L’ambassadeur Lefebvre de Behaine
2. Le rapprochement de cette lettre avec celle de Léon Harmel montre
combien, déjà à cette date, Harmel interprète justement la pensée de Léon XIII.
3. Lorin ajoute qu’il est lui-même « Veuillotin et aux « regrets de constater ces faits », mais soumis avant tout au Saint-Siège »,
opposait alors au Vatican comme dans les milieux eatho liques français, les partisans et les adversaires des idées de Louis Veuillot représentées et défendues par son frère Eugène.
On verra un peu plus loin qu’au moment même où se situe la tentative de de Mun, Léon XIII est « content » de l'Univers. Il n'empêche que ce journal avait eu depuis deux ans une situation parfois délicate, pris comme il l'était entre les directives de Rome et la pression du Clergé français. On l’avait vu en 1883 au sujet de l'application des lois scolaires. L'Univers s’était prononcé résolument pour une désobéissance formelle à la législation, alors que Léon XIII recommandait au Corps épiscopal de blâmer la loi mais d’éviter une attitude cassante qui pouvait amener de nouvelles mesures de représailles et peut-être la rupture du Concordat.
Dans l’application de cette politique si délicate l Univers s'était mis à l’arrière-garde, donnant le spectacle d’une grande intransigeance À,
Puis, après la mort du comte de Chambord, l’Univers exerce une violente pression sur le comte de Paris pour qu’il s’entoure de « catholiques complets et conséquents avec eux-mêmes ». Il participe activement à la fondation de la Ligue de la contre-Révolution et à cette occasion publie le 28 août 1884 ces lignes typiques : « En d’autres temps, un légat du Pape eût pu prendre la tête du mouvement. mais le Souverain Pontife ménage le gouvernement, violateur des droits de l'Eglise. Il ne nous manque qu’un O’Connel. »
Aussi, le 4 novembre 1884, Léon XIII avait adressé un bref sévère au Nonce, Mor. di Rende, imputant aux journalistes la responsabilité des divisions actuelles. L'Univers cessa dès lors ses polémiques trop vives, mais maintint sa politique, « réactionnaire à outrance, antirépublicaine jusqu’à la violence », dit Le Canuet.
Moins d’un an plus tard l’appui chaleureux et exclusif
4. Voir BruGEereTTE (J.), Le Prêtre français et la Société coniemporaine. Tome IT. Vers la Séparation (1871-1908). Paris, 1935, xnr + 637 p., in-8°,
du journal, a le double inconvénient de « marquer » l’attitude politique de de Mun dans un sens réactionnaire et presque anti-pontifical, de déséquilibrer la tentative en mettant en évidence ses connections politiques, ce qui laisse dans l’ombre son aspect social, enfin de risquer de faire passer de Mun, aux yeux des milieux romains, pour l’O’Connel recherché.
Ainsi peut-on tenter d'expliquer les réserves que Lorin recueillit au Vatican.
Les INTERVENTIONS A Rome.
Le 4 novembre Mackau, dont nous avons vu combien il désapprouvait l'initiative, écrivit au Cardinal Czacki une lettre pour en indiquer l’inutilité. Toutes les revendications religieuses du nouveau parti, soulignait-il, avaient toujours été soutenues par la droite 1.
On observera que Mackau attaque le projet dans ce qu’il peut avoir de séduisant aux yeux du Vatican. Comme la plupart des hommes de droite l’aspect social ne le retient pas.
Quelle influence eut l'intervention de Mackau au Vatican ? Nous ne le savons pas au juste mais les conditions dans lesquelles il s’y était rendu en octobre 1884 permettent de penser que son avis y était tenu en haute estime.
A l'époque les conservateurs avaient demandé à Léon XIII de publier à l’appui de leur politique un document revendiquant la liberté religieuse. Suivant l’avis de quatre cardinaux, le Pape décida de consulter un « homme de confiance ». L'ancien Nonce à Paris, le cardinal Czacki, invita Mackau à venir à Rome où il eut de nombreux entretiens avec les cardinaux et une audience du Pape. Il conseilla de reporter la publication de l’encyclique après les élections et de faire cesser les polémiques. Ces avis furent
1. Mackau. Souvenirs. Il dit de Czacki : « Polonais enté sur un Italien qui connaissait très bien la France ». Ils communiquaient par des noms d'emprunt : Jacob (Mackau) et Joseph (Czacki).
donnés le 28 octobre. Or le bref de Léon XIIT à Mgr. di Rende invitant l'Univers à cesser les polémiques, date du 4 novembre et l’Encyclique parut bien, après les élections, le 127 novembre 1885.
Nous savons aussi que Mackau était resté en correspondance avec les cardinaux Czacki et Jacobini ! et qu’il écrivit au Pape le 3 juin 1885, développant cette idée que le public s’inquiétait davantage du déficit budgétaire et des guerres coloniales que des luttes anticléricales : il conseillait donc d’englober les questions religieuses avec les autres. Cette lettre est particulièrement intéressante puisque nous y voyons Mackau prendre dès juin une position diamétralement opposée à celle de de Mun. Quand il la confirme en désapprouvant le projet le 4 novembre, il n’est pas suspect de partialité.
Nous pouvons donc penser que l'opposition de Mackau ne fut pas sans influence à Rome.
De son côté le Cardinal Lavigerie avait instruit son clergé le 6 novembre de son hostilité à l’Union Catholique par une circulaire confidentielle. Avec la campagne que le Monde menait suivant ses directives, cette manifestation était l’accomplissement d’une moitié de son programme. Mais en même temps qu’il combattait le projet, il préparait l’autre partie de l’action envisagée dans sa réponse à Mgr. d'Hulst : l'information du Pape ; celle-ci fut réalisée par une lettre du 11 novembre qu’a publiée Tournier. Quoi qu’elle ait été sans influence sur la décision pontificale, nous en retiendrons à titre de témoignage les phrases suivantes :
Les opinions que l’on prête généralement à M. de Mun, ses liens politiques avec feu le Comte de Chambord, son intransigeance sont de nature à exciter dans une grande partie de l’opinion indifférente des répulsions et des préjugés qui feront juger sinistrement une association formée et dirigée par lui. Cela se voit dès maintenant par toutes les oppositions que son initiative rencontre dans la presque totalité de la presse même conservatrice... Cette
1. Id. Il écrivait au Cardinal Jacobini en langage chiffré, par l’intermédiaire de l'ambassade d’Espagne à Rome,
association présenterait deux dangers : d’une part on la considèrerait comme une machine de guerre dirigée contre ce que l’on nomme à tort ou à raison les idées modernes et permettrait dès lors au gouvernement de nous porter impunément ses coups ; de l’autre, de nouvelles divisions entre catholiques affaibliraient notre cause et la blesseraient peut-être mortellement.