Une copie de ce dessin au British Muséum
2. On trouve un Mercure analogue, de dimension plus petite, gravé sur bois dans les Inscriptiones sacrosanctœ vetustatis du mathématicien Petrus Apianus, imprimées à Ingolstadt chez l’auteur, i53q (. Mittheilungen der. K. K. Centralcommission, VIII, p. ,27).
ment les divinités du paganisme grec. Faut-il cependant regretter qu’à cette époque Dürer n’ait point été mis en communication plus immédiate avec leur art ? Nous ne le croyons pas, quelque profit qu’il eût pu tirer de relations plus étroites avec les hommes de la Péninsule. Au moment précis de son développement, l’esthétique transalpine aurait pu interrompre ou déranger le cours naturel de ses aspirations, jeter quelque confusion dans son esprit et mêler dangereusement à son individualité puissante un élément étranger. Dans un commerce trop direct avec l’Italie, en présence des révélations d’un art nouveau, il eût risqué de compromettre ses qualités natives. Plus tard, lorsque, arrivé à son apogée, il ira à Venise, la contemplation des chefs-d’œuvre étrangers ne pourra exercer sur lui qu’un effet salutaire; il ne prendra aux artistes italiens que ce qu’il voudra et ce qui suffira pour le compléter; il adoucira, par leurs exemples et leurs leçons, la rudesse de son style; il les étudiera non en élève, mais en maître. Jusque-là il se contente d’emprunter aux sources du midi des sujets de compositions; ce qu’il voit surtout dans les scènes mythologiques, c’est une occasion de satisfaire la mode du temps, très portée vers les choses de l’antiquité, et de s’exercer à l’étude du nu. Les héros des légendes grecques, les Orphée, les Hercule, les Bacchus, se prêtent merveilleusement à son goût pour l’anatomie. C’est à ce point de vue, et sans aucun souci de la vérité classique, que Dürer traite les fables de la Grèce. Parmi ces compositions, signalons encore l’ Arion de la collection Ambras à Vienne, dessin à la plume légèrement lavé ; le chantre harmonieux est couché sur un monstre marin aux écailles multicolores, pourvu d’immenses nageoires et armé de défenses colossales, nageant à la surface d’une mer bleue faiblement ébauchée. Arion tient sa harpe de la main gauche et de la droite se cramponne à la tète de son sauveur ; le corps robuste est jeune et beau, la tète couverte de longs cheveux reste gracieuse, malgré l’expres-
sion d'un sentiment de crainte; la bouche est entr’ouverte : Arion achève le chant auquel il doit son salut. On lit sur le dessin :
Pisce super curvo vectus cantabat Arion1.
Une Vénus sur un dauphin, à la plume, monogramme et i5o3, (Albertine), peut être mise à côté de Y Arion. La déesse, à cheval sur le monstre, tient les rênes d’une main et de l’autre élève en l’air une corne d’abondance d’où sort l'Amour, les yeux bandés, l’arc tendu ; le type de Vénus est massif et lourd, de formes saillantes et rebondies, la tète petite et ronde aux joues bouffies, le cou d’une attache solide, les épaules dégagées et tombantes, le dos bombé, les bras forts et les mains grandes, le bas du corps charnu à l’excès. Dürer semble avoir songé moins à la gracieuse déesse de Cythère qu’à la Vénus créatrice et féconde, 1' e Alma parens » du genre humain, ce qui ressort du reste de l’ensemble de la composition : la fille de l'onde amère sème l’abondance en promenant l’Amour à travers le monde '2. Nous retrouvons souvent dans la première période de Dürer ce modèle féminin plus puissant qu’élégant ; la Grande Fortune (B. 77), entre autres, est parente de cette Vénus dont elle exagère encore les formes plantureuses et quelque peu communes. Mais la vulgarité du modèle est rachetée dans le dessin de i5o3 par la vivacité et la finesse de la facture.
Tout épaisse qu’est cette Vénus, l’anatomie de son corps accuse une science plus avancée que deux autres dessins de i5oi et de i5o3. Le premier, avec cette épigraphe : « J’ai dessiné ceci (D{ hab ich gefeprt) », représente une femme nue à demi couchée sur
1. Le manuscrit déjà cité de la bibliothèque de Munich contient un Arion, avec le même vers, analogue, sauf de légers changements, à celui de Dürer, et lui ayant assurément servi de modèle. — Une copie du dessin de notre maître au British Muséum, une autre au musée de Hambourg.