‹ Albert de Mun et le Parti Catholique: Thèse Complémentaire Présentée Pour le Doctorat ès LettresChapitre 27 sur 54 · Lettre du 17 novembre 1885. Elle débute ainsi · texte numérisé non relu

Lettre du 17 novembre 1885. Elle débute ainsi

« Cher Monsieur,

« J'ai lu et relu avec une des meilleures satisfactions de ma vie, l’admirable programme que vous allez faire paraître. Ce n'est pas la première fois que vous vous montrez prédestiné par Dieu à une grande œuvre soeiale, nationale et chrétienne. Mais il me semble que cela se sent encore davantage.

« Oui certes, je donne mon humble approbation à cet ensemble de revendications qui embrasse tout, l'Eglise, la Famille, le Peuple, et à cette vaste organisation qui se relie au noyau catholique du parlement comme au ressort moteur,

« J'adhère à tous et à chacun des articles du programme reyendicateur, J’admire la réponse indirecte si topique et si digne, faite par prévoyance peut-être plutôt que par réplique à la lettre de Cazenove en vous plaçant sous la parole du Saint-Père dont l’on invoquait en sens inverse et un peu impruderament, la pensée, ete... »

pouvait paraître une réponse à celle de Cazenove de Pradines, réponse consistant à invoquer l’autorité de la parole pontificale que de Mun cite assez longuement.

Non moins formelle est l’adhésion du révérend Père Abbé de Solesmes, qui écrit toutes ses félicitations pour cet appel dont 1l trouve la rédaction « parfaite, très nette et très habile »,

Avant de prendre parti Mgr. d’Hulst voulut consulter le Cardinal! Lavigerie,

Théoriquement, lui écrivait-il, le 22 octobre, rien de plus correct que de dire aux catholiques unissez-vous pour la défense de vos intérêts religieux. Mais j'ai bien peur que pratiquement cette invitation à l'union ne nous divise, Car en réalité cette union existe, elle est l'un des éléments principaux de l'alliance conservatrice, Donc à moins de parler pour ne rien dire l'invitation nouvelle adressée par M. de Mun aux catholiques signifie que non seulement il faut défendre les intérêts religieux mais qu'il faut réduire à cela notre programme de revendications et d'action. Un tel langage, une telle tactique conviennent à des catholiques qui comme les Allemands et les Belges, ont le bonheur de vivre sous un gouvernement incontesté.

Si le Monde à une raison d’être à côté de l'Univers, c’est à la condition de savoir tenir un autre langage que son puissant rival lorsque celui-ci paraît dévier. Notre silence serait une véritable abdication et un suicide 1.,, J'ai plus d’un renseignement qui me persuade qu’en dissipant le malentendu auquel prête la lettre de M. de Mun, nous donnerons satisfaction à une partie considérable de l'opinion catholique.

Le Cardinal répondit par retour du courrier. Ses premiers mots qualifient l'entreprise de «regrettable et dangereuse ». Pourquoi ? Le Cardinal qui ne voulait pas faire état auprès de Mpor. d'Hulst, fervent royaliste, du recul monarchiste en France, fit valoir trois autres griefs :

1. Touraier, Le oardinal Lavigerie et sa politique religieuse.

Mgr. d'Hulst caractérisait l'attitude à prendre ainsi : « Il faudrait d’une part ménager l'Univers et sa clientèle et donner à la discussiqn un caractère grave, désintéressé et courtois; d'autre part, rappeler fortement les principes de l'Eglise et distinguer avec soin les droits des citoyens et le devoir des catholiques. »

D'abord et avant tout (cette initiative) divisera les catholiques, car je sais à n’en pouvoir douter que beaucoup d’entre eux et des plus considérables désapprouvent les termes en lesquels elle est conçue. Ensuite elle me semble dans sa forme et sa portée contraire aux récents avis du Saint Siège. Le Pape ne peut pas vouloir d’une association militante qui se produise avec tant de fracas en dehors de toute mention de l’autorité du Saint-Siège et de ses Pasteurs.….

Cette précipitation qui ne permet même pas de consulter le Saint Père et les Evêques n’est à mes yeux ni l'effet du hasard ni l’effet. du zèle. C’est une manière de se compter et de se reconstituer en parti ou en secte sous un prétexte d'utilité générale qui couvre d’autres desseins contre lesquels on espère qu’il sera impossible au Pape luimême d'oser rien dire par crainte d’un plus grand mal.

Enfin le nom de M. de Mun mis ainsi tout seul en avant sans approbation après la manifestation commune des Treize formellement approuvée par Sa Sainteté et cette manière de se séparer d’eux, sont choses désagréables...

Pour toutes ces raisons j'estime qu’il y a lieu de ne point se rallier à une telle institution et qu'il faut la combattre.

Je pense que le meilleur moyen de la combattre est, d’une part, d’en bien faire connaître le caractère au Souverain Pontife par des correspondances autorisées et, de l’autre, de forcer l'Univers à dire si l’œuvre de M. de Mun et la sienne se font avec les encouragements et l'approbation du Saint Siège ou si, contrairement aux récentes déclarations de Léon XIIT, elle se fait en dehors de la hiérarchie.

Ce programme fut suivi en tous points. Mgr. d’Hulst prit la tête de l’opposition par une énergique campagne de presse. De son côté le Cardinal adressa le 6 novembre une circulaire confidentielle à son clergé pour blâmer le projet en même temps qu'il préparait une*adresse au Souverain

ES

Pontife sur la question. FE

L'ensemble de ces textes se caractérise, on le remarquera, par une méconnaissance complète de l’action sociale de de Mun et du rôle que le nouveau parti épaulé

par l'Œuvre des Cercles aurait pu jouer en ce domaine.

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