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CHAPITRE QUATRIÈME

Ce sont presque, entre les œuvres de Durer, les plus populaires. La foule ne se lasse jamais d'admirer comme quoi il ne manque pas un poil au lièvre, comme quoi chacune des graminées qui composent la touffe de gazon peut être déterminée par les caractères de son espèce. Par contre, certains critiques modernes ont une tendance à regarder ces minutieuses études comme une faiblesse de Durer, comme l'indice de quelque chose d'un peu enfantin dans son caractère. Que si l'on veut bien réfléchir, on ne donnera raison ni aux uns ni aux autres. Ce qui importe surtout, c'est de s'expliquer la genèse de ces œuvres, de l'accorder avec celle des grands cuivres. Certes une part, et une grande part, doit être faite au tempérament propre de l'artiste, à cette acuité impitoyable de son œil, qui, jointe à l'habileté fabuleuse de sa main, n'accepte qu'aucun détail ne lui échappe. Mais ce n'est pas tout ce qu'il faut dire. Notre étonnement provient aussi d'un défaut de compréhension de la Renaissance et d'une mauvaise entente du mot « réalisme ». Quand nous voyons une des figures de bourreau de Schœngauer, tordue par un rictus effroyable, nous disons qu'elle est réaliste. Ce n'est pas vrai, si l'on entend par réalisme la représentation de ce que voient nos yeux, ou mieux encore celle que peut nous donner un objectif photographique. Employons le mot « caricature », « caractère », tous les mots que nous voudrons, mais ne parlons pas de réalisme. Si nous prenons les mots au sens rigoureux, la Renaissance a été d' abord un mouvement réaliste, c'est-à-dire où la représentation du réel ne s'accompagne d'aucune déformation arbitraire. Nous sommes devenus assez sceptiques sur cette prétendue qualité, nous avons reconnu la médiocrité et même la facilité du trompe-l'œil. Des procédés mécaniques comme la photographie nous ont sursaturés de représentations scientifiques exactes. Nous avons reconnu l'erreur de la Renaissance. Mais pour la Renaissance il s'agissait d'un idéal, peut-être faux, mais qui avait sa noblesse. S'il y a une

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facilité au trompe-l'œil, avouons qu'elle n'était pas conçue alors comme une facilité, et qu'il y en avait une autre, non moins certaine, à l'exagération du caractère. Combien de fois cette exagération, qui nous paraît aujourd'hui un piquant ragoût, cachait-elle des infériorités et des faiblesses?

Pour Durer, le Lièvre et le Bouquet de violettes contredisaient d'autant moins X Adam et Eve qu'il sortait de la race, où le réalisme, au sens où nous l'avons entendu, est peut-être le plus rare. L'Allemand a une vision constamment anti-réaliste des choses, ou plutôt le monde extérieur n'existe pas tout à fait pour lui. Son style est généralement ou graphique et décoratif, ou caricatural. Or Durer était un homme pour qui le monde extérieur existait. Kn le représentant tel qu'il le voyait, il faisait un effort plus complet qu'autrefois un JMasaccio en Italie, mais qui n'était pas différent dans son essence; il réagissait aussi contre la tendance de son pays, qui était un peu sa tendance à lui-même, et qui se manifeste si puissamment dans ses dessins à la plume et dans ses bois. Ne voir à sa réussite qu'une difficulté technique, c'est encore une erreur. La tâche était artistiquement difficile, la preuve c'est que son art y a généralement réussi, quelquefois échoué. Il est quasi impossible d'analyser les raisons, dont la principale est sans doute qu'il est très difficile d arriver à une hiérarchie si complète des innombrables détails que l'effet d'ensemble ne soit pas anéanti, mais tout œil un peu délicat sent les différences : le Cerf -volant, la Grande touffe de gazon sont des ouvrages médiocres qui ne dépassent pas beaucoup le niveau des planches d'histoire naturelle. Par contre le Lièvre et surtout le Bouquet de violettes sont de petits chefs-d'œuvre.

Avec les cuivres, avec les dessins surtout, Durer nous a fait part de ses recherches personnelles. Les bois et même les peintures nous le montrent travaillant pour le public. Et pour qui regarde

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