‹ Albert Dürer et ses dessinsChapitre 2 sur 163 · P R E FA G E · texte numérisé non relu

P R E FA G E

mencée peu après la mort de Dürer par Wilibald l’ancien (i 5 19-1580) qui en fit un très curieux inventaire1.

Collection Harsdœrfer, xvfi siècle.

Cabinet du médecin nurembergeois Melchior Ayrer (1520-1570), légué par lui à son fils Julius et conservé jusqu’à la fin du xviie siècle.

Collection d’Amerbach de Bâle, l’ami d’Erasme (avant i56o).

Cabinet de Praun 2.

Cabinet Arnold Bernstein (vers 1600).

Collection de l’empereur Maximilien II (1527-1577), continuée par son successeur Rodolphe II (i552-i6i 1), tenue en haute estime par Ferdinand II (1578-1637), et par Ferdinand III (1608-1657), qui la montra avec orgueil à Sandrart.

Collection de l’électeur Maximilien de Bavière, le grand admirateur de Durer, acquéreur du Tableau d’autel de H elle?'.

Collection de Spiring, ambassadeur de Suède à la Haye (xvne siècle).

Cabinet de Joh. Losert, teneur de livres (1670).

1. Voy. un des inventaires Imhof aux Pièces justificatives, n° i ; et Joseph Heller, Das Leben und die Werke Albrecht Diirers , p. i3 et suiv.

2. Ce cabinet fut créé par Paul Praun, né en i5y8, d’une famille patricienne de Nuremberg et qui séjourna quinze ans en Italie où il fut lié d’étroite amitié avec les grands peintres du temps, parmi lesquels le Guide. Il acquit une partie des dessins de Vasari et envoya d’Italie à Nuremberg plusieurs caisses d’œuvres d’art; il mourut à Bologne en 1 6 r 6. En i8or, cette collection fut cédée pour trente mille florins au marchand Frauenholz qui vendit, dès 1802, les dessins et les gravures. Murr en rédigea le catalogue, que Prestel orna de nombreux fac-similés.

PREFACE

Collection de Sandrart, le Vasari allemand, qui possédait un livre contenant 236 dessins de Durer (?), estimé par lui dans son inventaire à 200 fl. (1679).

Collection de lord Arundel, ambassadeur d’Angleterre à Vienne (1637).

Cabinet de S. van Huis, bourgmestre de la Haye (1736).

Cabinet de M. Neymann, catalogué, en 1776, par Basan.

Collection Silberrad (mort en 1782b

Cabinet de Hagen, vendu aux enchères publiques, après sa mort en 1786, à l’hôtel de ville de Nuremberg.

Cabinet de Lefèvre, conservateur de l’Albertine.

Cabinet du prince de Ligne.

Cabinet Pfaundler d’Inspruck 1822).

Collection Derschau (l’auteur des Gravures en bois des anciens maîtres allemands ), à Nuremberg.

Collection Grünling, échue plus tard, en grande partie, au musée de Brême.

En France même, quoique la plupart des amateurs aient peu goûté la saveur trop germanique du génie de Dürer, les curieux d’élite surent apprécier ce maître et tinrent à posséder de ses oeuvres. C’est ainsi que Jabach avait acheté dans les Flandres quatre-vingt-un dessins de Dürer, que Crozat et Mariette en avaient réuni un certain nombre, qu’on en trouve plus de vingt dans la collection Paignon- Dijonval vendue à Woodburn; que dans notre siècle nous en voyons quarante-neuf chez Denon, et seize figurant sous le n" 268 du catalogue, sans aucune indication de sujets, à la vente de Constantin d’Aix, marchand et restaurateur de

PREFACE

tableaux; que de nos jours enfin on a admiré tant de beaux Dürer aux ventes Andréossy, Thibeaudeau et Didot, et que des amateurs délicats comme M. Reiset et feu MM. His de la Salle et Gatteaux les mettaient à côté de leurs morceaux de prédilection b

On voit par combien de mains ont passé les dessins de Dürer. Leurs migrations ont été aussi fréquentes qu’aventureuses. Ainsi le Combat de Samson de la collection Imhof traverse les galeries de Rodolphe II, tombe aux mains du général Andréossy, entre ensuite chez le comte de Pourtalès, puis est emporté à Vienne par M. Posonyi, revient en France chez M. Hulot, et nous est enfin ravi par le cabinet des Estampes de Berlin, dernier terme de son odyssée.

Aujourd’hui les dessins de Dürer trouvent une hospitalité plus sûre, soit dans des musées, où ils sont à l’abri des caprices de la vente aux enchères et de la dispersion, soit dans de sérieuses collections destinées évidemment à enrichir un jour ces musées.

Notre travail semble venir à son heure. Dürer, trop longtemps suspect aux amateurs français, souvent attaqué sans mesure parmi nous, a enfin conquis en France sa place légitime : le succès obtenu par quelques-uns de ses beaux dessins à l’exposition des maîtres anciens de 1879, la faveur que d’autres ont rencontrée à la vente Didot, prouvent que

1. Mentionnons pour mémoire quelques autres amateurs français friands des œuvres de Dürer: de Granvelle (1751), l’abbé de Fleury (1756), Jullienne (1767), Malenfant (1773), le chevalier de Damery (1774), Basan père (1798), N. Révil (1845), Thorel (i853), Armand Bertin (1854). Voy. Ch. Blanc, Trésor de la curiosité.

PRÉFACE

le maître nurembergeois est maintenant apprécié chez nous comme il convient. Nous ne sommes plus au temps où Mariette se croyait obligé de faire en ces termes comme une apologie de Dürer 1 :

« Je ne puis m’empêcher de dire à sa louange qu’il est peu de peintres qui aient eu une plus belle imagination, ni qui aient autant varié leurs compositions. Otez-lui ce qu’on peut appeler le goût de terroir, un goût sauvage, aride et sec, qui tient du gothique, et qui, étant celui dans lequel il avait été élevé, n’avait pu se perfectionner par une étude de l’antique qui lui manquait, vous trouverez, dans ses ouvrages, de la noblesse, des caractères variés et bien saisis, une grande richesse de composition, chaque figure sur son plan, l’observation la plus exacte des règles de la perspective, des recherches savantes, des draperies souvent très heureusement jetées, et où il ne faut qu’abattre et simplifier les plis trop minutieux pour en former des plis de draperie de la plus grande manière. C’est ce qu’a très bien compris le Guide, et avant lui André del Sarte et le Pontorme. Ces grands peintres n’ont point eu honte de puiser dans les ouvrages d’Albert. Ils s’en sont quelquefois approprié des parties qui n’ont pas peu contribué à embellir leurs tableaux, et, si Raphaël lui-même a fait hommage aux productions de notre habile peintre, en plaçant de ses gravures dans son cabinet, afin de les avoir continuellement sous ses yeux, ai-je tort de les présenter sous un point aussi avantageux que je viens de le faire, et ne dois-je pas, au contraire, espérer que

r. Voy. Abecedario, t. II, p. 15p.

PREFACE

les curieux reviendront enfin de leur assoupissement, et qu’ils regarderont les ouvrages d’Albert Durer avec toute la vénération qui leur est due ? Heureux si, par tout ce que je viens de dire, je pouvais avoir opéré ce miracle. »

Heureux nous aussi, si ce travail peut contribuer à faire mieux connaître en France le plus grand maître de l’Alle-

magne !

Page 1