LA LÉGISLATION ANTICLÉRICALE ET LE RECUL DES MONARCHISTES
Depuis l’échec de la tentative dite du Seize Mai, depuis la démission de Mac Mahon surtout, les Catholiques français voyaient se développer un programme de législation anticléricale, complété par des mesures administratives non moins sensibles,
Chaque point de ce programme avait été l’occasion d’une lutte et au bout du compte, d’une défaite partielle ou totale des Conservateurs. Les principales dates de ces
six années de défaites, les catholiques se les rappelaient avec amertume ; c'était la réforme du Conseil supérieur de l’Instruction publique (se recrutant désormais, avec les seuls membres de l'Enseignement), votée le 2 février 1880 à une faible majorité ; c'était le projet Ferry sur l’enseignement supérieur réservant à l'Etat, et non plus au jury mixte, la collation des grades universitaires. Certes la loi votée par la Chambre le 16 mars 1880, ne contenait plus le fameux article 7, qui interdisait l’enseignement aux congrégations, mais le danger avait été écarté par 19 voix seulement de majorité au Sénat. La menace subsistait. Puis étaient intervenus les décrets du 29 mars 1880 enjoignant aux congrégations de demander l’autorisation de l'Etat et dissolvant la Société de Jésus. Ils avaient préludé à une grande agitation marquée par la résistance des Congrégations, la démission de 200 magistrats, un conflit juridique de compétence, des négociations secrètes avec le Vatican, un débat entre les Ministres et enfin la dissolution d’autres congrégations dont l’exécution matérielle s’opéra dans des conditions pénibles.
Ces mesures avaient revêtu aux yeux des conservateurs, un caractère de persécution qui se prolongea les années suivantes, malgré un relatif apaisement.
La loi du 28 juillet 1881 avait aboli le caractère confessionnel des cimetières. De 1875 à 1883 se succédèrent les refus d’autorisation et les fermetures des Cercles catholiques d'ouvriers, plaçant l’'Œuvre, dont Albert de Mun était le secrétaire général, dans une véritable impasse.
Dans cette atmosphère, des mesures dont le caractère constructif était indéniable, n’apparaissaient aux conservateurs que sous leur aspect anticlérical : tel fut le cas de la réforme de l’enseignement secondaire féminin, ou l’établissement de l’enseignement primaire gratuit. Les efforts parlementaires pour laïciser les programmes et réserver l'instruction aux titulaires du brevet, donnèrent, avec plus de raison, la même impression.
En 1882 était votée la loi sur la neutralité de l’école, et en 4884 celle qui rétablissait le divorce. Ces événements jalonnaïent une ère de conflits incessants où chaque décision
administrative était prétexte à discussion, à résistance. Pour un catholique de 1885, le bilan de ces années était bien sombre. Si parfois une menace avait été écartée, si parfois une mesure avait pu être limitée, dans son ensemble la France conservatrice assistait à un évincement méthodique du clergé. Or, dans ce pays où les Catholiques restaient si nombreux, la réaction du public était très insuffisante. Le Gouvernement ne pouvait avoir le sentiment de gouverner contre l’opinion puisque celle-ci ne manifestait que faiblement et occasionnellement sa désapprobation.
Pourquoi cette réaction partielle et occasionnelle ? On pouvait y déceler le signe d’un affaiblissement du sentiment religieux. Mais on pouvait y voir aussi la conséquence d’une mauvaise organisation politique. Les intérêts catholiques étaient représentés au Parlement par les députés et sénateurs conservateurs, les uns légitimistes, en voie de ralliement au comte de Paris, les autres orléanistes ou bonapartistes. Pour tous, leur étiquette politique le disait assez, le point essentiel de leurs programmes électoraux était le rétablissement de la monarchie au profit de tel ou tel prétendant.
Ces élus avaient beau s’affirmer catholiques, ils étaient d’abord des conservateurs, des monarchistes divisés. Chaque scrutin marquait un affaiblissement de leurs effectifs.
En 1877, 208 monarchistes avaient été élus à la Chambre. En 1881 ils n'étaient plus que 96. En janvier 1885, les collèges sénatoriaux avaient renvoyé 20 royalistes seulement à la place des 40 monarchistes sortants. Cet affaiblissement des conservateurs, leur impuissance à galvaniser l'opinion, indiquaient le danger de lier exclusivement la cause catholique à la cause monarchiste.