PORTRAIT DE L'EMPEREUR MAXIMILIEN
(Musée de Vienne.)
la Saint-Michel, pour Aix-la-Chapelle et, le 23 octobre, assista au couronnement de Charles-Quint : « Personne n'a rien vu d'aussi magnifique. » Il passa trois semaines dans cette ville, assistant à toutes les fêtes données au jeune empereur, visitant et décrivant toutes les curiosités de la ville, puis quatorze jours à Cologne, où il admire, à la cathédrale, le tableau de « maître Stephanus » (Y Adoration des Mages de Stephan Lochner) ; partout il est hébergé, comme à Bruxelles et à Aix-la-Chapelle, par « ces messieurs de Nuremberg », qui lui obtiennent le titre de peintre de la Cour avec la continuation de sa pension.
Il revient ensuite à Anvers par Dusseldorf, Nimègue et Oosterwyck, puis le 3 décembre en repart et se rend, par Bergen (Berg-op-Zoom) et par Middelbourg, à Zieriksee, enZélande, où il voulait voir une baleine énorme échouée sur le rivage, mais le flot l'avait déjà remportée quand il arriva.
C'est pendant ce voyage qu'il ressentit les premières atteintes du mal qui, sans doute, l'enleva, une infirmité, dit-il, « telle que personne n'en a jamais vu, et je l'ai toujours » : il s'agissait d'une affection interne localisée dans le côté gauche et supérieur du ventre, ainsi qu'en témoigne un dessin du Musée de Brème, où Durer s'est représenté nu jusqu'aux hanches, indiquant du doigt l'endroit malade, avec cette inscription : « En haut, où est la tache jaune que je montre du doigt, là est ma douleur. »
Dans tous ces déplacements, Durer avait sans cesse à la main un album où il dessinait à la pointe d'argent les
paysages et les objets les plus intéressants. Malheureusement il ne nous reste de ce carnet que treize feuillets, dispersés en divers endroits. On y voit, entre autres, le port et la cathédrale d'Anvers, une vue prise sur le bateau du Rhin, près d'Andernach, avec la tète d'un passager, des lions, dessinés à Gand (au Cabinet de Berlin), les portraits de deux patriciens de Nuremberg, Paulus ïopler et Martin Pfinzing (collection V. Weisbach, à Berlin), le portrait de sa femme en costume néerlandais (Bibliothèque impériale de Vienne), l'hôtel de ville d'Aix-la-Chapelle, une vue de Berg-op-Zoom, la flèche de la cathédrale d'Anvers, des Zélandaises en costume national (Musée Condé, à Chantilly), la cathédrale d'Aixda-Chapelle (British Muséum), etc.
Des innombrables portraits ou dessins isolés mentionnés dans son journal, très peu subsistent. A ceux que nous avons déjà cités, il faut ajouter : deux portraits du capitaine Félix Hungersperg, « incomparable joueur de luth », a-t-il noté en marge, et le port d'Anvers (Albertina), "ceux de sa femme et d'un orfèvre de Matines (Cabinet de Berlin), d'un jeune homme, qui est probablement Patenier (Musée de Weimar), de son hôtelier d'Anvers, Jobst Plankfelt (Institut Sta^del), de Lucas de Leyde (Musée de Lille et collection Warwick), des femmes islandaises (collection Edmond de Rothschild , Paris), des soldats et paysans d'Irlande (Cabinet de Berlin), un morse (British Muséum), le jardin zoologique de Bruxelles (Académie des Beaux- Arts de Vienne), la négresse du consul portugais Brandan
Cliché Hanlstaengl.
UN VIEILLARD D'ANVERS, DESSIN (1521) (Albertina, Vienne.)
(Offices de Florence), etc. Une des plus belles parmi ces études est la tête d'un vieillard d'Anvers, âgé de quatrevingt-treize ans (page 109) ; elle est exécutée au pinceau sur papier et rehaussée de blanc (à l'Albertina) ; elle servit sans doute pour un Saint Jérôme peint à l'huile, retrouvé, il y a deux ans, par M. A. Weber au Musée de Lisbonne, et pour lequel d'autres études sont au Cabinet de Berlin et à l'Albertina. De ce voyage aussi datent la tête d'homme avec une barbe postiche et une coiffe rouge, exécutée sur toile à la gouache, que possède le Louvre, et, à la Galerie de Dresde, le portrait d'un certain Bernard de Ressen.
Et la même vie agréable continue : à Anvers, où il était de retour le 1 4 décembre, chacun le requiert pour jouir de sa compagnie ou faire appel à son talent; il dessine pour les orfèvres delà ville des modèles de bijoux, pour une autre corporation une figure de saint destinée à être brodée, exécute des cartons de décorations murales (collection de sir Charles Robinson), peint des armoiries, invente même des costumes pour le carnaval et, comme toujours, portraiture celui-ci ou celui-là, entre autres un certain sculpteur Jean, de Metz. Ses journées se passent en ces occupations artistiques ou à la recherche de curiosités pour lui ou ses amis de Nuremberg (Durer note, un jour, qu'il a acheté une guenon), et, le soir, ce sont de magnifiques réceptions, qu'il relate soigneusement : il prend part avec sa femme, à qui l'on fait comme à lui, de nombreux présents, à maintes réjouissances pendant le carnaval ; les orfèvres l'invitent le mardi gras ; au commen-
cément de mai il assiste à la noce du « bon paysagiste » Joachim Patenier ; plus tard, c'est^Lucas de Leyde, son, rival dans les Pays-Bas, qui l'invite et lui donne tout son œuvre gravé, tandis que Durer lui offre diverses planches en échange. Enfin, il vend : — ; à des prix fort minimes— ses gravures et celles de ses confrères allemands, surtout celles de Hans Baldung.
Il interrompit encore ce séjour à Anvers pour un voyage , à Bruges et à Gand, puis pour un autre à Malines. Dans toutes ces villes il est encore fêté magnifiquement par les artistes ; à Bruges, il reçoit l'hospitalité chez le peintre Jan Ploos (Proost; ou Prévost, de Mons?) et admire les nombreuses œuvres d'art des églises, notamment la Vierge de Michel-Ange, à l'église Notre-Dame, les tableaux de Rogier van der .Weyden et de Hugo van der Goes, qui « tous deux ont été de grands maîtres ». A Gand, il est émerveillé du retable de Y Agneau imjstique des frères van Eyck, « superbe et admirablement conçu », et on lui montre des lions vivants, qu'il ne manque pas, comme on l'a vu, de dessiner sur son carnet.
L'excursion à Malines avait surtout pour but de faire visite à Madame Marguerite ; il voulait lui offrir le portrait de Charles-Quint qu'il avait dessiné pour elle ; mais l'œuvre ne plut pas à la princesse. Néanmoins, elle lui, montra « toutes ses belles choses », entre autres de « bons ouvrages de Johannes et Jakob Walch [Jan van Eyck et Jacopo de' Barbarj] » ; il pria l'archiduchesse de lui donner le carnet de dessins de Jacopo; mais elle lui dit qu'elle
Cliché Haufstaengl.
PORTRAIT DE HIEROÏSYMLS HOLZSCHUHER (1526) (Musée de Berlin.)
l'avait promis à son peintre, B. van Orley. Au reste, Diirer, plus tard, constatant les résultats de son excessive générosité, écrira : « En Flandre, dans toutes mes transactions, dans toutes mes ventes et autres affaires, dans tous mes rapports avec les personnes de haute ou de basse condition, j'ai été lésé, spécialement par Madame Marguerite, qui ne m'a rien donné pour les présents que je lui ai faits et pour, les travaux que j'ai exécutés pour elle. »
Etait-elle, comme l'ont prétendu certains auteurs, mécontente des sentiments de sympathie que Diirer, d'abord séduit, dans la profonde sincérité de son cœur honnête et religieux, parles idées nouvelles de la Réforme, professait pour Luther et qui lui faisaient, à la fausse nouvelle de l'arrestation du réformateur, en mai 1521, s'élever avec indignation contre ceux qui avaient trahi « l'homme pieux, éclairé du Saint-Esprit, qui était parmi nous le représentant de la vraie foi chrétienne » ?
Le roi de Danemark, Christian II, qui venait d'arriver dans les Flandres, lui témoigna, par contre, la plus grande sympathie et l'invita à dîner. Diirer fit son portrait au fusain et celui de son chambellan, puis l'accompagna, le 3 juillet, à Bruxelles. Là, il est encore convié au dîner que le roi de Danemark offre à l'empereur et à l'archiduchesse Marguerite ; au cours des fêtes qui s'ensuivent, il exécute de nouveau, cette fois à l'huile, le portrait du roi, et reçoit pour cet ouvrage 30 florins.
Ce fut là la dernière de tant de réceptions et de fêtes : il fallait enfin reprendre le chemin de Nuremberg. En
vain, comme jadis à Venise, le Conseil d'Anvers avait -offert à Durer, s'il voulait se fixer dans cette ville, 300 « philippes » d'or par an avec un bon logement et le paiement à part de tout ce qu'il exécuterait; il préféra, écrit-il au Conseil de Nuremberg, vivre dans sa ville natale « avec des ressources moyennes que d être ailleurs un riche et grand personnage ». Et, le 12 juillet 1521, par Louvain, Maestricht, Aix-la-Chapelle et Cologne, il s'achemine vers Nuremberg, où l'avaient précédé plusieurs caisses d'œuvres d'art et de curiosités. *
Rentré à Nuremberg, Durer y reçut du Conseil la commande de cartons pour la grande salle de l'hôtel de ville. En raison de sa triple destination de salle du Conseil, de salle de justice et de salle de fêtes, il choisit comme sujets le Char de triomphe de Maximilien, tel qu'il devait le publier sur bois l'année suivante (1522), une allégorie de la Calomnie d'après la description, par Lucien, du tableau d'Apelle (dessin conservé à l'Albertina), puis une tribune avec des musiciens et des gens du peuple. Ces compositions furent exécutées probablement par son élève G. Pencz, mais, quoique repeintes au xvne siècle, il n'en reste presque rien.
Cette dernière période de la carrière de Dlirer est surtout marquée par des portraits, figures d'amis pour la plupart. C'est d'abord le portrait à l'huile d'un personnage
p3 ILIBALDI ■ PIRKEYiWHERI • EFFlGiES
■c- AETATI5SVAEANNOL III - VtVITVR'iNGEK.io CAETERA-TWORTIS * 1 ERYN.T>