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CHAPITRE V

LE VOYAGE EN ITALIE ET LES GRANDS TABLEAUX: i5o6-i5n

la fin de l'année i5o5 Albert Durer est — pour la seconde fois probablement — à Venise. Vasari avait conté que la cause de son voyage était le dessein de faire cesser une contrefaçon, dont s'était rendu coupable M. arc- Antoine, en copiant la Vie de la Vierge. A une époque où la critique affectait de traiter d'histoires de bonne femme les récits du Florentin, celui-ci était accablé de quolibets, parce qu'on prenait pour date de la Vie de la Vierge celle de la réunion en volume des planches qui la composent. Il n'a rien d'invraisemblable. Puis Nuremberg était ravagé par une épidémie. On a invoqué encore une autre raison : le Comptoir des Allemands (Fondaco del Tedejchl) avait brûlé au cours de l'hiver i5o4-i5o5, et les riches marchands qui l'utilisaient se mirent aussitôt à le reconstruire. Leur architecte fut un citoyen d'Augsbourg, Maître Jérôme. En même temps, sans doute, ils résolurent d'orner leur église, Saint-Barthélémy, d'un tableau d'autel. Firent-ils de Venise des ouvertures au seul de leurs compatriotes

qui eût acquis un renom à l'étranger, à Albert Durer? C'est possible, mais il n'y eut, en tout cas, rien de décidé, puisque le 6 janvier i5o6 le peintre annonçait à Pirkheimer qu'il avait obtenu cette flatteuse commande. Quoi qu'il en soit des raisons du départ, nous sommes très bien renseignés sur le séjour de Durer à Venise par dix lettres adressées à son ami, et qui s'échelonnent de janvier à octobre i5o6.

Ces lettres, au point de vue documentaire, c'est d'abord l'histoire proprement dite du tableau d'autel de Saint -Barthélémy. Durer avait commencé à le préparer dès le début de l'année, car il devait être mis en place un mois après Pâques. En février il travaillait à l'esquisse. Pourtant il fut notablement en retard, attendu que son ouvrage ne fut achevé qu'au mois de septembre. Peut-être le peintre ne s'était-il pas beaucoup hâté. Toujours est-il que ces précisions historiques perdent un peu de leur intérêt, parce que le tableau, auquel elles se rapportent, n'est plus qu'une ombre. Achetée par Rodolphe II, un des grands amateurs de Durer, la Fête du Rosaire, qui avait été transportée à Prague sur les épaules, dit-on, de quatre hommes, afin de ne pas être endommagée par les cahots d'un véhicule, s'y perdit, ou plutôt s'y égara d'une manière assez bizarre, malgré sa célébrité, et échoua au couvent de Prémontrés de Strahow. C'est une ruine. Par endroits la peinture est tombée, laissant le panneau complètement à nu. Là où elle est demeurée, elle a été déshonorée par des restaurations plus destructives encore, au point qu'on peut se demander si certaines copies anciennes, celle du musée de Vienne, par exemple, ne surpassent pas l'original. En tout cas ces copies enseignent la défiance. Sur l'original la tête de la Vierge est une tête classique de modèle italien, banale à souhait, avec ses cheveux bien tirés. Sur la copie on reconnaît au contraire le style durerien, un peu gras, un peu mou, aux ombres encore lumineuses. Seule la composition peut être

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