ÉTUDE POUR LE COMBAT DE SAMSON CONTRE LES PHILISTINS
Ambrosienne.
Les portraits de Charlemagne et de Sigismond qu’on voit aujourd’hui, mais très endommagés, à l’hôtel de ville de Nuremberg
1. Le Louvre conserve une très bonne copie de la Résurrection du Christ. Enfin au Beuth-Schinkel Muséum de Berlin se trouve une copie du Samson que M. Thausing regarde comme une étude de Durer lui-même. Nous ne pouvons nous
durent être commandés à Dürer par la municipalité de la cité, en i5io, date des premières études pour ces œuvres. Les inscriptions placées sur les cadres des deux tableaux expliquent le but même de la commande. Nuremberg voulait offrir un tribut de reconnaissance au fondateur de l’empire d’Occident et à celui de ses successeurs qui avait donné à la ville les marques les plus précieuses de sa bienveillance. On conservait à l’hôtel de ville de pieuses et précieuses reliques des deux empereurs, parmi lesquelles la couronne, le sceptre, les gants, le manteau de cérémonie. Les deux portraits de Durer devaient s’ajouter à ces souvenirs et montrer les souverains revêtus de toute la pompe impériale. C’est dans cette idée que Dürer conçut et exécuta les portraits en question.
11 ne reste aucune des études pour le Sigismond ; mais la collection de M. de Franck, à Gratz, possède sur deux feuilles des dessins à l’aquarelle pour le costume de Charlemagne : une couronne impériale avec ces mots : Rex Salomon et per me reges régnant ; un globe impérial, une partie de l’épée et le pommeau, avec cette légende : C’est l’épée de l’empereur Charles, aussi sa vraie mesure , et la lame est aussi grande que la corde avec laquelle le papier est noué extérieurement. A l’Albertine, une étude de figure entière pour ce même empereur, à l’encre bleue et
expliquer cette erreur qu’en supposant que l’auteur allemand n’a pas vu le dessin dont il parle. Il est impossible de retrouver dans cette œuvre apocryphe la touche si fine et si légère de notre maître ; c’est simplement une copie du Samson, dont certains détails ont été inspirés par le dessin à la plume de la collection de M. Blasius. M. Thausing décrit cette copie, qu’il prend pour un état plus achevé de l’esquisse à la plume de l’Ambrosienne ; s’il eût pris l’utile précaution de la voir avant de la décrire, il eût aperçu sur la pierre tombale du bas ces mots memento met, écrits d’une tout autre main que celle de . Dürer. Nous croyons pouvoir affirmer que ce dessin sur papier verdâtre, comme celui du Louvre, est un pendant de ce dernier et qu’il a été exécuté par le même auteur. Une Transfiguration sur même papier et de la même facture avec la date 1507 et le monogramme, à l’Albertine, est également apocryphe.
à l’aquarelle avec cette indication : C’est l’habitus du saint grand empereur Charles, i5 10 i.
Charlemagne debout, d’une majesté un peu empruntée, porte la couronne surmontée de la croix; il tient d’une main le glaive massif et de l’autre le globe traditionnel ; un épais et lourd manteau en forme de chape, surchargé de broderies, tombe de ses épaules à ses pieds, découvrant une large étole, nouée par une cordelière, bordée de deux bandes ornées de médaillons, de pierres précieuses, et croisée sur la poitrine. Le costume, ainsi que les insignes impériaux, fut copié sur les reliques originales que l’on gardait dans le Heil tu ms pim m er (sanctuaire) de l’hôtel de ville et que l’on exposait annuellement à la vénération publique, le vendredi après Pâques. 11 semblerait que Je sujet même eût dû commander à Dürer une facture soignée, un luxe de détail en rapport avec la magnificence des équipements impériaux que le trésor de Nuremberg mettait à sa disposition. 11 n’en est rien; ces aquarelles, sauf le Charlemagne couronné, sont d’une exécution très sommaire, faites à la hâte et sans le scrupule que Dürer apporta à beaucoup d’œuvres moins solennelles; il a réservé pour le tableau tous les soins que comportait ce travail.
1. M. von Eye a remarqué que la figure de Charlemagne offrait une grande ressemblance avec celle de Johann Stabius, poète lauréat, historien impérial et mathématicien, qui se trouvait à Nuremberg en i5i2. Les traits de Sigismond furent empruntés à un sceau de cet empereur. Le dessin du gant de Charlemagne était accompagné de cette inscription : C'est le gant de l’empereur Charles et aussi de vraie grandeur. On ignore ce qu’est devenue cette étude depuis une vente publique de 1 8 38 dans laquelle elle figurait. Le cabinet des Estampes de Berlin possède un carnet où se trouvent réunies des copies du temps, faites d’après les originaux de Dürer pour le Charlemagne : la figure de Charlemagne, la couronne, le gant, l’épée et le globe. Au musée Esterhazy, à Pesth, des copies du globe, de la couronne et de l’épée. Ce portrait a été gravé sur cuivre en 1847 par Reindel. Dürer reçut en 1 5 1 2 , pour l’ensemble de son œuvre, 85 florins rhénans, 10 pfennings et ioshillings (voy.Thausing, 3y5, et Baader, Beitræge, 1, 7). Des copies des deux têtes dans la collection Ambras.
Dans le nombre des trop rares peintures de Dürer que le temps a épargnées, il faut mettre à un rang très élevé, à la première place même, le Tableau de tous les Saints achevé en i5i i, mais dont le premier projet remonte à i5o8. Nous empruntons à M. Reiset l’excellente description qu’il a donnée de ce projet 1 : « Grande composition pour un tableau de maître autel. Le sujet principal représente le Père éternel porté sur des nuages et tenant devant lui le Christ crucifié qu’il présente à l’adoration des prophètes et des bienheureux. Le retable du bas est orné d’arabesques d’un goût très élégant. A droite et à gauche, deux colonnes soutiennent un entablement sur lequel repose une frise représentant, d’un coté, les élus reçus dans le ciel par les anges, et de l’autre, les démons précipitant les réprouvés dans la gueule qui n’est autre que l’enfer. Le compartiment supérieur est de forme cintrée. On y voit le Christ assis, les pieds posés sur un globe, le cou traversé par une épée, et à sa droite et à sa gauche sont la Vierge et saint Jean agenouillés. Deux anges assis de chaque côté, sur un chapiteau placé à la naissance du cintre, sonnent de la trompette. Un autre ange tenant la croix se trouve au point le plus élevé de la décoration. Très terminé, à la plume, lavé de bistre et d’aquarelle. Collections Denon et général Andréossy. — H.om,3ç)0. — Larg. o'n,265. Ce dessin porte la date i5o8. » — (Aujourd'hui dans la collection du duc d’Aumale.)
Ajoutons que ce projet est d’une ravissante coloration. Dans tout l’œuvre de Dürer on chercherait en vain une étude aussi réussie pour le brillant et la finesse des tons; on sent que les dessus de la plume ont été délicatement caressés par l’extrémité d’un pinceau souple et léger effleurant à peine le papier.
i. Descriptions abrégées des dessins de diverses écoles appartenant à M. Frédéric Reiset, p. Sop. — Ce dessin a été gravé en fac-similé par M. Gaucherel dans la Galette des Beaux-Arts, ire période, t. VIII, p. 26.
Le sujet principal, comme l’appelle M. Reiset, constitue le tableau même; le reste de la description s’applique au cadre qui est en bois finement sculpté. Le dessin nous présente tout l’ensemble de la composition, telle qu’on la voyait sur l’autel auquel elle était destinée. Aujourd’hui les deux parties de l’œuvre sont séparées; la peinture est au musée du Belvédère à Vienne, le cadre au musée germanique de Nuremberg.
Le Tableau de tous les Saints fut placé au Bruderhaus, asile des frères, fondé en i5oi pour douze vieillards nurembergeois par Erasmus Schiltkrot et Matthæus Landauer qui y firent construire en 1 507-8 une chapelle consacrée à tous les saints. Nous avons une étude pour la figure de Landauer (la seconde du groupe de gauche en partant du cadre) ; cette étude sur papier blanc, au fusain, d’un grand caractère , est un peu effacée ; de la main de Durer, ces mots Landawer Styfter (le fondateur Landauer); signée du monogramme et datée 1 5 1 1 (collection de M. Mitchell).
Dans le même esprit, une tête d’homme, vue de bas en haut , le regard levé vers le ciel, la bouche entr’ouverte dans une extase religieuse, cheveux longs tombant en mèches un peu ondulées; au crayon sur papier blanc et de forme octogonale; peut-être une étude pour un des saints du tableau de 1 5 1 1 (cabinet des Estampes de Berlin). L’étude du Saint-Esprit, sous forme de colombe aux ailes déployées, pour le même tableau, d’une très jolie plume sur papier blanc, est dans la collection de M. le marquis de Chennevières.
De 1 5 1 1 encore, plusieurs dessins importants : un grand calvaire aux nombreuses figures, très animé comme celui de i5o2, avec de beaux motifs d’architecture, exécuté à la plume, d’un entrain étourdissant; signé et daté (Albertine) ; — une déposition de croix, à peine postérieure, avec neuf figures : le Christ à terre,
de face, en raccourci, soulevé par un saint, les bras tendus et soutenus par deux saintes femmes, dont une agenouillée embrasse la main gauche ; derrière, saint Jean, et une sainte femme debout, les mains jointes, vue de dos, enveloppée dans un manteau aux plis harmonieusement drapés; puis, entre le bas de la croix et béchelle appuyée contre elle, Joseph d’Arimathie avec le vase aux épices; au fusain, monogramme et 1 5 1 3 (musée de Brême). La scène est dramatique et touchante; mais le raccourci du Christ est excessif ou plutôt mal venu h
Nous placerons vers la même époque une composition plus remarquable par la tendance philosophique que par l’élégance de la facture. Sur un char à baldaquin, recouvert d’un riche tapis et porté par seize hommes, le Christ, sortant à demi du tombeau, laisse couler son sang dans un calice; derrière, d'un côté la Vierge, de l’autre saint Jean ; aux quatre coins du char, des anges sur des dauphins ; les porteurs, appartenant à toutes les classes sociales et de nations différentes, sont vêtus des costumes les plus divers, comme si l’auteur avait voulu figurer l’unité de tous les hommes dans la Rédemption (cabinet des Estampes de Berlin).
La plupart de ces projets ont dû être composés pour des tableaux qui n’ont point été exécutés. Depuis i5io jusqu’au voyage dans les Pays-Bas. Dürer, sauf le Tableau de tous les Saints, n’a rien produit en peinture de très important ni de très soigné. On sent, dans les quelques œuvres peintes de ce temps, une sorte de relâchement; aussi les études pour tableaux exécutés sont -elles fort rares. Nous n’avons guère à signaler qu’une petite tête de Christ1 2 entourée d’auréoles en forme de trois fleurons (Offices),
1 . Au cabinet des Estampes de Berlin, un fragment d’une déposition de croix : le corps du Christ à deriai couché à terre, tourné vers la gauche; à ses pieds, sainte Madeleine se penchant sur lui; à la plume, très pâli (cat. Posonyi. n° 336).
2. Une autre tête de Christ, d’une conception admirablement majestueuse, à