué la Bonté active et la Science pratique qui nous permettent un bonheur toujours grandissant.

Ce drame de l'humanité, où la conscience s'oppose sans cesse à l'ignorance et à l'infortune, transporta M. Besnard d'enthousiasme et de miséricorde, comme les beaux paysages et les courbes brûlantes du corps féminin l'avaient enivré précédemment de leur magnifique sensualité

C'est donc à la minute « religieuse » de sa vie qu'à atteint M. Besnard. Comme nous l'avons vu, il n'y a rien là de sectaire ou de dogmatique. La pensée y est au contraire ardente et l'émotion multiplie l'énergie. Graves et exquises minutes où nous prenons conscience de nous-même, et où la justice et l'amour se dressent devant nous comme des dieux irrésistibles. C'est la crise de Tolstoï, quand il voulut voir au fond de son génie si hautement littéraire un devoir social plus austère et plus pur. C'est la crise que l'on pourrait appeler, selon l'expression mystique de l'apôtre russe, « le Christ en nous-même. » Nous sentons sur cette cime de notre vie que toute l'humanité palpite en nous, et nous la transfigurons par le dévouement et par la Beauté.

Extrait de la Revue, juillet 1900. Jules BOIS.

On fût bien aise, quelques jours après Whistler, de voir l'exposition d'un peintre français, de défauts et de qualités, bien françaises, M. Albert Besnard. Le succès en fut immense ; ses critiques en firent un éloge unanimement : à tel point qu'il n'est peut-être pas inutile d'insister sur le plaisir que les artistes sans préjugés y ont trouvé, conjointement avec les gens du monde, afin du moins de dissiper la mauvaise humeur de quelques esprits difficiles et de leurs suiveurs. A mon gré, il serait puéril de continuer à tenir rigueur à M. Besnard de ses emprunts aux impressionnistes. L'attitude parfaitement explicable d'un Degas ne convient pas à des jeunes gens qui lui durent, à un certain moment, la révélation de choses très neuves sur leur art. La Femme jaune,la Femme orange, le Portrait de FamilleAesètudes de chevaux, sans parler de l'École de Pharmacie et du plafond de l'Hôtel-de- Ville, restent le témoignage d'un tempérament vif et primesautier qui fut naturellement et spontanément audacieux. Les concessions au goût du jour que quelques-uns lui reprochent amèrement et qui, certes, ne sont pas la meilleure part de son œuvre, — les pastels, par exemple, — j'admets qu'il les a faites par une sorte de logique, de sincérité comparables à celles de certains artistes du xvine siècle, intimement mêlés à la vie élégante de leur temps, emportés par le tourbillon du monde et de la mode, et satisfaits de fidèlement les refléter. Les snobs, très au courant, ceux enfin qui, depuis peu, se pâment devant la moindre esquisse de Cézanne, auraient tort de nous entraîner à méconnaître un artiste qui fait ainsi revivre, avec quelle abondance, avec quel sens de notre époque, l'art des Vanloo, des Solimène, des Luco Giordano et des Tiepolo. Ce qu'il tient d'aisance et de facilité de la fréquentation des maîtres de la Décadence italienne, s'est heureusement appuyé sur un sentiment très authentique et même très naïf de la vie, de toutes les joies de la vie. Son imagination décorative dépasse de loin toutes les rhétoriques de l'Art Nouveau. Qui donc, depuis Puvis de Chavannes, a su orner des murs publics, d'inventions de cette qualité? On voudrait qu'il eût

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