‹ Albert de Mun et le Parti Catholique: Thèse Complémentaire Présentée Pour le Doctorat ès LettresChapitre 16 sur 54 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LA CAMPAGNE DE RECRUTEMENT (19 Septembre-18 Octobre 1885).

Aussitôt les premières adhésions enregistrées, de Mun annonçait, par la voie de la presse, la formation d’un comité, chargé de « constituer un centre d’action et de souscription et de propager le programme » exposé dans la lettre à PAmiral. Celui-ci et le vicomte de Bélizal se joignaient, disait-il, à ses « plus anciens et plus intimes compagnons de lutte » pour composer le Comité. Adhésions et souscriptions devaient être adressées soit aux journaux qui adhéreraient, soit à un secrétariat spécial confié à Albert Hyrvoix et installé 262, boulevard Saint-Germain, au siège de lŒuvre des Cercles.

Le premier tour de scrutin, le 4 octobre, donna 176 sièges aux conservateurs contre 127 aux républicains. Ce résultat surprit les milieux politiques. De Mun et ses amis pensèrent * y avoir contribué par leurs efforts en même temps qu'ils y reconnaissaient un précieux encouragement,

Tel était aussi l’avis de la Semaine religieuse de Cambrai, qui écrivait :

Dieu a favorisé manifestement ce gränd dessein, non seulement par le nombre d'élus qu'il nous a donnés, mais par l'impossibilité évidente où il les a mis de s’entendre et d’agir sur un terrain autre que celui de la défense de la religion.

Et l’Osservaiore Romano, d’ajouter :

L’impulsion donnée à la réorganisation des forces catholiques en France ne pourra être arrêtée ; elle est

sûre de la victoire, elle vise un grand but social et non un but politique, la preuve en est que le valeureux promoteur de cette réorganisation en a jeté les bases dans les classes ouvrières en l’étendant par des Comités ad hoc sur toute la France. L'œuvre entreprise sera certainement, grâce à la protection divine, conduite sous peu à bonne fin ;: les ennemis de Dieu et de la société trouveront ainsi la route barrée par un obstacle qui cette fois-ci sera insurmontable parce qu'il y aura impossibilité de le démolir.

A l'étranger le projet d'Albert de Mun fut chaleureusement accueilli, La Germania souligna la similitude avec le Centre allemand. Les journaux catholiques les plus écoutés multiplièrent les encouragements, à l'instar du Tablet de Londres et du Vaterland de Lucerne 1,

Dans ces conditions, de Mun n'hésite pas à lancer un appel aux électeurs en vue du second tour de scrutin, sous forme d’une lettre parue le 12 à l'Univers. Il y invite les catholiques à marcher à l’avant-garde en redoublant de courage et d’énergie, et en donnant eux-mêmes l'exemple contre l'ennemi commun. « C’est ainsi, termine-t-il, que le parti catholique se formera sur le champ de bataille, et qu’au lendemain de l’action, nous serons prêts pour l’organiser et en faire dans l’avenir le rempart de l’ordre social et politique. »

À côté des réactions de presse, nous ne trouvons guère de réactions privées. Les chefs de la droité, en général, s’abstinrent. Entre les deux tours de scrutin, les hommes politiques avaient des préoccupations plus urgentes qui sufliraient à expliquer leur silence. Néanmoins il paraît avoir également d’autres causes. De Mun s'était adressé directement et individuellement à l’opinion, sans consulter ses collègues. Mackau lui en fera le reproche, quelques jours plus tard.

On observe le même silence chez Lucien Brun, Chesne-

1. BarBier, op. cit., indique également le Vaterland de Vienne, Le Courrier de Genève, la Liberté de Fribourg, l’Unione de Bologne, l’Osservatore Caiholico de Milan, le Courrier de Bruzelles, le Bien public de Gand, l’Ami de l'Ordre de Namur, le Reichzeitung de Bonn.

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