‹ Albert DürerChapitre 8 sur 13 · LE CHEVALIER, LA MORT ET LE DIAPLE, GRAVURE SUR CUIVRE · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER, LA MORT ET LE DIAPLE, GRAVURE SUR CUIVRE

veux désormais me contenter de ma gravure; si j'avais pris ce parti plus tôt, je pourrais être aujourd'hui plus riche de mille florins. » D'ailleurs, ce fut là, avec le dessin, le domaine où il affirma plus que partout ailleurs sa suprématie : il s'y montre le plus habile, le plus varié, le plus puissant des maîtres. La délicatesse, le fini de sa taille, la perfection à laquelle il a porté le travail du burin, font de lui un des plus éminents graveurs de tous les temps ; de leur, côté, ses dessins sur bois valent par d'autres qualités non moins appropriées à leur but : la largeur de la composition, la synthèse de l'exécution. C'est avec une véritable joie que, fatigué de « minutieux épluchage », comme il dit en parlant de la peinture, il revient à cet art si alerte, dont il tire des effets si expressifs, et c'est là surtout que sa fantaisie se donne libre cours, abordant, en les renouvelant, tous les sujets traités par l'art allemand de son temps, religieux, légendaires, mythologiques, philosophiques ou simplement familiers, parfois même de ceux que l'art « académique » jugerait peu nobles et indignes de l'attention d'un artiste (par exemple son Pourceau monstrueux), revenant sans se lasser, et sans se répéter, à ses motifs préférés : les souffrances du Christ, la Vierge, saint Jérôme, saint Georges, etc., et en tirant des merveilles d'art à la fois populaire et savant. Ne pouvant décrire ni même citer toutes ces productions, nous ne mentionnerons que les principales.

D'abord, les trois chefs-d'œuvre de Durer — et en même temps les chefs-d'œuvre de la gravure allemande : le Che-

valier, la Mort, et le Diable (1513); la Mélancolie (1514), et Saint Jérôme dans sa cellule (1514).

Image robuste de cette robuste époque, la première, sans doute, revêt d'une forme impressionnante une idée développée dans plusieurs livres ou estampes religieuses populaires du temps : la fermeté d'âme du vrai chevalier chrétien en présence des embûches de la mort et du démon. Quel exemple, en effet, de stoïque vaillance nous est offert dans cette silencieuse chevauchée, au crépuscule, du bon chevalier qui, à peine engagé dans un obscur et humide défilé, voit surgir à ses côtés d'effrayantes apparitions : la Mort, au visage horrible entouré de serpents, le Diable, bête monstrueuse avançant la patte pour l'agripper, et qui, sourd à toute crainte, impassible et raide dans son armure, poursuit sa route avec une inébranlable tranquillité ! (page 85).

Une sensation plus intense et plus profonde encore se dégage de la Mélancolie (page 89), la plus originale de toutes les créations de Durer. Qu'elle est saisissante, cette sombre et ardente méditation de l'Esprit. aux ailes d'aigle, « portant à sa ceinture les clefs qui ouvrent et qui ferment », le front ceint de tiges de douce-amère, emblème de la solitude chère aux âmes blessées, assis, la tête dans sa main, au milieu des instruments et des symboles des sciences humaines, dont les recherches, plus compliquées mais non moins puériles que les calculs de cet enfant juché à côté sur une meule de moulin, n'ont pas réussi à lui livrer le secret de l'au-delà mystérieux et

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