ÉNIGMATIQUES. — SUJETS MYTHOLOGIQUES. — PORTRAITS
On lit dans l’inventaire Imhof cette mention : « Deux petits tableaux, encadrés ensemble, a peint Durer avec de petites figures, Samson et le Christ ressuscité; prix : fl. 20 »; dans celui de i58o : « Item un petit panneau noir se refermant; Albrecht Dürer l’a peint avec de petites figures de l’histoire de Samson et de la Résurrection du Seigneur le Christ; fl. 20 h » Enfin, dans l’inventaire 1 588, la même mention.
Il s’agit d’un diptyque représentant le Combat de Samson , armé d’une mâchoire d’âne , contre les Philistins et la Résurrection du Christ - . L’ordonnance des deux panneaux est la même; l'un et
1. Une addition postérieure apprend que ces dessins ont été vendus à l’empereur Rodolphe II.
2. En 1 773, les deux dessins se trouvaient encore réunis au Belvédère devienne; on en trouve une description dans le catalogue de Ch. de Mechel. La Résurrection fut acquise plus tard par le prince de Ligne et passa à l’Albertine. Lors de l’invasion française, le Samson devint la possession du général Andréossy; il entra ensuite dans la galerie du comte de Pourtalès et fut vendu en 1 865 avec toute la collection; acheté pour 4,75o francs et emporté à Vienne par Posonyi (n° 324 du cat.), il revint en France chez M. Hulot et figure maintenant au cabinet des Estampes de Berlin.
l’autre sont divisés en deux parties dont la supérieure, de beaucoup la plus grande, contient la scène principale, tandis que l’inférieure est remplie par divers ornements et figures encadrant une pancarte qui porte ces mots en grandes capitales : Albertus Dürer, Norenbergensis faciebat post Virginis partum i5 10, et le monogramme ; les deux dessins sont contenus dans un cintre oblong supporté, dans la Résurrection du Christ, par deux légères colonnes qui manquent dans le Samson.
On connaît la légendaire bataille du héros juif contre les Philistins. Cette glorification biblique de la force corporelle était merveilleusement appropriée au vigoureux génie de Dürer; le Samson de l’Écriture, abattant les Philistins avec une mâchoire d’âne, broyant tout de ses mains et de ses pieds, capable de renverser les' colonnes d’un temple, lui convenait mieux que l’Hercule classique aux prises avec les trop gracieux oiseaux du lac Stymphale. Aussi bien le Samson de 1 5 1 o laisse-t-il loin derrière lui Y Hercule de i5qo! Voici une vraie bataille de géants : les Philistins, en vain défendus par leurs armures de fer, tombent dans un horrible pélemêle sous les coups du héros demi-nu; point de quartier pour les ennemis de Jéhovah; la redoutable mâchoire a écrasé presque toute l’armée ennemie, elle se relève encore pour porter les derniers coups. Les héros d’Homère eux-mêmes n’ont jamais fait de si sanglantes hécatombes. Quelle vigueur dans ces bras musculeux! comme ces jambes de fer s’écartent avec une terrible énergie! C’est le Dieu exterminateur des Juifs qui combat par le bras de Samson! Le paysage est accommodé à la grandiose horreur de la scène. Dans un ciel sombre, traversé par des éclaircies fantastiques, se détache, à gauche, une montagne aux pentes déchirées, théâtre lointain de deux autres exploits du héros, la défaite du lion et l’enlèvement des portes de Gaza ; à droite, au fond, dans la partie lumineuse, quelques toits; en avant, une haute tour romane d’un aspect sinistre,
Alb ert Durer, iel ,