‹ Albert de Mun et le Parti Catholique: Thèse Complémentaire Présentée Pour le Doctorat ès LettresChapitre 14 sur 54 · LA LETTRE A L'AMIRAL GICQUEL DES TOUCHES · texte numérisé non relu

LA LETTRE A L'AMIRAL GICQUEL DES TOUCHES

une revue religieuse n’en parle même pas. Ces feuilles ne comprennent pas qu'en général les Catholiques sont les meilleurs des monarchistes.

Il avait déjà proposé une nouvelle réunion des Treize, mais Chesnelong objecta qu’elle serait impossible en pleine dispersion estivale. L’amiral suggérait donc l’adhésion collective des candidats catholiques dans chaque département aux termes du Manifeste. Alors, éerivait-il, « nous verrions se produire et se former sur la surface de la France un vrai parti catholique ».

Sans attendre la réponse de Chesnelong à cette nouvelle suggestion, il lui annonçait son intention d’écrire dans le même sens à la Bassetière, député catholique de Vendée et membre du Comité général de l'Œuvre des Cercles et à Lucien Brun, sénateur. Le lendemain, le 29 août, il rencontrait le vicomte de Bélizal, député des Côtes du Nord, aux obsèques de l’amiral Courbet et l’entretenait de son projet. D'accord avec Bélizal, il écrivit le 30 à de Mun ajoutant à sa proposition : (« Si vous croyez que nous pouvons faire autre chose de mieux veuillez nous le dire. »

Si éloignée qu’elle fût des intentions de de Mun, l’idée de Amiral, partagée par Bélizal, était conçue dans ie même esprit.

Le manifeste allait être la réponse solennelle et publique d'Albert de Mun à l'interrogation de l’amiral, de même que sa seconde lettre publique préciserait cette réponse à l’adrese de Bélizal.

Après quelques mots d’éloge sur le caractère du marin, venait un exposé de portée générale sur la tentative à entreprendre. On peut y distinguer trois parties : un programme de défense religieuse, un plan très général de réorganisation sociale et l’annonce d’un parti catholique.

En commençant, de Mun expose son opinion sur « les devoirs qu’impose aux catholiques la perspective des élections prochaines ». Il rappelle d’abord le devoir essentiel de défendre les droits imprescriptibles de l'Eglise et ses libertés nécessaires. Il évoque les menaces qui pèsent sur la religion et convie tous les bons citoyens à s’unir pour les repousser, C’était à peu près ce qu'avait dit le manifeste

des Treize. « Mais, ajoutait de Mun, la France chrétienne attend de nous mieux qu’une protestation. Elle veut un combat sérieux, peut-être décisif ». Ce combat sera la lutte contre la révolution. « La France veut vivre et la Révolution la tue ». Elle la tue par l’athéisme officiel qu’elle lui inflige et qu'aucune autre nation n’a connu ; elle la tue par le mépris de la loi divine, sur lequel sont fondées ses institutions et ses lois, elle la tue par la violence qu’elle oppose au libre ministère de l'Eglise, par l’éducation antichrétienne, par la destruction des coutumes traditionnelles ; elle la tue enfin par la tyrannie de l’individualisme, par l’égoïsme et la haine qu’il enfante, par la guerre sociale et la ruine matérielle qui en découlent nécessairement. La lutte contre la Révolution, « qui a fait banqueroute », amorce une réorgamsation sociale.

Je voudrais que les Catholiques, convaincus que là est le véritable terrain de combat, y portassent toutes leurs forces et que, laissant de côté les conventions et les petitesses de la politique, ils offrissent ainsi aux conservateurs, menacés par les tempêtes sociales, le rempart qui leur fait défaut... La banqueroute de la Révolution est complète, et manifeste ; jamais elle n’a paru plus clairement que dans la législature qui vient de se terminer. Maîtres absolus du pouvoir, les hommes de la Révolution n’ont rien su faire pour le peuple ; opportunistes et radicaux, si acharnés aujourd’hui dans leurs controverses personnelles, se sont rencontrés pendant quatre ans dans une égale impuissance ; empressés d’obéir aux engagements de la Franc-Maçonnerie par la persécution religieuse hypocrite ou avouée, habiles à-épuiser les richesses du pays et à abaisser son honneur, ils n’ont donné au peuple ni une loi protectrice, ni une institution féconde et ne lui ont laissé, en partant, que la déception d’une enquête sans conclusion 1, Le monde industriel livré tour à tour aux excès du travail et aux chômages forcés, dévoré par la spéculation et rongé par la misère, retentit du bruit des menaces et de: violences. La question agraire se lève sur le pays, engendrée par la destruction des foyers et l’oubli des coutumes chrétiennes.

1. Allusion aux travaux de la Commission nommée en janvier 4884 pour enquêter sur la crise économique et qui n’avait pas déposé ses conclusions,

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