A l’Albertine une copie
British Muséum ainsi qu’un petit buste de cette Lucrèce, daté i520, et un autre d’après le même modèle, mais sans l’expression de douleur qui caractérise le précédent; tous deux à la plume, sur parchemin; ces trois autres dessins ne peuvent être que de l’année i5o8; les deux premiers sont sur le même papier et de la même facture que ceux du Tableau d'autel de Heller: en outre, une médaille grande comme le troisième dessin, sur lequel elle a été exactement copiée, porte la date de 15081.
D’autres compositions sont restées à l’état de projet, parmi lesquelles deux intéressantes esquisses de triptyque, à l’Albertine : i° une adoration de Jésus par la Vierge et saint Joseph ; à droite, sainte Barbe, sainte Catherine et des anges; à gauche, saint Jean- Baptiste et saint Jean l’Évangéliste; fonds animés ; 20 une Madone et l’enfant, avec saint Jérôme et saint Antoine, des anges et des séraphins musiciens formant le panneau central; sur les volets, saint Roch et saint Sébastien. Ces deux charmants projets sont conçus tout à fait dans le même esprit; les panneaux du centre sont à la plume aquarellée et les figures des volets sommairement exquissées au trait.
Parmi ces projets de grandes compositions non exécutées, figure une Glorification de la Vierge et de l’Enfant , dont le carton, d’une dimension assez inusitée chez Dürer, est venu au musée du Louvre avec la collection de M. Gatteaux. La Vierge, tenant le petit Jésus, assise sur un trône que supporte une estrade à plusieurs marches, est entourée de deux groupes de saints et de saintes ; les noms des huit personnages les plus rapprochés de la mère de Dieu, Jacob,
1 . De la même date, une étrange tête d’homme, coiffée d’un bonnet de nuit, dans une attitude indiquant que le modèle a été dessiné vu de haut, étant couché; nez de travers, bouche large; coups de fusain d’une grande énergie; en haut, Herr Conrat Urnbill (British Muséum); ainsi qu’un buste de nègre, vu de trois quarts à gauche, très beau dessin exécuté d’après nature, à la pierre d’Italie, et qui a pu servir pour un des rois mages qu’on retrouve dans plusieurs Adorations de Dürer (Albertine).
ALBERT DÜ R ER.
Joseph, Joachim, Zacharie à droite, Jean, David, Élisabeth et Anne à gauche, sont notés de la main de l’auteur; au-dessous, deux groupes de saintes avec leurs attributs ; devant, à droite, la donatrice en prière; à gauche, un ange chantant; sur la première marche de l’estrade, un séraphin jouant du luth; dans le fond, un paysage à peine indiqué; à gauche, un fragment de temple romain.
GLORIFICATION DE LA VIERGE ET DE L’ENFANT. Musée du Louvre.
L’ensemble de la composition est tout à fait italien; on y retrouve de très vifs et évidemment très récents souvenirs des tableaux vénitiens de la fin du xve siècle; l’ordonnance des groupes rappelle spécialement les Vivarini et leur école, la pose des séraphins semble empruntée à Bellini ou à Carpaccio; le morceau d’architecture est imité de l’antiquité classique ; quelques types de femmes, l’ange qui se retourne en chantant vers la Vierge et l’enfant Jésus, enfin les draperies de tous les personnages ont un charme et une
élégante simplicité qu’on chercherait en vain dans les œuvres religieuses de Dürer antérieures au voyage à Venise.
Dürer a repris le même sujet en 1 5 1 1 en le modifiant légèrement : la Vierge, sous les arceaux croisés d’un temple, donne une pomme à l'enfant; d’un côté, sainte Catherine et sainte Rosalie, de l’autre, les deux saints Jean rendant hommage à la mère du Christ; au-dessus d’elle, des anges tiennent la couronne; à ses pieds, un putto joue du luth; en haut, la date i5i i avec le monogramme; à la plume (Albertine). La même composition, agrandie, se retrouve encore dans un léger dessin à la plume de la collection de Mme Vve Grahl : la Vierge assise dans une haute stalle, tenant l’enfant, est entourée de saints et de saintes, quatre de chaque côté, parmi lesquels les deux saints Jean, sainte Catherine et sainte Rosalie; à ses pieds, deux anges musiciens ; un léger décor d’arbres montre que la scène se passe en plein air; les couleurs des vêtements sont notées par les mots : plo (bleu), prcnvn (brun), gelb (jaune), weiss (blanc), roth (rouge), etc. ; au bas, le monogramme. Cette désignation expresse des couleurs prouve que ce dessin est la première pensée d'un tableau qui, à en juger par ces différentes études préparatoires, occupait une grande place dans les projets de Dürer vers 1 5 1 1 .
Les annotations de ce genre sont fréquentes chez notre maître; on en trouve un très curieux exemple dans un de ses manuscrits conservés au British Muséum h II s’agit d’un projet de tableau religieux qu’on lui avait commandé vers ce même temps : un Christ, debout sur un pressoir, tourne la vis de ce pressoir d’où s’échappe son sang que le pape agenouillé recueille dans un calice; à côté de lui, le donateur en costume de chanoine; aux pieds du Christ, un écu sans armoiries; à droite,
i. Voy. Zahn, Dïirer-Handschriften des Br. Mus., Jalirbücher fur Kunsinnssenscha/t, p. 2 1 .
dans le haut, la Mater dolorosa transpercée de sept épées ; à gauche, la tète du Père éternel dans un chœur de chérubins; plus haut, au milieu, le Saint-Esprit sous forme de colombe, planant au-dessus d’une banderole et d’un foyer de rayons lumineux. Voici, dans une note du manuscrit en question, les indications relatives à ce tableau : « Xps (Christ) doit se tenir sur le pressoir, Marie doit être placée du côté droit, les anges du côté gauche, le chanoine agenouillé devant Marie, Pierre (saint Pierre) en bas. » Au-dessous de cette note, Dürer a dessiné les armoiries du donateur, deux cognées sous une étoile sur champ rouge. Le croquis à la plume, provenant de la collection Robinson et conservé au cabinet des Estampes de Berlin, est comme l’illustration de cette note manuscrite 1 2 ; sans doute un projet d’un tableau votif exécuté par Elans Kulmbach, disciple de Dürer, pour Mathias de Gulpen dans l’église Saint-Gumbert à Anspach*. Ce n’est pas, du reste, la seule occasion où Kulmbach ait travaillé sur un projet fourni par son maître; le triptyque de Tucher que l’on admire dans l'église Saint-Sebald de Nuremberg a été peint dans les mêmes conditions, Dürer fournissant l’idée première de la composition et Hans Kulmbach se chargeant de l’exécution. Le dessin à la plume, lavé d’aquarelle, est aussi au cabinet des Estampes de Berlin : au milieu , sous une voûte soutenue par des colonnes à chapiteaux posées sur des soubassements carrés décorés d’arabesques, la Vierge tenant l’enfant est assise sur des coussins; au-dessus d’elle, deux anges portent la couronne; à ses pieds, un séraphin joue du luth; à gauche, sainte Catherine; à droite, sainte Marguerite, avec leurs attributs; sur un volet, saint Joseph et saint Marc avec le lion;
1. Voy. Katalog einer Ausstellung von Zeichnungen alter Meister im Kupferstichkabinet (Berlin, janvier-avril i SS i ), par le Dr Lippmann, n° 2.
2. Voy. Jahrbuch der kœni glicli preussischen Kunstsammlungen, t. II, livraison II. Berlin, 1881 .
sur l’autre, saint Laurent avec le gril et saint Pierre avec les clefs du paradis; entre les deux derniers saints, le donateur agenouillé devant une plaque qui porte ces mots : Anno Domini i5ii et le monogramme; dans le fond, un paysage.