‹ Albert BesnardChapitre 38 sur 39 · J.-E. BLANCHE · texte numérisé non relu

J.-E. BLANCHE

Albert Besnard se manifeste comme une des personnalités artistiques les plus puissantes et les plus intéressantes du xx" siècle. Sans se prêter au jeu puéril des comparaisons, sans essayer d'incohérents parallélismes et en restant dans le domaine des idées générales, on peut affirmer qu'avec Carrière et Rodin, il tient une place aussi considérable que celle de Delacroix, Ingres et Rude, il y a cinquante ans.

Son extrême sensibilité, sa nervosité presque féminine, sa prodigieuse facilité d'assimilation, son insatiable soif d'émotions nouvelles, la rapidité de sa lumineuse compréhension des êtres et des choses, expliquent les évolutions et les sautes brusques d'un talent qui a horreur de la discipline, du joug et des théories immuables. L'exposition qui a lieu chez Petit donne, sous ce rapport, une preuve irrécusable de l'originalité et de la force de résistance de cet extraordinaire artiste. Il a certes été effleuré par beaucoup d'influences, mais aucune ne l'a pénétré, aucune ne l'a dominé, et la légère griserie d'un moment n'a jamais obscurci sa vision ni atténué sa volonté. Rien, dans ses œuvres, ne laisse entrevoir, même momentanément, l'abdication du moi. Si, en Hercule chercheur et curieux, Albert Besnard est entré chez Omphale, nul doute qu'il ne se soit empressé de disparaître dès la vue de la quenouille dont le symbole dévirilisant exaspérait ses instincts d'indépendance.

Avec un ensemble peu flatteur pour le troupeau anonyme qui, chaque année, gagne la Villa Médicis et dont personne ne parle jamais, les défenseurs du Prix de Rome citent toujours l'auteur de l'Ile Heureuse, afin de prouver les bienfaits d'un institution qui produit, une fois par siècle, une pareille individualité. Or,

Page 1