‹ Albert DurerChapitre 24 sur 99 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

finesses pour exprimer les moindres passages du modelé. Précisément Y Hercule offre cet intérêt exceptionnel dans l'œuvre de Durer (l'autre exemple est Y Adam et Eve de i5o4) qu'on en connaît une épreuve. Cela ne peut pas même s'appeler un état. Les parties qui ne sont pas achevées sont restées complètement blanches, ou sont une esquisse très légère. Quel fabuleux ouvrier que celui qui entamait ainsi sa planche par un coin et la menait à bout, sans un regret, sans une vérification du travail accompli et de l'effet obtenu !

En face de ce magnifique épanouissement du graveur, le peintre, il faut bien l'avouer, n'a pas grand'chose à offrir. La seule œuvre qui mérite véritablement d'être mise hors de pair, c'est le portrait de l'artiste par lui-même, de 1498, au Musée du Prado. C'est un des rares Durer où le charme réside moins dans le caractère du visage (qui est inférieur à celui de quantité d'autres portraits) que dans le parti coloriste de l'ensemble. L'harmonie en est toute dorée, avec de somptueux noirs à reflets violets. Durer y figure en jeune seigneur fort élégant, et d'une élégance qui n'a rien à faire avec celle d'un artiste endimanché. Le peintre dandy devait attirer bien des yeux féminins, et qui n'étaient point ceux de la sage Agnès. Un an avant de se prendre ainsi comme modèle, il avait refait le portrait de son père plus âgé. W^œlfïlin voit dans cette œuvre nouvelle comme une sorte de critique du portrait de 149° • Il est vrai que la manière devait être plus large, la construction du visage plus assurée, le parti pris lumineux plus propre à donner l'unité au tableau. Néanmoins, avouons qu'il faut bien de la bonne volonté pour tirer des conclusions certaines des quatre exemplaires que nous avons de l'œuvre, à Londres, dans la collection du duc de Northumberland, à Munich et à Francfort, et qui, presque certainement, ne sont, ni les uns, ni les autres, des originaux. Comme autres portraits on doit citer encore au Musée de

Berlin celui d'un homme que l'on appelle Frédéric Le Sage, qui regarde le spectateur avec de grands yeux bêtes, et qui est traité d'une manière large, voire même assez sommaire. Malgré l'admiration qui s'y attache, il faut confesser qu'il manque singulièrement de vie et qu'il est, pour tout dire, d'un dessin légèrement ennuyeux. Les effigies du ménage Tucher, Jean et Félicité (1499), celles d'Oswald Krell et d'Elisabeth Tucher feraient, les deux premiers surtout, des ouvrages de premier ordre s'ils étaient d'un autre que Durer, mais ne peuvent passer que pour secondaires dans son œuvre. Enfin la Furlegerui, ou plutôt les ouvrages désignés collectivement sous ce nom, parce que la tradition prétend y reconnaître une jeune fille de la famille Furleger. Il en existe deux séries : l'une représente une jeune fille en prières, les cheveux épars sur les épaules, manifestement une étude déjà stylisée pour une Vierge. Trois variantes s'en voient à Augsbourg, à Francfort et à Budapest. Seul le tableau de Francfort a des titres à l'authenticité, et qui ne sont pas parfaitement convaincants. L'autre série montre une personne, qui n'est pas certainement la même, les cheveux relevés et tenant à la main une graminée. Cette fois c'est un simple portrait dont l'original, daté de i497> est ^ Paris, dans la collection Hengel, où peu de critiques sont allés le voir, ce qui lui vaut la réputation d'être mal conservé, alors qu'il l'est parfaitement. La tonalité générale est discrètement tenue dans des bruns d'où ne ressortent qu'à peine les lèvres pâles. Cette uniformité rend d'autant plus précieux un vieux rose, vraie trouvaille de peintre. Quant au dessin, admirable de décision et de pureté dans le visage, il montre, dans la main gauche, une maladresse qui surprend chez Durer.

La question des prétendus portraits de la Furlegerin a été compliquée à plaisir parce qu'on a cru reconnaître la même personne encore dans une tête conservée à la Bibliothèque Nationale,

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