‹ Albert DürerChapitre 3 sur 13 · LES QUATRE CAVALIERS, GRAVURE SUR BOIS («L* APOCALYPSE · texte numérisé non relu

LES QUATRE CAVALIERS, GRAVURE SUR BOIS («L* APOCALYPSE

l'Enfant Jésus sur ses genoux, dans un paysage d'eaux et de collines, avec un singe enchaîné à ses pieds (une ravissante aquarelle, au British Muséum, représente la maisonnette, dite Weier Haus, qu'on voit au milieu de l'eau), gravures encore inhabiles, mais tout empreintes de cette poésie, faite de vérité pittoresque, propre à Durer , puis Y Enfant prodigue, non moins attrayant dans son réalisme, avec sa cour de ferme si curieuse et si complaisamment rendue (un dessin pour cette gravure est au British Muséum) ; des porte-étendards (page 57 a), des lansquenets, des scènes de la vie paysanne, d'une vérité d'observation pleine de bonhomie et d'humour (page 57 b), le Saint Eustache, la plus grande planche qu'ait gravée Durer et qui offre un de ses plus beaux paysages (on y retrouve le petit château fort dont le dessin est au Louvre), mais qui montre une certaine gaucherie dans le dessin des animaux; Y Enlèvement d'Amymone (1503); la délicieuse estampe appelée par Durer la Nuit de Noël (1504) ; le Grand Cheval (1505), le Petit Cheval (Mercure et Pégase?), qui montrent déjà un très grand progrès sur le cheval du Saint Eustache ; la Petite Fortune ; la Grande Fortune, qui marque le plus haut point auquel Durer ait poussé l'étude du nu. Et voici les chefs-d'œuvre de cette première période : les Armoiries de la Mort (1503) et les armoiries au lion (vers 1504), d'une ordonnance si décorative et d'une taille si fine ; Adam et Eve sous les arbres et au milieu des animaux du Paradis terrestre (1504), gravure en clair-obscur d'un soin extrême, d'une science

anatomique consommée (des éludes préparatoires sont à l'Alberlina, dans la collection A. von Lanna à Prague, au British Muséum, à l'Université d'Oxford), où l'on sent l'influence de certaines gravures italiennes, notamment d'oeuvres de Mantegna et de Barbarj, et où Durer se montre dès lors en possession de tous ses moyens.

L'Italie, qui avait remplacé les Flandres dans les préoccupations des artistes, l'intéresse, on le voit, particulièrement en cette première, période de sa carrière, et chez elle, de préférence, les peintres et graveurs qui se distinguent par la recherche aiguë de l'expression, l'étude du corps humain et surtout cette curiosité de l'antique qui lui inspirait alors à lui-même de si originales représentations d'Arion, de Mercure père de F éloquence (à la Bibliothèque impériale de Vienne) et d'une Vénus sur un dauphin (Albertina) : Mantegna, dont l'influence, déjà observée dans le triptyque de Dresde de 1497, se manifeste aussi dans les dessins la Mort d'Orphée (1494), au Musée de Hambourg, libre copie d'une gravure italienne inspirée du maître padouan, la Bacchanale qï le Combat de tritons, à l'Albertina, imitations ou copies d'estampes de l'artiste, et dans la gravure r Effet de la jalousie, appelée par Durer Y Hercule; — Pollaiuolo (dont le souvenir est visible dans Y Hercule tuant les oiseaux du lac Stymphale, et dans un dessin de la collection Bonnat représentant l'Enlèvement de deux femmes)', — Jacopo de' Barbarj, enfin, dont l'influence n'est pas moins sensible, nous l'avons vu, de 1497 environ à 1504, et se manifeste aussi dans les

Page 1