‹ Albert BesnardChapitre 37 sur 39 · AMAN-JEAN · texte numérisé non relu

AMAN-JEAN

Cette occasion m'est un vrai plaisir d'exprimer ma sympathie pour le fécond et brillant artiste, qui va réunir ses œuvres chez Georges Petit; une partie de ses œuvres, du moins, car pour les voir toutes, il faudrait courir aux quatre coins de Paris, aller jusqu'à Berck et, peut-être, entreprendre un voyage aux Amériques.

Quelle générosité se prodigue , quelle forte santé , quelle variété I Si l'exposition annoncée révèle au public les magnifiques préparations, les études dessinées et peintes, gravées aussi, que Besnard égrena, avant, après, tout autour de chaque nouvelle entreprise, j'en connais la plupart, je lui en ai vu beaucoup faire. Depuis la Source, envoi de Rome au Salon, depuis son séjour à Londres, où il fut si accueillant à mes curiosités de débutant, je n'ai guère cessé de le suivre, émerveillé. Mais son bagage est si compliqué, si divers ; il s'est tant dépensé

dans ses expéditions aux îles du rêve qu'au total, il me reste comme un éblouissement. Je ne distingue plus bien, entre les différents bouquets de sa pyrotechnie.

Ce sont des chairs de nacre, des verres irisés, des écharpes d'Orient, des sequins et des paillettes, des boules de neige ; ce sont des nus robustes ou sveltes, des portraits ingénieusement combinés, dans des intérieurs éclairés de tous côtés, par des portes sur le jardin et par des lampes; c'est l'anatomie savante de beaux chevaux à la robe diaprée, emportés en des mouvements fougueux. Voici la ravissante École de Pharmacie et d'autres pages décoratives, où la vie moderne et populaire se combine avec la fantaisie et que magnifie une science digne des meilleurs, parmi les Italiens de la Renaissance. Et tout cela est français, si net dans la complication, si facile et si joyeuxT Je ne crois pas qu'aucun de nos maîtres du xvur siècle ait réalisé quelque chose de plus alerte et de plus pimpant, de plus équilibré et de plus expressif, que l'étonnante Réjane, entrant en scène avec le coup de vent de ses falbalas et de son rire

Besnard est de la lignée de nos peintres fastueux et 'intimes Comme Paul Baudry, dont les querelles actuelles retardent 1 entrée dans la gloire, il peut attendre avec confiance. Le temps rendra de plus en plus évidents ses rares dons, soutenus par d'immortelles principes d'esthétique. C'est pour ne pas avoir rejeté ceux-ci, l'audacieux, qu'il sert de « bouc émissaire ». Redouté par les uns, dénigré avec toute la furie jalouse d'indigents révoltés; nié par les rabâcheurs de l'impressionnisme et par les bedeaux d'un culte aboli, oui, il peut attendre dans une souriante sérénité. Entre l'Institut et la Serre des Indépendants, il y a place pour son importante personne.

H faudra bien qu'un jour plus tard - l'on réapprenne à jouir dm. belle main, d'un beau corps; on sera de nouveau sensible au dessin d'une bouche ou d'un sein qui palpite, aux hgnes éloquentes, à une impeccable et vivante « construction » Et il y aura encore, prêts pour le décorateur, des temples et des

M. denVs cochin

palais, fût-ce municipaux, pour quoi l'on regrettera Besnard, comme déjà l'on regrette Chavannes, embarrassé pour illustrer la muraille — et il ne sera plus là... T Rendons-lui du moins hommage, ici, pendant qu'il est, dans toute sa maturité, robuste parmi nous.

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