‹ Albert Dürer et ses dessinsChapitre 110 sur 163 · LE CHRIST EN CROIX · texte numérisé non relu

LE CHRIST EN CROIX

( D essin donne par M.Gatteaux au Louvre )

à l’Albertine l’étude à la plume exécutée par Dürer pour ce dernier morceau. Le sujet est tiré d’un petit traité de Lucien, intitulé Calumniœ non temere credendum, dans lequel le philosophe railleur décrit un fameux tableau d’Apelle, représentant, à l’aide de figures allégoriques, les dangereux effets de la calomnie. Ce sujet avait tenté plusieurs des devanciers et des contemporains de Dürer1 : Botticelli, Mantegna, Raphaël, Mocetto, Franciabigio, et, après lui, fut repris par Rembrandt et quelques autres 2.

« Sur la droite, dit Lucien, est assis un homme qui porte de longues oreilles, dans le genre de celles de Midas : il tend de loin la main à la Calomnie qui s’avance. Près de lui sont deux femmes : l'Ignorance, sans doute, et la Suspicion. De l’autre côté, on voit la Calomnie approcher sous la forme d’une lemme divinement belle, mais la figure enflammée, émue et comme transportée de colère et de fureur; de la gauche, elle tient une torche ardente; de l’autre, elle traîne par les cheveux un jeune homme qui lève les mains vers le ciel et semble prendre les dieux à témoin. Il est conduit par un homme pâle, hideux, au regard pénétrant; on dirait un homme amaigri par une longue maladie. C’est l’Envie personnifiée. Deux autres femmes accompagnent la Calomnie, l’encouragent, arrangent ses vêtements et prennent soin de sa parure. L’interprète qui m’a initié aux allégories de cette peinture m’a dit que l’une est la Fourberie et l’autre la Perfidie. Derrière elles marche une femme à l’extérieur désolé, vêtue d’une robe déchirée : c’est la Repentance ; elle détourne la tète, verse des larmes et regarde avec une confusion extrême la Vérité qui vient à sa rencontre. C’est ainsi qu’à

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