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CHAPITRE VII

L'ORNEMANISTE ET LE PEINTRE OFFICIEL : i5i5-i520

ANS l'œuvre gravée de Durer, telle que nous l'avons étudiée jusqu'ici, nous avons laissé de côté un certain nombre de planches, celles dont le sujet est exclusivement ornemental. Elles ont pourtant dans son œuvre une importance exceptionnelle, parce qu'elles découvrent à l'état pur une tendance profonde de son génie. Cette tendance, c'est la tendance graphique et décorative. Si, lorsqu'il veut représenter un personnage ou une histoire, il le soumet à sa vision réaliste, ce n'est qu'imparfaitement, et souvent à regret. Son dessin, en particulier dans les bois, a toujours une tendance à se faire valoir par luimême, indépendamment des objets qu'il traduit. Sa plume achève la courbe que l'imitation lui a fait commencer et tracer. Non pas inutilement; il a un sens très vif des correspondances et de l'équilibre des lignes. C'est pourquoi il a toujours eu un faible pour la cassure, le gonflement des étoffes, cet héritage de l'ancien art

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allemand. Derrière le corps minutieusement étudié de la Némé/is'A fait zigzaguer un bout de draperie, ailleurs c'est une banderole. Mais il semble qu'alors, souvent, il s'abandonne à regret à sa verve. Dans ses grands cuivres il renonce le plus souvent à ces effets. Si donc l'on veut connaître à fond cette face de son génie, il faut l'observer dans les œuvres où sa fantaisie est maîtresse, où il ne se sent contraint par aucune exigence du visage humain, dont il veut rendre l'individualité, ou du corps humain, dont il a étudié trop attentivement l'architecture et les proportions.

Ses planches ornementales sont surtout des armoiries et des ex-libris qu'il gravait pour ses amis. On ne saurait guère citer que deux cuivres, deux merveilles d'ailleurs : les Armoiries de La Aîort (i5o5) et les Armoiries au coq (i5i2 environ); mais en revanche un assez grand nombre de bois : les ex-libris de Pirkheimer (i5o3), de Jérôme Ebner (i5i6), les armoiries de Michel Behaim (i5oo, environ), celles de Staiber et de Rogendorff (iÔ2o), de Stabius et de Tscherte (iÔ2i), les Armoiries aux trois têtes de Lion, celles encore de sa ville de Nuremberg (iÔ2i) et les siennes propres (iÔ23), sans compter plusieurs autres qui sont contestées.

Ces œuvres, qui s'étagent sur près de vingt années, ont un air de parenté singulièrement étroit. Difficilement on y relèverait une évolution. Et ce qui frappe immédiatement, c'est leur style, aussi éloigné que possible de celui de la Renaissance italienne. Même quand Durer fait usage d'accessoires antiques, ainsi qu'il lui arrive dans Yex-Llbrls de son savant ami Pirkheimer, il n'arrive pas à leur donner un aspect qui soit le moindrement classique. Il manque pour cela d'abord de sobriété. Volontiers, emporté par une imagination fertile, il encombre sa planche. Les Allemands disent que F « horreur du vide » caractérise la décoration allemande à cette époque. Puis AVoelfflin a fait observer, avec juste raison, que Durer va naturellement à ce qui est contourné, tarabiscoté même :

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