CHAPITRE DEUXIEME
apparente des influences italiennes que Durer ait subies se manifeste surtout à peu près de 1497 à 1604. Mais on oublie trop, peut-être, ce que les gravures, si aisément transportables, et spécialement les gravures de Mantegna, que l'on recherchait dès lors curieusement en Allemagne dans les milieux d'artistes, pouvaient apprendre à un jeune homme dont l'œil était aussi exigeant que celui de Durer. Ces gravures, il les copiait déjà en i494> probablement avant son voyage1.
Ce n'est point ici encore qu'il sied de parler de ces dessins, qui se trouveraient assez isolés parmi la production des années de voyage. De même je ne puis me résigner dès maintenant à détacher un fragment de l'œuvre, si homogène, du paysagiste. Il reste, pour cette période de formation, un tableau et d'assez nombreuses gravures.
Le tableau, c'est le portrait de Durer par lui-même, que le Louvre a acquis récemment, remédiant, selon son pouvoir, à sa pauvreté en ouvrages du maître. C'est un bon tableau, sans plus.
Peint à la tempera, sur parchemin, on ne pourrait dire qu'au point de vue de la couleur il représente un progrès sur le portrait d'Albert Durer l'Ancien. Le rapport du fond, qui est très sombre, au visage, est loin de présenter la même finesse. Certaines notes pourtant y sont précieuses : la bordure rouge éteint du vêtement, par exemple, qui voisine avec le liséré vermillon de la chemise. Le dessin est très ferme, moins minutieux déjà que celui du tableau de 1490, admirable dans les mains. La date, 149^, jointe à la fleur symbolique que tient le jeune homme, la Mannestreue (Fidélité du mari), la fleur des fiancés, en fait un document historique précieux.
Les bois absolument identifiés se réduisent en définitive à deux :
1. Plusieurs auteurs, et en particulier Meder, admettent que ces dessins, datés de 1494, furent faits en Italie. Mais Durer s'est marié au mois de juillet. Il paraît difficile qu'il soit parti bien avant la fin de l'année.
une Crucifixion qui illustre un Middale spéciale paru à Strasbourg en 1493, et un Saint Jérôme dont la planche s'est conservée au Musée de Bâle, avec une inscription qui en atteste l'auteur. Assez grossières, gâtées fort probablement, comme c'était alors le cas général, par les ouvriers qui les ont taillées, ces deux planches ne dépassent pas la production moyenne de l'époque. Il est vrai qu'un certain nombre d'érudits voudraient attribuer à Durer tout un groupe d'illustrations destinées à des ouvrages sortis vers la même époque des presses bâloises. Ils y rangent, tout d'abord et surtout, des bois dessinés, et non taillés, pour une édition des comédies de Térence, et en rapprochent, comme constituant un groupe naturel avec elles, toutes les illustrations du Chevalier de Tarn et un certain nombre de celles de la Nef des fous. Il faut avouer que l'on répugne à admettre cette attribution. D'abord, s'il s'agit bien nettement de l'œuvre d'un atelier, la communauté de caractères n'est pas assez forte pour contraindre à accepter la personnalité d'un auteur unique. Mais surtout, comme l'a remarqué Wœlfïlin, dans une analyse pénétrante, il est difficile d'admettre que le style en soit durerien. Ce n'est pas que ces dessins soient mauvais : certains d'entre eux ont même une élégance, une subtilité de mouvement, qui laisse loin en arrière le Saint Jérôme, son lion ridicule. Mais la qualité ne fait rien à l'affaire : il est concevable que l'auteur du Saint Jérôme ait gravé, quelques années plus tard, Y Apocalypse, il ne l'est guère que l'auteur de V Apocalypse ait pu autrefois dessiner les figures du Térence. Celles-ci ne semblent ouvrir la voie qu'à des figures analogues, plus élégantes et plus maniérées peut-être : car on ne les conçoit pas comme début du grand réaliste et du grand plasticien que fut Durer. Elles ne paraissent pas d'un commençant mais d'un artiste déjà savant, qui a des tics, une pratique dont il ne saurait se débarrasser.
Auprès des bois il semble que l'on puisse ranger, au cours de