CHAPITRE QUATRIÈME
A la Vie de la Vierge, à son inspiration, il faut évidemment rattacher une gravure sur cuivre, qui, si l'on fait abstraction du genre de technique, et, par suite, des conséquences qui en résultent pour le dessin, pourrait très bien prendre place dans la série, à côté du Repos pendant la fuite en Egypte : c'est la charmante Nativité de i5o4, avec sa cour de ferme où saint Joseph puise l'eau. J'y voudrais rattacher encore un autre cycle composé par Durer vers la même époque, et dont la destination échappe un peu. Il s'agit d'une série de dessins exécutés sur fond vert avec beaucoup de soin, à la plume et au pinceau, souvent précédés par des études, — des dessins, en somme, qui ne sont point des préparations, qui n'ont d'autre but qu'eux-mêmes. La Pcutdion verte1 jouit d'une immense réputation contre laquelle Wœlfïlin s'est le premier inscrit en faux. Bien plus distinctement que dans la Vie de la Vierge, on y découvre l'intention manifeste d'exhiber la connaissance des modes ultramontaines. On a dit, et cela est vrai probablement, que Durer était assez mécontent de la Grande Paddion qu'il avait abandonnée, et que la Paddion verte en est une espèce de critique. Le dessin est beaucoup plus coulant, la composition plus claire et plus désencombrée, le décor, antique — toujours avec une certaine ignorance. Il n est pas jusqu'à l'emploi du clair-obscur qui ne fasse ressortir la volonté de créer du nouveau. IVLais peut-on dire que l'essai ait réussi? Sauf en ce qui concerne la composition, on ne saurait répondre affirmativement. Les sacrifices sont grands, mais ils ne sont pas toujours récompensés; le dessin, un peu rond, manque souvent de caractère. Les ombres et les lumières sont bien étudiées, mais individuellement. Durer ne sait pas encore — il ne le saura qu'après son voyage de Venise — se servir, pour augmenter l'impression de son sujet, des grands partis lumineux.
i. L. Ajj à L. 489-
En somme la Paddion verte est, chez l'artiste le plus personnel peut-être qui ait été, l'une des œuvres les moins personnelles.
La peinture de cette époque est bien loin de manifester la même rectitude de volonté que la gravure. Si, vers i5o4, elle n'offrait un chef-d'œuvre : Y Adoration des Aï âges } on pourrait la dire médiocre. Elle est pleine surtout de tâtonnements. Visiblement, d'abord, on y constate le même phénomène que dans la gravure sur bois : elle contient des ouvrages commerciaux. Durer a eu certainement, à cette époque, un atelier assez industriel. A l'autel d'Ober Saint- Veit, dont les dessins de sa main se trouvent au musée de Bâle et à l'Institut Staedel1, il n'a probablement point du tout travaillé, laissant l'exécution à son élève Schaeufelein, qui y a mis sa note doucereuse et fade. Les volets de l'autel de Jabach, à Munich, à Francfort et à Cologne, sont également des tableaux d'atelier assez faibles. Les deux Lamentations dur Le corps du Chridt, de JMunich et de Nuremberg, rappellent au contraire par la fermeté ostentatoire de leur dessin, par leurs couleurs heurtées et sombres, les influences mantegnesques. JMême dans la meilleure, celle de Alunich, on ne saurait jurer que l'on trouve la main seule du maître. Un autre essai encore, et probablement contemporain, c'est Hercule combattant Les StymphaLides, ouvrage mythologique peint à la détrempe et inspiré de Pollajuolo. Il est à ce point ruiné que l'on hésite et qu'on craint d'être injuste. Pourtant, bien que probablement, à cause du sujet même, peint en entier par Durer, ce ne dut jamais être un fameux ouvrage. Le dessin2, que l'on conserve à Darmstadt, bien qu'il soit d'une composition meilleure, et qu'il rapetisse les ridicules Stymphalides du tableau, n'est pas des meilleurs. Dernière tentative enfin, et la plus déplorable peut-être, un Salvator Aluiidi (Collection