Cat. Posonyi, n
deur naturelle, sur papier jaune foncé à la pierre d’Italie; toutes deux signées et datées i52Ô; — la figure de saint Jean, debout et lisant ; magnifique dessin sur papier préparé vert, à la pierre noire avec quelques rehauts blancs, signé et daté 1 5^5 1 ; — enfin tout le personnage de saint Paul, sauf la tète, est copié sur le dessin du saint Philippe de 1 5 23 .
Les Quatre Apôtres sont les deux volets d’un triptyque. Le panneau central fut-il jamais exécuté? Non, sans doute, puisque Dürer offre les quatre figures au Conseil de Nuremberg comme une œuvre formant un tout par elle-même. Cependant on a de cette même année i52Ô un dessin dont le format semble indiquer un projet de panneau central et dont le sujet se concilierait fort bien avec les volets de la Pinacothèque : cinq figures d’hommes nus sont disposées dans des attitudes diverses; sur le devant à droite, un d’eux lève la tète et écarte les bras en signe d’étonnement; à gauche, un autre, presque de profil, paraît en proie à une vive terreur et se cache la face avec le bras comme pour éloigner une vision effrayante ; entre les deux, sur un plan un peu reculé, un homme tombe la tète en avant ; derrière, à droite, un quatrième acteur s’esquive tout ramassé et tremblant; enfin un dernier personnage, dont la figure rappelle fortement un des Trois Suppliciés (celui de droite) de Barbarj, debout, la tète levée, étend les bras dans un mouvement de profonde extase. L’anatomie des corps est d’une rare justesse, le trait de plume nerveux et d’une prodigieuse sûreté; en bas au milieu , la date i52Ô au-dessus du monogramme (chez le Dr Jurie, à Vienne, provenant de la collection Entres). Ces cinq personnages sont, à n’en point douter, des études pour
1. Il est ainsi désigné dans le catalogue de la Grosvenor Gallery, où il a été exposé en 1S77-1878, n° 857 : « Prêtre portant quelque attribut du service religieux » (collection de M. W. Russell).
le bas d’une Transfiguration. Doit-on croire que ce projet de tableau, abandonné par le maître, était destiné au panneau central d'un triptyque dont les Quatre Apôtres auraient été les volets ?
Nous arrivons à un dessin assez étrange et qu’on serait embarrassé d’expliquer si Dürer lui-même ne nous en avait donné la clef : sur le devant d’un vaste paysage, on aperçoit, comme à travers un mirage, des arbres et des buissons; au milieu une ville sur le bord d’un lac, vaguement ébauchée; des eaux abondantes tombent du ciel et forment une haute montagne ; au-dessous, Durer a écrit cet utile commentaire :
L’an i525, après la Pentecôte, entre le mercredi et le jeudi (3o-3i mai), dans la nuit, j’ai vu, pendant mon sommeil, l’image de beaucoup d’eau tombant du ciel; et la première eau atteignit la terre à environ quatre milles de moi, avec beaucoup de violence et le plus grand bruit, et elle se brisa et inonda tout le pays. J’en fus si effrayé que je me réveillai. Ensuite les autres eaux tombèrent et les eaux qui tombèrent alors étaient très grosses et elles tombaient les unes loin, les autres près, et elles venaient de si haut qu’elles semblaient tomber avec une égale lenteur. Mais, lorsque la première eau qui atteignit la terre fut presque arrivée près de moi, elle tomba avec une rapidité, une violence et un vacarme dont je fus tellement effrayé que je me réveillai, le corps tout tremblant, et ne pus de longtemps revenir à moi. Mais quand le matin je me levai, je peignis la chose ci-dessus comme je l’avais vue.
Que Dieu tourne toute chose au mieux!
Albrecht Durer1.
i. Au reste, Dürer, d’une nature méditative, gardait un profond souvenir de ses rêves. Pirkheimer écrit à Ulrich Varenbüler, en i522 : « Te rappelles-tu comme Dürer nous raconta dernièrement ses songes? Nous étions chez moi à la fenêtre, et nous vîmes passer le cortège des guerriers; tout était plein du bruit des armes et des trompettes et des clameurs du peuple. Lui, cependant, nous raconta combien de choses charmantes il voyait parfois dans ses rêves, de sorte que, dit-il, s’il lui en arrivait de semblables dans la réalité, il serait l’homme le plus heureux de la terre. » Voy. Grimm, Ueber Künstler und Kunstwerke , I, p. i5o, et Pièces justificatives, n° X, le récit d’une autre vision de Dürer.