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LA CATHÉDRALE D’AIX-LA-CHAPELLE

Collection de Mm* VYC Grahl, à Dresde.

gneurs de Rogendorf dont l’unique épreuve, malheureusement en mauvais état, est au musée germanique de Nuremberg; souvent il s’acquitte en peignant ou en dessinant le portrait de ses hôtes. Les nombreuses ventes qu’il fait de ses propres œuvres l’aident aussi à payer les frais du voyage. Partout il trouve des acquéreurs empressés ; ici, il vend une Passion sur bois pour douze sous, et

i. L’un des deux, fidèle serviteur de Maximilien Ier, fut gouverneur de la Frise.

un Adam et Ère pour quatre sous; là, à l’orfèvre Merckt, des gravures pour trois florins; il conclut une plus importante affaire avec Félix, le joueur de luth, qui achète son œuvre sur cuivre, sa Passion sur bois, sa Passion sur cuivre, deux demi-feuilles1, deux quarts de feuilles, pour huit florins d’or.

A Cologne, comme à Bruxelles et à Aix-la-Chapelle, Dürer est encore l’hôte des envoyés de Nuremberg. 11 y voit, moyennant deux sous, le tableau2 de maître Stephan (Lochner), le chef-d’œuvre de l’école colonaise, qu’on admire encore aujourd’hui dans la chapelle Sainte-Agnès de la cathédrale. Il assiste au bal et au festin donnés à l’empereur Charles, et peu de jours après, le 12 novembre, il apprend que ces messieurs de l’ambassade de Nuremberg viennent enfin d’obtenir pour lui le payement des termes arriérés de la pension accordée par Maximilien et la confirmation de cette pension 3. Dürer trouve à Cologne son cousin Nicolas qui lui donne à dîner : « J’offre un florin à sa femme, deux liards à sa petite fille, sept sous à la servante, et un Saint Eustache à son domestique, car je leur ai donné beaucoup de mal à tous. »

De Cologne4 notre voyageur se rend, le 14 novembre, à Nimègue par le Rhin, sans autre incident qu’un grand coup de vent qui l’empêche un moment de poursuivre sa route. Dürer, toujours prêt à manier le crayon, le pinceau ou la plume, met à profit ce contretemps pour dessiner le portrait d’un compagnon

1. Durer classait et vendait ses gravures d’après le format du papier : pour un florin il donnait huit feuilles entières, ou vingt demi-feuilles, ou quarante-cinq quarts de feuilles (voy. Thausing, p. 438).

2. Ce tableau est le triptyque dont le panneau central représente Y Adoration des Mages.

3. Le document officiel est du 4 novembre i52o; voy. Pièces justificatives, n° IX; la pension fut régulièrement payée, comme en font foi les quittances de Durer.

4. Le seul document artistique qui nous ait été conservé du séjour à Cologne est une belle gravure sur bois des armoiries de Staiber, employé de l’administration impériale (B. 167 et 168).

orfèvre, une tète de femme et un croquis de l’aubergiste. Enfin, le 22 novembre i52o, il revoit sa chère Anvers qu’il avait quittée depuis sept semaines, et retrouve sa femme et sa servante chez le fidèle Jobst Plankfelt1. C’est pendant ce nouveau séjour à Anvers que notre maître fait le portrait à la plume de Félix Hungersperg : « J’ai pourtraict, dit-il, Félix agenouillé, dans mon livre (album) à la plume. Félix m’a donné cent huîtres. » Celui-ci est à genoux, les mains jointes sur un bouclier orné de l’aigle autrichienne à double tète; en haut, de la main de Dürer : Félix Hungersperg, le délicieux el l’incomparable joueur de luth ; plus bas , à droite , les trois noms : Félix, Adolf, Sonia rio. Ce sont les meilleurs (joueurs de luth). Un autre portrait du capitaine-musicien nous le montre de trois quarts, coiffé d’une résille et d’un béret à larges bords ; en haut, cette mention : Ceci est le capitaine Félix, le délicieux joueur de luth; 1S20 et le monogramme; figure martiale, moustache longue, barbe frisée, un œil éteint; Félix était borgne (tous deux à l’Albertine).

Dans le même temps, sans doute, il fait sur son carnet le portrait d’un de ses bons amis, Lazarus Ravensberger, dont il

1. La cité flamande, comme toutes les grandes villes d’Europe, était alors infestée par les tire-laine et les lilous. Agnès Durer avait été victime d’un de ces adroits voleurs : le jour de la Saint-Martin, dans l’église Notre-Dame, on lui avait enlevé sa bourse qui contenait quelques menus objets, avec deux florins et plusieurs clefs.

parle plusieurs fois dans son journal. Lazarus est vu en buste, coiffé d’un large chapeau, vêtu de fourrures; les traits, d’une expression très virile, sont fortement accusés ; dans le haut, ... rus Ravensberger , fait à Anvers ; sur la même feuille, à droite, une tour élégante et svelte, curieusement ouvragée, se terminant en une flèche; au verso, deux demi-figures de femmes en costume néerlandais , l’une de profil , l’autre de trois quarts (cabinet des Estampes de Berlin, acquis à la vente Firmin-Didot).

Le 3 décembre, Durer quitte encore Anvers pour visiter la Zélande dont l’originalité si pittoresque devait naturellement éveiller sa curiosité. D’ailleurs, il n’était bruit que d’une énorme baleine échouée sur une des plages de ce curieux pays, à Zierikzee. « Elle est longue de plus de cent toises et aucun homme vivant n’en a jamais vu qui atteignit plus que le tiers de sa longueur. Ce poisson ne peut être mis à flot; les habitants souhaiteraient beaucoup qu’il fût loin, parce qu’ils craignent la grande puanteur, car il est si gros que les gens ne croient pas pouvoir, en une demiannée, le dépecer et le réduire en huile. »

Arrivé à Berg-op-Zoom, Dürer dessine les portraits de Jean de Has, au charbon noir, de sa femme et de ses deux filles, et, à la pointe d’argent, sur son album, ceux de la servante de la maison et d’une vieille femme. Ces deux derniers, sur le même feuillet, d’une ravissante exécution, avec la mention : à Bergen, jour de fête, sont conservés dans la collection du duc d’Aumale; au verso, une tète de vieille femme, aussi avec les mots : à Bergen, et une Zélandaise en costume national, avec cette mention : à Der Gus (Ter-Goes) ein Sciant (Zélande), remarquable par le grand bonnet qu’on portait dans la province; Durer en parle ainsi : « Le samedi (7 décembre) nous arrivons à la ville de Goes, où je dessine une fille dans son costume. »

L’excursion en Zélande faillit être fatale à Dürer : au moment

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