CHAPITRE DEUXIEME
la première de ces œuvres, en particulier, on se plaît à relever de la maladresse dans la conduite du burin. .Mais ne vaudrait-il pas mieux rester confondu devant l'extraordinaire sûreté de main de ce débutant? Le fond de paysage est d'une finesse et d'une précision bien dignes d'un orfèvre. Et dans le Saint Jérôme les hachures serrées arrivent à une douceur veloutée capable de détailler les moindres demi-teintes de l'arrière-plan. Quant à Y Enfant prodigue, il dénote une telle maîtrise que de bons juges en ont reculé la date jusqu'en 1498. L'hypothèse est difficile à admettre à cause de la faute de dessin qu'on relève dans la construction du personnage principal : les jambes sont si mal rattachées au corps qu'on se demande laquelle revient en avant (il est vrai que ce défaut est moins accentué dans l'esquisse conservée à Londres1). On dirait que la science de Durer, impeccable devant les objets inanimés qui se laissent copier passivement, n'est plus à la hauteur de la technique, quand il s'attaque au corps humain. C'est comme un professeur d'écriture qui laisserait échapper d'énormes fautes d'orthographe. Toujours est-il qu'on sent chez ce jeune homme un magnifique courage à aborder de front les difficultés, au heu de les couvrir à peu de frais par une formule apprise. Comparez la Vierge de la Sainte Famille à la Sauterelle à la petite Vierge dans la Courue Schœngauer. Je crois qu'il est peu d'artistes qui ne préfèrent la seconde, posée comme une fleur dans les plis étalés de sa robe, sous son amusant arbre sec qui décrit une arabesque serpentine. Et pourtant... Certes Durer s'amuse encore aux étoffes cassées, bouillonnées, mais il y a un corps en dessous, et non une sorte de mannequin inconsistant. Le raffinement, le goût sont très inférieurs à ceux de Schœngauer — mais quelles possibilités s'ouvrent à cet art!
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