T. Ier, p
4. Bulletin monumental, t. XXI, p. 188. Voy. aussi Woltmann, Gescliichte der deutschen Kunst im Elsass, qui donne une vue du même château, sous une autre face.
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la plaine d’Alsace, embrassant à la fois Strasbourg, Schelestadt et Colmar1.
Cet ensemble de dessins montre bien ce que pouvaient être, au commencement du xvie siècle, les vallées du Neckar et du Rhin, hérissées de châteaux forts, de burgs, de castels, partout où un accident de terrain avait favorisé l’érection de ces moyens de défense. Aujourd’hui encore, quoique la plupart de ces constructions aient été détruites par la guerre de Trente ans, on peut se représenter le théâtre de notre voyage, tel que Dürer le vit et le dessina sous ses principaux aspects.
Ces notes , prises sur nature, avaient pour notre maître un double intérêt : elles satisfaisaient ses goûts de paysagiste toujours attentif à conserver le souvenir des sites pittoresques, et elles constituaient peu à peu des matériaux pour un travail auquel il devait songer déjà, le Traité de la fortification des villes, des châteaux et des burgs 3. Cette suite de châteaux et burgs fut sans doute fort utile à l’éducation de Dürer ingénieur; nous aurons d’ailleurs à signaler quelques-unes de ces études sur l’art des fortifications, telles que le Bombardement d’Asperg, de 1 5 1 9, un fort détaché (Ambrosienne, Milan), et le Siège d’une ville, la grande gravure sur bois de 1 527 (B. 137).
Reprenons les différentes étapes du voyage de Dürer. Kaltenthal, Birseck, Sulz, Albeck, Zinsbach, Dornach, Ulrichsburg, Ortenberg et Ramstein, tels sont les lieux de séjour ou de passage incon-
1. Peut-être faut-il rattachera ce voyage un petit paysage en largeur, un lac horde de montagnes, à la pointe d’argent sur papier préparé (collection de Mme V'c Grahl, à Dresde).
2. Cet ouvrage, dédié à Ferdinand Ier, roi de Hongrie et de Bohême, petit-fils de l’empereur Maximilien Ier, se divise en six parties, traitant : les trois premières, de la construction des bastions; la quatrième, de la fortification d’un château; la cinquième, de la défense d’un défilé, et la sixième , de la protection d’une ville ouverte par des ouvrages fortifiés. (Voy. G. d’Imhof, Alb. Durer in seiner Bedeutung fur die moderne Befestigungskunst.)
testablement établis par nos dessins mêmes et par les indications autographes qui les accompagnent. Mais il est évident que ces endroits, d’une importance secondaire, ne sont pas les seuls qu’ait visités notre voyageur, et qu’ils n’ont dû être visités par lui qu’incidemment. En effet, à côté de chacun de ces points se trouvaient et se trouvent encore quelques villes considérables, où Dürer a dû s’établir passagèrement pour explorer de là les environs et en rapporter les dessins qui nous occupent. La vue de Ivaltenthal nous apprend, par l’inscription même de Dürer ( Kal tenntall by Stuchari ), qu’il est allé à Stuttgart, capitale du duché de Wurtemberg, dont le troisième duc, Ulrich V, marié à une nièce de l’empereur Maximilien, venait d’être chassé de ses États par la révolte d’une partie de ses sujets. Le séjour à Sulz est de même attesté par les quatre paysages pris autour de cette ville.
Viennent ensuite les vues de Dornach et de Birseck. Il est peu probable que Dürer se soit rendu de Sulz à Dornach sans aucun arrêt; la distance entre ces deux points est assez considérable, et de plus, Dürer rencontrait sur sa route une ville qui dut le retenir quelque temps, Lribourg en Brisgau, alors résidence du margrave de Bade Christophe Ier ( iq53-i 527) . 11 était appelé dans cette ville par le désir d’y voir Hans Baldung Grien de Strasbourg, son plus brillant disciple, avec lequel il entretint toujours d’étroites relations d’amitié. En i520, partant pour les Pays-Bas, il emportait, en même temps qu’un choix de ses propres œuvres, des gravures de Baldung, qu’il vendit ou donna dans les Flandres. Quelques jours après la mort de Dürer, une boucle de ses cheveux fut envoyée à Baldung. On sait que celui-ci s’établit à Lribourg de 1 5 1 1 environ à 1 5 1 6, pour y exécuter le polyptyque qu’on admire au-dessus du maître autel de la cathédrale1. Il semble impossible
1. Voy. Woltmann, Hans Baldung Grien, Geschichte der deutschen Kunst im FJsass, p. 278-296.
que Dürer n’ait pas saisi cette occasion de revoir un ami et un disciple occupé, précisément alors, à terminer le travail qui est considéré comme son chef-d’œuvre, et qui est si fortement empreint de l’influence du grand maître nurembergeois.
En cette même année 1 5 1 5 , Baldung illustre de dix dessins à la plume l’exemplaire du Livre d’ Heures de Maximilien, imprimé en 1 5 1 4 par Hans Schonsperger d’Augsbourg et dont nous avons parlé plus haut. Ces dix illustrations et celles des collaborateurs de Baldung, tous élèves ou amis de Dürer, ont dû être exécutées sous la direction du maître, ou du moins sous l’inspiration des dessins que celui-ci avait semés dans le premier exemplaire. Or il est difficile d’admettre que Baldung, tout entier à son polyptyque, ait pu quitter Fribourg dans le courant de l’année 1 5 1 5 , et tout aussi improbable que le volume destiné à l’empereur ait fait le voyage de Fribourg. Ne peut-on pas supposer, d’après la similitude des dessins qui ornent les deux exemplaires de Munich et de Besançon, et d’après la concordance de date ( 1 5 1 5 ) entre le voyage de Dürer et les illustrations des deux livres, que Dürer apporta lui-même à Baldung l’exemplaire dont ce dernier devait embellir quelques pages?
Un autre trait commun semble, à cette même date, réunir les deux noms de Dürer et de Hans Baldung, et confirmer la probabilité d’un rapprochement des deux artistes. C’est un dessin à la plume, de Dürer1, représentant un homme et une femme nus, debout, dans une attitude bizarre, enlacés par les griffes d'un monstre hideux, sorte de dragon ailé figurant très probablement le diable2; au bas, un enfant faisant la culbute3; adroite, une
1. Voy. Galette des Beaux-Arts , 1878, t.XVII,p. 248,011 ce dessin est reproduit.
2. Ce monstre reparaît (p. 22 des lithographies de Strixner) dans le Livre d' Heures de Maximilien, où il fuit devant la toute-puissance divine.
3. Cet enfant faisant la culbute appartient à la famille de ceux qui se voient dans la Sorcière (B. 67) et dont l’un se trouve dans une attitude analogue.
tète de truie portant au cou une clochette (musée de Brême). Nous avons assigné la date 1 5 1 5 à ce dessin, dont la facture est celle du Livre d’ Heures, et qui offre un entrelacs tout à fait pareil à ceux du même livre. Or, dit Woltmann, « parmi les compositions fantastiques de Baldung, un dessin en clair-obscur du cabinet des Estampes de Carlsruhe 1 occupe une des premières places; il est en même temps un des plus énigmatiques : une femme nue et un monstre dans une attitude bizarre et fort risquée; la femme semble enlacer un fil autour du corps du monstre et du dieu ; un enfant nu monte sur le dos du dragon, un autre joue avec sa queue ». L’analogie entre ces deux compositions, également étranges, est manifeste. Le dessin de Baldung est signé de son monogramme et porte la date i5i5. Une seule et même idée a inspiré ces deux pages, qui sont évidemment contemporaines, sinon de la même année.
L’excursion à Dornach ne laisse aucun doute sur un séjour à Bâle. Dornach n’est qu’un gros village à dix kilomètres de cette ville, qui dut être le quartier général de Dürer. Bien des raisons invitaient le grand artiste à y séjourner: il s’y était déjà arrêté chez l’orfèvre Georges Schongauer lors de sa tournée d’apprentissage (1490-1494) ; il y avait de vieux amis parmi lesquels l’imprimeur Hans Amerbach à qui, en 1207, il avait adressé un billet des plus affectueux 2. Bâle était un rendez-vous de savants, théologiens, jurisconsultes, humanistes; « le séjour le plus plaisant des Muses ». dit Erasme dans une lettre enthousiaste de 1 5 1 6. Son Université se faisait remarquer par l’indépendance de son enseignement et par ses tendances réformatrices ; la fameuse
1. C’est là que se trouve un carnet très volumineux de Baldung, vrai joyau de l’art allemand, rempli de portraits, de figures, de vues, de paysages de toute sorte, etc., à la pointe d’argent, presque tous avec date et monogramme.
2. Voy. Thausing, Briefe, etc., p. iZ. Amerbach avait été correcteur à Nuremberg, chez Antoine Koburger, parrain de Dürer.
société présidée par Beatus Rhenanus y tenait tête au clergé et à la scolastique. L'art de la typographie s’était plus que partout ailleurs développé dans cette ville industrieuse et érudite, avec les Amerbach, les Froben et autres, qui, pour illustrer leurs nombreuses publications, avaient recours au talent des dessinateurs et des graveurs en bois. Cette dernière considération ne devait point être indifférente à Dürer, qui pouvait espérer à Bâle des commandes de la part des typographes et y trouvait en même temps, comme à Venise en i5o6, comme plus tard dans les Pays-Bas, un marché favorable à la vente de ses produits d’art. En même temps il rencontrait dans la cité du Rhin un cercle d’humanistes libéraux qui convenaient à ses goûts de réformateur et qui entretenaient des relations régulières avec ses amis de Nuremberg et le groupe de Pirkheimer. Le Voltaire du xvie siècle,
Érasme, à l’apogée de sa gloire, était en 1 5 1 5 à Bâle, où il venait, depuis deux ans déjà, surveiller l’impression de ses œuvres dans les ateliers de Hans Froben.
Cette année même, Hans Holbein le jeune, nouveau venu dans la cité, enrichissait de ses illustrations marginales la récente édition de Y Éloge de la folie. Ici se place une question délicate et piquante : Dürer a-t-il vu Holbein le jeune et quels ont pu être les rapports entre ces deux artistes, dont l’un touchait à son zénith et dont l’autre, à peine âgé de dix-huit ans, allait se ranger parmi les maîtres? Tout d’abord, comprendrait-on que le grand peintre-graveur de l’Allemagne et le jeune Holbein, illustre par son père et déjà connu par lui-même, se soient trouvés dans la même ville sans se voir, sans se parler de leur art, sans se montrer leurs
CROQUIS INSPIRÉ de l’éloge de la folie.
Collection Esterhazy, à Pesth.
œuvres respectives? Mais nous avons un témoignage plus précis et plus décisif de ces rapports. Sur une feuille conservée au musée de Pesth et faisant partie de la collection Esterhazy on trouve cinq dessins à la plume d’Albert Dürer : i° un buste de fou, appuyant ses bras sur une banderole contournée , coiffé d’un bonnet à longues oreilles dressées, et terminées par des grelots, soufflant gravement dans une sorte de chalumeau; 2° un aigle debout sur un trophée de branchages, déployant ses larges ailes aux plumes héris-