‹ Albert Dürer et ses dessinsChapitre 93 sur 163 · PORTRAIT DU CARDINAL M AT H Æ US LANG · texte numérisé non relu

PORTRAIT DU CARDINAL M AT H Æ US LANG

Albertine.

épiscopale et couvert d'un ample vêtement à col droit; des mèches de cheveux fournies sortent des deux côtés de la calotte ; visaee imberbe, aux traits assez accentués, respirant une intelligence méditative et une bonté un peu sévère; à droite, le monogramme;

ALBERT DÜ RE R.

à la plume (Albertine). On ignorait quel était le personnage représenté par ce portrait. Il y a un an environ, à Francfort, en examinant une curieuse série de médailles allemandes du xvr siècle, nous avons reconnu sur plusieurs d’entre elles les traits de la figure anonyme1 2; elles représentent, comme l’indique la légende, le cardinal archevêque de Salzbourg, Mathæus Lang de Wellenberg, personnage important dans les dernières années du xve siècle et les premières du xvie . Secrétaire intime des empereurs Frédéric III et Maximilien Ier, il entretint des rapports assez fréquents avec Durer, qui avait exécuté pour les tables astronomiques et géographiques de Johannes Stabius, dédiées au cardinal Lang, trois planches intitulées Hemisphœrium australe, Imagines cœli septentrionalis, Imagines cœli meridionalis (Bartsch, 1 5o-i 52). La troisième planche, datée 1 5 1 5 , porte la dédicace reverendiss. domino et illustriss. principi domino Matheo, etc. A la même époque, Dürer dessine à la plume, sur deux feuilles de parchemin, un Christ pliant sous le poids de la croix, et un homme, les mains jointes, fléchissant le genou; les deux pages, se faisant pendant, sont accompagnées de versets latins dans l'esprit de Y Imitation, et le second est orné des armoiries du cardinal Lang. Des branchages qui encadrent ces dessins en établissent la date approximative par leur analogie avec les enroulements du Livre d’ Heures de Maximilieu'1. Au musée de Weimar, un ravissant dessin à la plume,

1. Ces médailles ont été reproduites dans le recueil numismatique de C.-G. Heræus, Bildnisse der regierenden Fiirsten und berïihmter Mcenner von i4len bis par i8ten Jalirh ., planche 4.

2. Sur le premier dessin (reproduit dans the History of the life of Albrecht Dïirer par Mrs Charles Heaton, irC édition, p. 234), en haut dans une pancarte: In libertatem vocati estis tantum ne libertatem detis in occasioncm carnis ; au bas, dans un cartouche formant piédestal : Qui non tollit crucem sitam et sequitur me non est me dignus. Sur le second dessin, dans un cartouche : Nam si ambulavero in medio timbre mortis non timebo mala quoniâ tu mecü es ; du côté opposé aux armoiries, dans une pancarte, Domine, da quod jubés et in re qttod vis. — Tous deux au British Muséum.

sur parchemin, comme les précédents, et comme eux entouré d'un encadrement de branchages au haut duquel on voit, au milieu, un héron debout : un jeune seigneur aux longs cheveux bouclés, agenouillé devant un prie-Dieu placé à droite, vêtu d'une robe fourrée d’hermine, tenant un bonnet fourré; sur la tablette du prie-Dieu, un livre ouvert; en arrière, un mur assez bas avec une ouverture donnant vue sur un vaste paysage h II est probable que nous avons un projet pour ce dessin dans le petit croquis à la plume des Offices représentant, dans un léger encadrement, un jeune seigneur vêtu d’une longue robe fourrée, agenouillé sur un prie-Dieu. Ce croquis, ainsi que le dessin, est d'une facture analogue à celle des illustrations du Livre d’ Heures de Maximilien ; tous deux doivent être placés dans les environs de 1 5 1 5 . On retrouve encore les armoiries du cardinal Mathæus Lang dans une composition de Durer qui pourrait avoir été destinée à un frontispice de livre : six Amours joufflus tiennent les armoiries, et deux autres, placés en dehors de ce groupe, sur des chapiteaux de colonne, jouent de la musique; à la plume, sur papier à fond brun rouge avec rehauts blancs (British Muséum). Enfin, dans une lettre non datée à Wolf Stromer, attaché pendant un certain temps au service de Mathæus Lang, Dürer s’exprime ainsi : « Mon très gracieux seigneur de Salzbourg m’a envoyé une lettre par son peintre-verrier. Je ferais volontiers tout ce qui peut être utile à celui-ci, car il doit acheter ici du verre et des matériaux. Voilà qu’il m’annonce qu’il a été

i. Date 1 5 2 5 et monogramme apocryphes ; plus tard, une main étrangère a ajouté un écusson et deux lianes d’écriture :

Et in timbra alarum tuarum sperabo.

Unter dem Schatten deiner Fliigel habe ich Zuflucht.

Cette inscription a une étroite parenté avec celle des dessins de Lang, et il est évident que ces trois morceaux, non seulement sont contemporains, mais encore ont été exécutés sous la même inspiration, sinon pour le même personnage.

dévalisé près de Freistædtlein 1 2 et qu’on lui a pris vingt florins. 11 m’a demandé de l’adresser à vous, car son très gracieux seigneur lui a recommandé, s’il avait besoin de quelque chose, de vous le faire savoir. Donc je l’envoie avec mon valet à Votre Sagesse. Je me recommande à vous. De Votre Sagesse (le serviteur), A. Durer u » Rien de plus naturel que Durer ait été appelé à faire le portrait d’un homme avec lequel il était en relations aussi suivies.

Le Livre d’Heures, le Triomphe et tant de travaux officiels ou destinés à des particuliers auraient dû assurer à Dürer une situation pécuniaire absolument indépendante. L’empereur Maximilien avait constitué en faveur du maître une rente viagère assez considérable pour le temps, mais les promesses impériales ne furent pas très fidèlement tenues, et après la mort de Maximilien, Durer va en réclamer l’exécution auprès de Charles-Quint qui se trouvait alors dans les Flandres. Ce fut une des causes principales du voyage dans les Pays-Bas 011 un si brillant accueil attendait le grand citoyen de Nuremberg.

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