L’ANNONCIATION
Collection de M. le duc d’Aumale.
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Avec Passavant, MM. Nagler, de Retberg, von Eye, Galichon et d’autres attribuent cette gravure à notre maître; MM. Hausmann et Thausing sont d’un avis contraire. Nous sommes parvenu à réunir une suite d’études de Dürer dont l’examen nous paraît lever tout doute sur l’auteur de cette planche. D’abord le dessin pour le Christ en croix, tout à fait dans la même attitude que celui de la gravure : la tête a cette expression prononcée de courroux que nous avons déjà relevée dans deux autres Christs dessinés par Dürer vers les mêmes temps; les jambes, au lieu d’être croisées comme à l’ordinaire, tombent parallèlement le long du bois ; les pieds sont aussi séparés et percés chacun d’un clou ; aux pieds du Christ, 1 523, surmonté du monogramme1 (musée du Louvre, don de feu M. Gatteaux). Ensuite la Madeleine derrière le pied de la croix, qu’elle tient embrassée; la tête, aux cheveux épars sous un long voile, se lève vers le Christ; le corps, perdu dans de larges draperies, s’affaisse sous le poids de la douleur; les mains sont courtes et lourdes; à droite, 1 5^3 au-dessus du monogramme (collection de M. Dumesnil). Puis, sur une même feuille, trois figures de saintes femmes ; deux d’entre elles, chargées de longs manteaux, la tête enveloppée d’épaisses coiffures, l’une joignant les mains, l’autre les croisant sur la poitrine, sont celles qui dans la gravure se trouvent immédiatement à la droite de la croix; la troisième, placée entre les deux précédentes, au second plan, ne laisse voir que la tête et serre contre la bouche un pan de son manteau, comme pour étouffer ses gémissements2; 1 52 1 et le monogramme (collection de M. Dumesnil). Enfin, une tète d’en-
1. On conserve à l’Académie de Venise une très belle esquisse à la plume qui offre des analogies avec ce dessin et pourrait en être une première pensée. C’est un Christ debout; le torse et la jambe gauche sont rapidement indiqués, la jambe di oite manque; une ceinture flotte autour des hanches; 1 5 2 1 et le monogramme.
2. Ces figures, agrandies, sont empruntées au Crucifix (B. 23).
fant ailé, renversée, toute bouffie, en pleurs, dans un ciel nuageux; i52o et le monogramme (musée du Louvre); cette tête est celle du plus grand des chérubins qui, dans la gravure, planent au milieu des nuages à la droite du Christ. Remarquons encore que le saint Jean, connu par sa ressemblance avec Luther, reparaît dans la gravure, à gauche du Christ1. Tous ces dessins sont exécutés de la même manière, à la pierre d'Italie, avec rehauts blancs, sur papier préparé verdâtre.
L’ensemble de ces études, d’un caractère nettement homogène, a été évidemment conçu en vue de la gravure contestée. Sans doute, cette planche n’offre pas les qualités ordinaires du grand artiste, ce qui s’explique aisément : Dürer s’est contenté de transporter sur le cuivre, en la décalquant au trait, la composition générale du Crucifiement ; l’exécution définitive aurait fait disparaître les lourdeurs du calque. Qu’on se rappelle que le projet à la plume du Petit Cardinal , conservé à Brème, a donné lieu à une remarque du même genre. D’ailleurs, le Christ de la gravure, par l’énergie du dessin et la sûreté du trait, est tout à fait digne du maître.
En 1 5 2 2 , Dürer reçoit cent florins « pour la grande peine qu'il a eue avec le dessin de l'hôtel de ville ». Le Conseil de Nuremberg avait, l’année précédente, décidé, par décret, que la grande salle des fêtes serait ornée de peintures d’après les dessins de Dürer. Les cent florins étaient la rémunération du concours apporté à cette entreprise2.
La décoration murale de la grande salle se compose de trois morceaux : la reproduction agrandie du Char triomphal de Maximilien; une tribune contenant sept musiciens avec un certain nombre d’auditeurs ; la Calomnie, d’après Apelle. On conserve