‹ Albert DurerChapitre 21 sur 99 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Il existe, à cet égard, dans la collection Bonnat, un curieux dessin daté de 1496 '. Manifestement c'est une étude directe de modèle. Durer en saisit bien le charme, mais la construction lui échappe. Il n'est pas vain d'aller la demander à ceux qui l'étudient depuis des années, qui ont confronté le modèle vivant avec des statues antiques.

J'ai dit que les copies d'après Mantegna ont probablement précédé le voyage d'Italie : la Bacchanale et le Combat des Tritons* sont datés de i494- Ce son^ des ouvrages un peu froids; on a fait ressortir leur liberté d'interprétation, surtout dans le modelé, par rapport à l'original. Cette liberté existe, mais elle n'est pas ce qu'il y a de plus frappant. Ce qui surprend c'est que Durer, quand il aborde ces sujets (et ce caractère se retrouvera même lorsqu'il ne s'agira point de copies) adopte une méthode de dessin radicalement différente de sa méthode instinctive. On dirait qu'il sent que ses coquetteries, ses frisottements de la ligne ne sont plus de mise. Pour arriver à quelque chose de plus simple, de plus coulant, de plus grand aussi, sa méfiance de lui-même est telle que, suivant une hypothèse très probable, il ne copie pas les contours, il les calque.

Qu'il ait choisi iVlantegna pour l'instruire, cela n'a rien de surprenant. Parmi ceux dont il pouvait avoir connaissance, c'était à la fois le plus fort et celui qui correspondait le mieux à sa nature, à la fois par la rigueur et par la rudesse, par cette espèce de vertu didactique avec laquelle il accentue les éléments essentiels de la forme. Venise n'avait rien du tout encore à apprendre à Durer, et peutêtre était-il peu apte à saisir la discrète élégance florentine. Pourtant il n'a pas connu personnellement Alantegna, mort avant son voyage en Italie, et il a pris son bien un peu partout où il l'a trouvé. La même année i494> ^ copie aussi bien une gravure italienne

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