Le moulin marche encore de nos jours
4. En 1624, on voyait encore les murs de fondation de ce burg. Remarquons qu’à un quart d’heure sud-est de Pfalzgrafenweiler était situé un autre château plus important, appelé Vorbach, siège des comtes palatins de Tubingue et dont les ruines subsistent de nos jours. Mais ce château ne saurait être celui de notre dessin; il était muni d’une tour de cent pieds, et celle que nous montre Dürer est beaucoup moins élevée.
Impériaux, bataille qui assura l’indépendance helvétique. Un feuillet divisé en deux parties nous montre, dans le haut, sur la colline boisée, une imposante forteresse flanquée de tours rondes ; à gauche, un mur plus bas, avec une large échancrure; le bas de la feuille, à droite, est occupé par le fort de Birseck ; en haut, à gauche, un large pan de mur ; au-dessous, une sorte de pavillon. Dürer a écrit au-dessus de ces deux dessins : Doniach 1S1S et Birseck.
Ces ouvrages fortifiés, légèrement esquissés par notre maître, se retrouvent tous dans une gravure sur bois publiée à Bâle, quelque temps après la bataille, chez Georg Erne1. La partie droite de cette très curieuse gravure est occupée par la forteresse même de Dornach, prise d’un point de vue un peu différent de celui de Dürer, mais entièrement conforme à notre dessin, sauf les toits en éteignoir que donne le bois et qu’on ne voit plus dans le dessin ; au-dessus de l’échancrure que nous avons signalée, Donieck , 149g, en caractères gothiques. En remontant vers la gauche de la gravure, nous rencontrons Birseck avec l’indication du nom gravé au-dessus du fort ; enfin, tout à fait à gauche, sur un point plus élevé, un dernier fort moins important, dont le nom, Rychenstein, est consciencieusement noté dans la gravure ; ce dernier ouvrage est le pan de mur qui figure à gauche dans le dessin de Durer.
1. Cette gravure est accompagnée de vingt-sept strophes célébrant la victoire des Suisses. Il n’en existe que deux épreuves, l’une au musée de Bâle, l’autre au musée germanique de Nuremberg. On y sent la main d’un artiste naïf et consciencieux, préoccupé du désir de reproduire avec fidélité les divers épisodes de la bataille; chariots, engins de guerre, armes, tout est noté avec un soin scrupuleux. Cette planche est reproduite dans le Neujalirsblatt (LVIII), Bâle, Mast, 1 865 ; voy. aussi Schriften des Vereins fïir Geschiclite des Bodensees und seiner Umgebung (livr. II et III, p. 128) ; Ein aller Holychnitt mit Volkslied iiber die Schlacht von Dornacli 14QQ, par Aufsess, avec une réduction du bois. A comparer avec la feuille III de l’estampe du maître P. P. W., où figure le château de Dornach ; cette feuille porte la légende suivante : Ceci représente la guerre entre le roi des Romains et les Suisses, ainsi que toute la contrée, villes, châteaux et villages , dans le pays suisse. (Voy. p. C, et Passavant, Peintre-Graveur, t. II, p. 159-161.)
Dornach et ses environs devaient offrir à Durer un intérêt tout particulier; Pirkheimer, son plus cher ami, avait dans cette guerre, commandé le contingent de Nuremberg, un des mieux équipés de l’armée allemande. Après la bataille, il reçut du grand conseil de sa ville l’ordre de licencier les troupes, qui avaient vaillamment fait leur devoir ; la paix, du reste, fut conclue aussitôt. Pirkheimer a laissé, sous le titre de Bellum Helveticum , un récit très émouvant, en même temps que très savant, de cette rude campagne. Dürer, connaissant la part que son ami avait prise à cette expédition, ne dut pas voir sans quelque émotion les divers points du champ de bataille.
Après Dornach et Birseck, Dürer parcourt les environs de Schelestadt, et notamment le district compris entre les deux petites villes de Ribeauvillé et de Barr, dans lequel on comptait quatorze châteaux forts composant la formidable ligne de défense des Vosges. Nous trouvons deux de ces châteaux dans la suite de dessins dont nous venons de révéler l’existence, Ortenberg etRamstein; ils sont assis sur deux éminences rocailleuses d’une même montagne. Ortenberg, le plus élevé et le plus important des deux, présente une haute tour, à cinq pans d’inégale largeur, renfermée dans une vaste enceinte 1 ; à la gauche du même dessin, sur un monticule beaucoup moins élevé, le château de Ramstein 2 ; au bas, une rivière
1. Ortenberg, qui paraît remonter à l’an 1000, était autrefois le chef-lieu de vingt-deux villages et hameaux répandus dans la vallée. Voy. Caumont, Bulletin monumental, t. XXVII, p. 255 ; Antiquités d’Alsace, de Schweighaeuser et Golbéry, t. II, p. 19; Rothmüller, Vues pittoresques des châteaux, monuments et sites remarquables de l’Alsace; Kraus, Kunst et Alterthum in Unter Elsass (p. 240). Le château d’Ortenberg est reproduit dans plusieurs de ces ouvrages. Nous devons, sur ce sujet, d’utiles renseignements au docteur His Heusler, directeur du musée de Bâle.
2. Ramstein, faisant partie des défenses d’Ortenberg, fut construit en 1293, et appartenait depuis 1 36 1 à la puissante famille de Strasbourg, Zorn de Bulach. Il fut détruit en 1420 par les bourgeois de Strasbourg, à la suite de dissensions entre la
serpentant dans toute la largeur de la feuille ; dans un fond lointain, une ligne vague marquant la chaîne des Vosges; au-dessous des deux châteaux, de la main de Durer, Orten burg et Ram stein. La partie supérieure du même feuillet est occupée par un dessin présentant un château, vu sous deux aspects différents; entre les deux vues, cette légende apocryphe, Ram burg i5 14, recouvrant l’indication primitive de Durer L Grâce au Bulletin monumental de Caumont % aux Antiquités d’Alsace de Golbéry 3 et aux Notes sur quelques châteaux d'Alsace de Ramé 4, qui donnent le même château pris du même point de vue que celui de Dürer, nous avons pu déterminer le nom de cette forteresse, dénaturé par l’inscription apocryphe. 11 s’agit ici du château de Saint-Ulrich, près de Ribeauvillé, vu du côté de la chapelle, situé au sommet d’un roc élevé de quatre à cinq cents pieds environ et regardant l’est et le sud-est. On distingue nettement, sur le dessin de Durer, au premier plan, une construction en forme de parallélogramme, présentant, sur le mur de face, sept fenêtres en plein cintre à double baie, et, sur le mur de côté regardant le nord, deux fenêtres de même style. Là était, selon les uns, la chapelle de Saint-Ulrich ; selon les autres, la grande salle du château ; derrière se dresse un donjon, qui est la partie la plus ancienne de l’ensemble. Ulrichsburg était le plus considérable des quatorze châteaux du district ; de cet endroit, on a une admirable vue sur
noblesse et la bourgeoisie de la ville. Ne pas le confondre avec deux autres Ramstein, l’un près de Bâle, l’autre près de Bærental, dans le département de la Moselle. (Voy. Antiquités d'Alsace, et Schœpflin, l'Alsace illustrée, t. IV, p. 455.)
1. Les vues de ces châteaux sont au verso du feuillet sur lequel est dessiné Kaltenthal.