LA CAMPAGNE DE RECRUTEMENT
long, Keller, etc. Si de Mun ne cherche pas à convaincre directement ses collègues, à cette date, c’est peut-être qu’il redoute leurs réactions. On peut se demander si les députés monarchistes n’attendent pas des éclaircissements et aussi la fin des élections, pour prendre position. Leur silence, quelque peu surprenant, ne paraît pas avoir inquiété de Mun.
Parmi les douze coliègues qui avaient signé avec lui le Manifeste des Treize, nous savons qu’il reçut de chaleureux encouragements de Bélizal et de l’Amiral Gicquel des Touches. La Bassetière, mourant, n’était plus à même de se prononcer.
Hors de ce Cercle restreint, de Mun reçut quelques encouragements où le caractère catholique du futur parti était mis en relief.
Une adhésion chaleureuse vint de Vrignault, et si l’on tient compte du rôle que ce dernier a joué aux origines de Œuvre des Cercles, on peut penser qu’elle encouragea singulièrement de Mun. Chef de bureau au Ministère des Affaires étrangères en 1871, Vrignault avait été l’un des neuf fondateurs de l'Œuvre des Cercles, et son premier président jusqu’en 1873. C’est lui qui avait fait adopter l’idée d’une prière commune, le « lien religieux ». Un peu après sa démission, Vrignault était entré dans les Ordres. Il fallait cette occasion exceptionnelle pour qu’il rompît le silence où il était enfermé depuis plus de dix ans. Dans une lettre à son ami Maignen on trouve cette phrase caractéristique : « J'aimerais bien que le parti qui va se former grâce à la généreuse initiative du comte A. de Mun, s’appelât Ligue Catholique, sous la protection de Jeanne d’Are ». Le parti catholique, ajoutait-il, devrait marcher à la lumière du Syllabus, ce phare allumé par Pie IX.
De Mun sollicita l'avis du R. P. abbé de Solesmes. Le 6 octobre celui-ci se déclara favorable, de Mun l’assurant que le mouvement s’étendrait à l’ensemble des forces catholiques. Cependant, il recommanda le recrutement sévère de vrais chrétiens, « des hommes qui savent mettre la foi en tête de toutes leurs affections, de leurs intérêts les plus chers ». Il insistait aussi pour ne faire porter l'union « que
sur les vérités absolument certaines de l’enseignement de notre foi », tel que ces vérités ressortaient du catéchisme et de l’'Encyclique Humanum Genus.
L’amiral Gicquel des Touches insistait lui aussi pour que l'Œuvre prit un caractère de mouvement catholique. Rappelant la Ligue de la fin du xvit siècle il proposait d'appeler le nouveau mouvement : « Ligue de Ave Maria ».
L’Œuvre des Cercles, nous allons le voir, ne marchanda pas son appui total à son secrétaire général. Mais Léon Harmel, l'industriel modèle du Val des Bois, qui avait conduit les patrons chrétiens aux pieds de Léon XIIT Harmel, qui d’autre part secondait chaleureusement les efforts de de Mun, n’hésitait pas cependant à le mettre en garde contre l’étiquette royaliste.
Rappelant notamment la phrase : « Vous connaissez mes convictions et mes espérances au sujet de la forme du gouvernement », 1l remarquait : € [1 tend à ressortir que si votre programme est avant tout catholique, il est en second lieu monarchique. » À cela le filateur du Val des Bois est résolument opposé : « À mon avis cette alliance est fort regrettable et ne peut qu’entraver notre action. Il faudrait rester sur le terrain purement et uniquement catholique, Le renversement de la République est un moyen, non un but. Si nous pouvons par un autre moyen rétablir l’ordre social chrétien, nous devrons prendre cet autre moyen et laisser la République tranquille. » Il évoque, non sans complaisance, les avantages que la II® République a valus à l'Eglise. Homme de foi, Harmel s’en remet à Dieu. « C’est à Jésus-Christ à déterminer lui-même par quelle forme de gouvernement et par quels hommes il entend sauver la France. Pour moi je n’y vois rien et je ne veux rien y voir. »
Avant de conclure il rappelait à de Mun que dans les familles « plébéïennes » comme la sienne, les sièeles passés n'éveillaient d’autre regret que ceux de leur grande foi. Le reste est question de fait. La conclusion est à l’image de l’homme :
Si nous étions royalistes enragés au temps d'Henri V c’est que nous avions un saint. Question de fait, non de principe. Si nous détestons de tout notre cœur la Répu-