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CHAPITRE DEUXIEME

dessinateur vigoureux et un portraitiste remarquable. Ses illustrations, qui, comme l'a démontré Stadler, se sont certainement affaiblies beaucoup par la traduction du dessin sur le bois, sont souvent d'une verve de mouvement assez remarquable.

Durer a-t-il beaucoup appris à son école? Certainement l'influence de Wolgemut sur lui n'est pas comparable à celle de Schcengauer et surtout à celle de Mantegna. Mais il s'est familiarisé chez lui avec la pratique de son art. Or un artiste aussi personnel que Durer peut-il apprendre beaucoup autre chose? Dans la dédicace, qu'il faisait en iÔ2 5, de son Instruction dur la manière de mesurer, à Pirkheimer, il parlait des jeunes gens qui, en Allemagne, se consacrant à la peinture, arrivent tout au plus à une certaine habileté de main. Ne faisait-il pas alors une sorte de retour sur luimême? En tout cas, avant d'aller chercher des leçons ailleurs, il a laissé un témoignage de son avancement : le portrait de son père, daté de 1490 (Musée des Offices). Evidemment, quand on veut retracer l'histoire de Durer, on est conduit, comme le font généralement les critiques allemands, à insister dans cette œuvre, qui se trouve la première, sur ses défauts (plutôt que sur ses imperfections car, dans son genre, elle atteint à une espèce de perfection). Sans doute, c'est un portrait où l'auteur a été embarrassé par trop de souci de tout dire, de tout représenter. Il n'a pas assez hiérarchisé son sujet, ce qui lui donne peut-être quelque chose de photographique. Mais il ne faut pas se laisser arrêter par le préjugé d'une évolution nécessaire. Si, après tout, cet ouvrage était supérieur à bien d'autres ouvrages de Durer, et qui l'ont suivi, où serait le mal? Il est vrai que jamais, en Allemagne, on n'avait vu une effigie aussi forte, aussi vivante. Il est vrai surtout que dans beaucoup d'oeuvres de sa maturité, Durer n'atteindra pas à une harmonie de couleurs comparable à celle-ci, grave, où sur le vert du fond jouent les noirs du pourpoint et du bonnet. Au lieu d'être le début,

ce tableau pourrait être le couronnement d'une œuvre, d'une œuvre, ajouterons-nous cependant, qui ne serait pas celle de Durer, mais seulement celle d'un artiste de grand talent appartenant aune génération antérieure. Or l'auteur de ce portrait est âgé de dix-neuf ans.

« Quand j'eus terminé mon apprentissage, mon père me fit « voyager et je restai quatre années dehors jusqu'à ce que mon « père me rappelât. Et étant parti en 1490 après Pâques, je revins « en 1494 après la Pentecôte ». On sait par Christophe Scheurl qu'il alla à Colmar. Cela n'a rien d'étonnant. En Allemagne Schœngauer — ou plutôt son école, car ce maître était mort en 1488 — pouvait seul l'attirer. Sa réputation en Allemagne, à cette époque, répandue par ses gravures, était immense. A Nuremberg en particulier il est clair que les illustrations du Schatzbchaclter décèlent son influence. AVœlfflin, qui, dans son Durer, a fait une analyse pénétrante de l'art du Beau Martin a surtout montré combien cet art était opposé à celui de Durer. Il est vrai : Schœngauer est, d'une certaine manière, un aboutissement, la suprême fleur d'un siècle.

Il est souverainement allemand par une tendance opposée au réalisme de l'imitation et que l'on pourrait appeler, suivant l'angle sous lequel on la considère, maniériste, graphique ou décorative. La construction et la vraisemblance du corps de ses personnages l'inquiètent moins que la grâce alanguie de leurs mouvements : ils ne marchent point solidement appuyés sur le sol, ils dansent. Les plis cassotés, brisés, les bouillonnements de ses draperies, recouvrent des fantômes sans consistance, et ne sont qu un prétexte à une arabesque destinée à orner la page, tout comme un ruisseau capricieux. Les visages sont adoucis et extatiques avec

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