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ÉTUDES POUR LES PREMIERES GRAVURES

Rentré à Nuremberg en mai 1494, Dürer, après cette tournée, y retrouve les humanistes de la savante cité, à la tête desquels se plaçait Pirkheimer, revenu naguère d’Italie avec toute la fraîcheur de son admiration pour l’antiquité. Vers la meme époque, Jacopo de Barbarj séjournait à Nuremberg où il exerçait évidemment une influence marquée. Pirkheimer et d’autres humanistes, comme Scheurl et Tucher, avaient dû rapporter de la Péninsule un assez grand nombre d’œuvres de la littérature et de l’art classiques 1 2 ; Jacopo, de son côté, n’était certainement pas venu en Allemagne sans quelques beaux échantillons de la Renaissance italienne *.

1. Parmi ces fervents admirateurs des anciens, il faut citer encore Hartmann Schedel qui avait réuni un grand nombre de documents graphiques, relatifs à l’antiquité, dans un manuscrit dont nous parlerons plus loin.

2. On peut ranger parmi ces importations italiennes une curieuse gravure du musée de Hambourg qui n’a pas encore été décrite; le milieu de la gravure est occupé par saint Jean baptisant le Christ dans les eaux du Jourdain et par deux autres figures; dans le haut, Dieu le Père entouré d’une gloire d’anges; tout autour, douze scènes empruntées au Nouveau Testament ; au verso, le Christ en croix entre les deux larrons; deux petits anges recueillant le sang dans des calices; au pied de la croix, la Vierge, Marie Magdeleine et saint Jean; tout autour, quatorze scènes empruntées

On comprend donc que, rendu à sa ville natale, Dürer ait été porté à l’imitation directe des maîtres transalpins. Tantôt il copie à la plume deux gravures de Mantegna (B. 17 et 20), le Combat des Tritons et la Bacchanale (Albertine) ; tantôt il emprunte à un dessin de l’école de Mantegna et à une gravure d’un anonyme italien les éléments de sa composition la Mort d’Orphée (musée de Hambourg)1.

Pour les Tritons et la Bacchanale, Dürer se borne à en donner une copie aussi fidèle que le lui permettait son tempérament germanique. Malgré l’exactitude de la traduction, l’effet sculptural, si frappant chez le maître italien, disparaît dans Dürer; celui-ci, en éloignant les fonds, a rendu les figures plus saillantes, en sorte qu’il semble reproduire non des gravures faites d’après des basreliefs, mais des dessins.

Quant à la Mort d'Orphée, il ne s’agit plus d’une copie, mais d’une imitation savante et méditée. Le système d’interprétation adopté par notre maître, les modifications curieuses qu’il fait subir aux originaux italiens, le parti qu’il tira de sa propre composition pour des œuvres postérieures, en un mot, tout ce qui se rattache à cette Mort d’Orphée offre un intérêt tout particulier.

L’unique exemplaire d’une gravure italienne 2 de la seconde moitié du xve siècle, faisant partie du cabinet Harzen, est devenu avec celui-ci la propriété du musée de Hambourg. Le sujet de

à l’histoire de la Passion. H. om,262. L. om,ic)0. Dans le bas, à l’encre, cette inscription gothique: W. pley i4j3, indiquant très probablement qu’elle appartenait à Wilhelm Pleydenwurff, maître de Wolgemut.

1. Nous avons publié cette gravure et l imitation de Dürer dans la Gabelle des Beaux-Arts, 2e période, t. XVII, p. 445-449.

2. Cette gravure, large de 7 pouces 10 lignes et haute de 5 pouces 0,2 lignes, fut payée par M . Ricardi 60 livres sterling, à la vente de la collection Sykes. Voy. C. Mayer, Arch. /. die \eichn. Kïinste, t. XVI, p. 88 : Die Har^en-Commetersche Kupferstich und Hand^eichnung-Sammlung in der Kunsthalle \u Hamburg.

(Fin du xv' siècle. — Musée de

cette précieuse estampe est Orphée mis à mort par les Bacchantes' . Voici la description qu’en donne Passavant1 2 d’après Ottley : « Orphée est à terre sur le genou droit et s’appuie de la main droite, tandis que de la gauche il cherche à se couvrir la tête avec son manteau pour parer les coups que lui portent deux nymphes armées de longues massues et vers lesquelles il lève ses yeux suppliants; l'une d’elles est vue de dos, celle de gauche; en face et à côté d’elle, un petit enfant effrayé s’enfuit. Dans le fond, un arbre, et plus loin un rocher sur lequel est une ville avec deux tours. H., 5 p. 4 h; L., 8. i h; Ottley, p. qo3, et Nelson, n° 35. Cette pièce, qui provient de la collection Ricardi de Florence, montre au-dessus de la figure de l’Orphée un singulier ornement. »

Ajoutons quelques détails nécessaires à la description incomplète de Passavant. Les nymphes dont il parle sont deux des bacchantes qui, d'après la tradition séculaire, tuèrent le malheureux Orphée; aux pieds de la victime, un luth abandonné sur le sol ; à gauche, derrière l’enfant qui s’enfuit, un arbre ressemblant fort à un palmier ; plus à gauche encore, un amas de rochers d’où s’envole une nuée d'oiseaux. Les terrains s’étagent en plis circulaires tels qu’on les voit dans les estampes italiennes de cette époque; çà et là, quelques cailloux et quelques touffes d'herbes. L’emplacement même du drame est superposé au sol, comme si l’auteur avait voulu, selon ia mode du temps, déterminer nettement le lieu de la scène. Le groupe formé par les quatre figures est bien conçu; les allures sont justes, le mouvement d'Orphée se protégeant contre la fureur des bacchantes est naturel et fortement rendu ; la pose du bras droit avec la main écartée est saisie sur le vif. Même vérité, même exactitude d'observation dans les gestes

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