‹ Albert Besnard. Ouvrage orné de cent reproductions hors-texte...d'une eau-forte originale et accompagné de quelques écrits d'Albert Besnard et des opinions de quelques écrivains et artistes sur son œuvre: Charlotte Besnard [et d'autres]Chapitre 41 sur 48 · LA MORT · texte numérisé non relu

LA MORT

Décoration d'une Chapelle d' Hôpital à Berck.

Des œuvres comme celles que je viens de décrire sortent des entrailles mêmes de l’artiste; ce sont des arrachemenls qui le laissent pantelant et dépossédé d’une puissance qu’il lui faut reconquérir directement par l’étude.

Ces nombreuses têtes, ces épaules lumineuses, ces seins charmants que vous voyez émerger de leur cadres, marquent les étapes des repos de l’artiste. Ils furent l’objet des études apaisantes et consciencieuses. Ces courts poèmes chantent la chair, le sourire la, lumière, ils sont issus de l’émotion quotidienne devant la nature. D’aucuns préfèrent ces œuvres de moindre envergure à celles de signification plus haute. Elles en sont la conséquence et tout à la fois la cause. Ces études deviennent sous la main de l’artiste de véritables chants d’amour où il réalisera le miracle de vie. Il y mettra l’amoureuse étreinte de l’ombre qui fait saillir la forme au moyen du modelé. Le modelé, cet aboutissant de tout, qui dit la forme et la substance, et l’ombre et la lumière; le modelé qui doit avoir son équivalent dans nos âmes... autrement, comment feraient-elles jaillir l’idée?...

Amoureux de tout dans la nature, il enrichira ces images de ses couleurs ; il les caressera de mille reflets qui chanteront mieux encore la présence éternelle de la lumière par ses réactions avec tout ce qui est.

Parfois, de ces réalités sa fantaisie s’empare pour chevaucher vers le rêve. Voyez ces légères aquarelles représentant la souffleuse d’étoile, la gardeuse de paons, les éléments, les éléphants, et tant d’autres. Il a créé tout cela par besoin d’échapper aux réalités immédiates, en quête du paradis terrestre, du paradis perdu par impuissance de bonheur.

111 'imagine sous toutes les latitudes, ce paradis, et sous toutes les formes, il le découvre dans la vie des animaux et sous la profondeur du vaste ciel.

Le paradis est là où l’on est bien, il est la beauté, il est le rêve, il est aussi la solitude, il est la foule... et c’est toujours là qu’il nous mène.

Je voudrais évoquer le rythme de la production artistique d’Albert Besnard, derrière laquelle on sent des forces en apparence contraires, et en réalité balancées. L’intuition et la logique, l’imagination et le sens absolu des réalités, une volonté d’optimisme en opposition avec l’austérité un peu mélancolique de son être intime, une sensibilté exarcerbée s’alliant avec la raison la plus pondérée. Toutes ces facultés s’alternant, se combinant à dose inégale, puis venant se contrôler ou s’exalter tour à tour.

Albert Besnard a le sens et le maniement des moyens à employer pour projeter l’expression qu’il poursuit; par exemple dans le portrait, il requiert la collaboration de son modèle. Comment vous aimez-vous? demande-t-il toujours.

La réponse est une indication morale, et les croquis se multipliant avec l'exécution définitive et rapide du portrait, il connaît à fond la personne morale et physique qu’il a entrepris de peindre. Le résultat donne raison à l’artiste, car vous constatez, n’est-ce pas, qu’il n’y a aucun air de famille entre ses portraits, tous de la plus sincère individualité. Et avec quelle liberté charmante il les traite, ayant su se dégager par avance de toute tension d’esprit nuisible à la franchise de leur exécution.

Autour de lui sont épars des dessins tout à la fois légers et précis: silhouettes du modèle, incisives études de morceaux. Une main s’appuyant au fauteuil, le contour précis d’un ovale, la sinueuse arabesque d’un décolleté de femme. Parfois aussi la tète exécutée d’un ferme pastel de la grandeur d’exécution.

S’étant libéré de souci de la forme par ces études préalables, il se libère également de celui de la couleur. Une magistrale grisaille, d’une exécution stricte, le confirme dans l’observation des valeurs; il ne lui restera plus qu’à l’enrichir, dans une heure de lyrisme joyeux, des magies de la couleur.

Quelques-uns de ces dessins faits en vue des portraits, figurent à cette exposition, parmi ceux qui ont servi à la préparation des vastes compositions décoratives qui sont l’aboutissant de la culture intensive d’Albert Besnard.

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