‹ Albert Besnard, l'homme et l'œuvreChapitre 23 sur 35 · L'AQUARELLE, LE PASTEL, L'EAU-FORTE · texte numérisé non relu

L'AQUARELLE, LE PASTEL, L'EAU-FORTE

Cette œuvre multiple, conçue par un esprit protcitorme, n'eût pas été complète sans les animaux et les Heurs. Celles-ci sont partout semées, mais je ne sache pas que le coloriste ait jamais cédé à la tentation de se régaler d'un tableau n'ayant pour sujet qu'un vase de fleurs. Nous ne remarquerons jamais assez que M. Besnard, qualifié de virtuose avec malignité par certains (j'ai dit en quel beau sens je prenais le mot à son égard), n'a jamais peint quoique ce fût sans une idée préconçue de composition, tous objets n'étant à ses yeux que des signes d'idées. L'état d'esprit du peintre pur et simple, qui peindrait n'importe quoi pour le sensuel plaisir de peindre, lui est inconnu. Il prend ce plaisir lorsqu'une idée générale l'a amené à utiliser tel ou tel accessoire. Quant aux animaux, il les a souvent représentés parce qu'il les aime passionnément, et il s'est longtemps plu à garder dans son atelier de superbes aras pour avoir toujours sous les yeux des notes de couleurs intenses et vivantes, donnant l'ut à sa gamme de tons. De toutes les bêtes celles qu'il préfère sont les chevaux, en homme qui fut toujours bon cavalier et adora les randonnées libres dans les bois et les champs. M. Besnard est un admirable dessinateur et peintre de chevaux. En Algérie il ne s'est pas lassé de les étudier. Ses fréquentes visites au grand marché d'Abbeville, lors de son séjour à Berck, se sont traduites par des toiles maîtresses, d'un naturisme joyeux, où les robes lustrées des bêtes miroitent au soleil dans la foule du champ de foire, et où, sous la justesse vibrante du coloris, chaque race est différenciée par un savant dessin d'anatomiste, par un observateur impeccable des mou\ements. Une oeuvre a dominé toutes les autres à ce point de vue, les Chevaux taquinés par les mouches,, que nos musées n'ont malheureusement pas gardés. Ces deux chevaux de grandeur quasi naturelle, s'ébattent dans le soleil qui violacé et empourpre leur poil, sur une rive où viennent mourir les petites vagues scintillantes du lac d'Annecy, avec la note brillante d'un seau posé, ces che\'aux ont classé d'emblée leur peintre au rang des grands animaliers modernes, étant vrais comme des Géricault, sculpturaux comme des Barye, et d'une arabesque surprenante par leur groupement. Conçus plus ornementalement et au point de vue de la fresque, le cheval du Saint-Georges et le Pégase du Petit-Palais, les chevaux de labour de la Cité future à Berck, les coursiers d'Apollon au plafond de la Comédie-Française, les chevaux de guerre dans le panneau de la Haye, n'ont pas été moins savamment exécutés

malgré les simplifications exigées par leur rôle spécial. J'ai parlé des animaux étranges esquissés dans les petites visions de l'École de pharmacie, mammouths ou plésiosaures : mais dans toute l'œuvre ou trouve des cygnes, des oiseaux, des paons, des chiens, des natures mortes de fruits et de poissons. Le tout est constamment, selon le principe des grands Renaissants, inféodé à la nécessité de la composition. Le caprice du peintre s'est toujours interdit le morceau pour le morceau. Que de succès certains et fructueux ne se fût-il point assurés cependant, possédant une semblable palette, en se jouant d'exécuter des tableaux de fleurs- ou de fruits, d'étoffes et d'objets précieux, qui ont suffi à la gloire et à la fortune de tant de bons techniciens! Mais M. Besnard n'y a pas même songé. Le don inné de la composition, le besoin d'exprimer des pensées, l'en détournaient à son insu même. Copier, même avec somptuosité, lui était impossible : imaginer, évoquer, suggérer, furent les seuls désirs qui le poussèrent au travail, et c'est bien en cela qu'il s'atteste le plus idéologue de nos peintres, retournant la célèbre formule de Condillac : « Rien n'est d'abord dans l'esprit qui ne se soit auparavant offert à la sensibilité. » Ce n'est que lorsque son esprit a recomposé et contrôlé sa sensibilité, en un travail mental dont les opérations restent secrètes, qu'il commence de peindre, La matérialisation plastique n'est pour lui que le moyen de rendre communicable et visible l'idée qu'il a extraite du spectacle.

Le voyage en Algérie : Les Ports d'Alger, les Etudes de mauresques, les études de marchés arabes et de chevaux. — Le voyage en Hindoustan : les carnets de dessins, les détrempes, les esquisses à l'aquarelle, les scènes de rues et de temples, les fêtes, les bains, les danses, les visions. — V Homme en rose.

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