‹ Albert de Mun et le Parti Catholique: Thèse Complémentaire Présentée Pour le Doctorat ès LettresChapitre 28 sur 54 · LES RÉACTIONS AU PROGRAMME SOCIAL · texte numérisé non relu

LES RÉACTIONS AU PROGRAMME SOCIAL

D’autre part, le programme social fut lui aussi l’objet de réserves plus ou moins caractérisées.

De toutes celles qu’il reçut, les plus formelles vinrent à de Mun de son cousin et collègue, le marquis de la Ferronnays, député de la Loire-Inférieure. Après avoir constaté l’accord des conservateurs sur le premier paragraphe de la lettre au vicomte de Bélizal, celui-ci ajoutait :

Le second (relatif à la famille) au contraire, renferme des dispositions sur lesquelles le même accord est loin d’exister et dont certaines me semblent difficiles à accepter. Quant au troisième paragraphe, il propose des réformes qui porteraient dans l’industrie et le commerce une trop profonde perturbation pour qu’elles puissent être soutenues par les représentants d’un grand département industriel et commerçant comme le nôtre. Tu vois à quel point je suis loin de m’associer à l’ensemble du système que tu défendras devant la Chambre avec l’appui du groupe catholique, et tu comprendras que dans ces conditions je ne puisse m’y joindre.

Enumérant les questions qui prêteront à controverse, Chesnelong, de son côté, cite la question du droit de tester sur laquelle, dit-il, «il y a encore bien des conquètes à faire avant d'arriver à l’unanimité des adhésions parmi les catholiques ». Et lui aussi réserve son adhésion.

Avec une affectueuse simplicité, le duc d’Ursel, son beaufrère, et l’un des promoteurs de l’action sociale des Catholiques en Belgique, met lui aussi de Mun en garde contre l’imbrication de revendications qui se situent sur des plans différents :

Je ne puis m'empêcher de trouver ton programme un peu exclusif, si tu réclames de tous ceux qui travailleront avec toi une adhésion à toutes tes idées politiques, religieuses et économiques. Ne peut-on pas être partisan de l’affranchissement de l'Eglise et de la liberté de l’enseignement, et ne pas être convaincu au même degré que toi, de l’excellence d’une organisation corporative ? eu

des inconvénients du divorce ? Excluras-tu d’une action commune ceux que l'interdiction du travail de nuit pour des enfants laisse indifférents, ou les cadets de famille partisans convaincus du partage des biens ?

Lucien Brun, sur qui de Mun comptait pour constituer le groupe parlementaire du futur parti au Sénat, l’invitait à ménager les susceptibilités de ses collègues, à éviter les précisions contestables.

Craignez de donner aux hésitants des motifs ou des prétextes de refus, Ainsi personne ne peut craindre de s’engager sur la question du divorce. Il en est (pas moi certes) qui ne s’engageront pas sur la question de la liberté testamentaire. Ainsi personne n’osera refuser de revendiquer l'interdiction légale du travail du dimanche, plusieurs reculeront devant le reste. Croyez bien qu’insérer dans le programme des affirmations eontre lesquelles les eatholiques sont libres de se prononcer, c’est un péril mertel pour la grande œuvre que vous entreprenez.

Et il insiste derechef avant de conclure :

Je sais très bien quels graves motifs vous avez d’étendre le programme. Croyez-moi, résistez, et nos amis de l'Œuvre vous sauront gré avant peu de temps, de votre réserve,

D'un avis diamétralement opposé, les conseils de La Tour du Pin font contraste avec ceux de Lucien Brun. Le 29 octobre, prévenant de Mun que de nombreux parlementaires sont hostiles à sa tentative, La Tour du Pin lui conseille de s’en passer. « Vous n’auriez su que faire de ce comité (parlementaire) qui eût affaibli notre programme en idées, autant qu’il nous eût peu enrichi en hommes de valeur.

Je ne dis pas cela pour vous détourner de votre lettre à Bélizal.. Mais pour vous engager à ne pas y réduire notre programme à un minimum qui n’a vraiment plus rien de social, comme ce que vous m'avez lu en ehemin de fer. C’est fait pour être signé de Pihoret — ee qui est encore un maximum en fait de députés — mais ce n’est vraiment plus digne de nous.

L'organisation corporative et la représentation des

intérêts sont vraiment la base du système que nous nous cfforçons de restaurer ; le taire, c’est plus que l’écourter, c’est le renier.

Deux jours après La Tour du Pin réitère son conseil :

En déployant notre large programme de reconstruction sociale (comme nous le disait à Fribourg en introduction de votre discours Mgr. Mermillod) vous saisirez

l’opinion, dont les parlements ne sont que l'expression ou le reflet, plutôt que le ressort ou le gouvernail.

Mais si vive que soit l'impulsion de La Tour du Pin, elle est isolée en face des conseils de prudence, que, pour des motifs avoués d'opportunité, de Mun reçoit de tous côtés.

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