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CHAPITRE QUATRIEME

Friedsam), une Vierge, au musée de Vienne, deux saints : Onupbre et Jean- Baptiste au musée de Brème, tableaux maniérés et mous où l'on retrouve justement la manière lisse de Japoco de Barbari, peu de chose en somme.

Rien de tout cela, au fond, n'est comparable au portrait de Durer l'Ancien de 1490, ou au portrait de l'artiste à Madrid. Rien n'approche des cuivres et des bois contemporains.

L'autel Paumgartner, qui n'est pourtant, en partie, qu'une œuvre d'atelier, commence le redressement. Le panneau central montre une composition charmante et digne des meilleurs cuivres ; la couleur en est vive et joyeuse. Quant au saint Georges et au saint Eustache des volets, leur dessin est magnifique de fermeté et de fantaisie décorative. Avec leurs oriflammes, que le vent fait claquer, ils dessinent une arabesque d'une audacieuse ampleur. Quant à leurs visages, qui seraient, d'après la tradition, ceux d'Etienne et de Luc Paumgartner, ils ont une individualité et une force qui ne peuvent appartenir qu'à Durer lui-même. Depuis la restauration de 1902, les deux chevaliers se détachent non plus sur un paysage mais sur un fond noir. Ce sont deux statues monumentales, non point des personnages de tableau. Le tableau, le seul de cette période, c'est Y Adoration des JKages de îôozf, qui resplendit aux murs de la Tribune des Offices. Par la composition c'est, des ouvrages de Durer, peut-être celui qui se rapproche le plus de l'Ecole des Pays- Bas : le fond de paysage y est minutieusement traité, le peintre prend sa joie aux riches étoffes lourdes et relevées d'or, aux orfèvreries que les rois apportent à l'enfant. Le métier, la tempera relevée par des glacis à l'huile, est remarquablement fluide et précis, il rappelle la miniature. Cependant, malgré l'intimité de la scène, les formes ont une ampleur tout italienne : cela est surtout apparent à la Vierge. Puis le coloris est plus simple, plus franc, moins subtil aussi que celui du Nord. On n'y trouve point de ces tons rompus,

de ces verts olive qu'affectionnent les artistes des Pays-Bas. Cependant, c'est l'un des ouvrages où Durer se montre le meilleur coloriste. Il ne tombe point dans le défaut, où il est tombé souvent, de considérer la couleur comme destinée seulement à arriver à un rendu plus exact : il l'envisage en elle-même, dans les rapports d'harmonie des tons voisins. Dans ce genre le petit coin de paysage ensoleillé, avec des verts clairs, qui se détache sur un ciel bleu, où se trouvent aussi des rappels de vert, est une merveille. C'est l'adieu, et un adieu éclatant, de l'art allemand à l'art des Pays-Bas, avant que Venise ne vienne renouveler à la fois sa conception et sa palette.

Il semble qu'à cette époque Durer, absorbé par ses grands tableaux d'autel, ait un peu négligé le portrait. On ne saurait guère citer comme œuvre puissante à cet égard que le portrait présumé de Hans Durer, de l'année i5oo, à l'ancienne Pinacothèque de JMunich. Cette abstention est d'autant plus remarquable que les figures des deux Paumgartner, sur le triptyque du même nom, sont des morceaux insignes par l'énergie et le caractère, et que, pendant ces années fructueuses, Durer jette avec prodigalité sur le papier, au crayon ou au fusain, une série d'étonnants portraits auxquels la simplicité des moyens confère une ampleur qui n'a plus rien à faire avec la patiente analyse des œuvres de jeunesse. Auprès du Pirkheimer de Berlin, on trouve une tête de femme également datée de îôoS1 et qui ne le lui cède pas en force décisive. Une plantureuse bourgeoise (i5o5), de la collection Vieweg à Brunswick*, porte sur ses traits une naïve expression de contentement. Et la merveille est peut-être le jeune homme au fusain de l'Académie de Vienne3 (i5o8) à la fois si pur et si vivant.

Au fond, toutes ces efligies-là valent mieux que l'image qu'Al-

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