‹ Albert DurerChapitre 66 sur 99 · CHAPITRE SEPTIEME ,2i · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME ,2i

ce recueil. Mais il n'en reste pas moins que le style général n'est pas un style de la Renaissance. C'est un ftyle qui rappelle le Moyen Age, mais c'est surtout un style durerien. Le penchant graphique de l'artiste s'y donne libre cours. La queue d'une licorne s'achève en arabesque et Durer se donne à cœur joie à sa fabuleuse habileté manuelle. Il n'est presque pas un des rinceaux — qui sont généralement grêles — qui ne se termine en un entrelacs purement linéaire, d'une incroyable complication de trait mais d'une parfaite symétrie, ou plutôt d'un parfait équilibre, car la symétrie pure ne saurait exister dans ce travail capricieux à main levée.

Quant aux deux grandes entreprises de Maximilien, Y Arc de triomphe et le Cortège triomphal, il ne faut pas croire qu'elles aient beaucoup accablé Durer. Elles lui ont procuré beaucoup d'ennuis, elles ont exigé bien des démarches, lui ont imposé une surveillance fastidieuse, mais son travail personnel d'artiste y a été, quand on regarde les choses d'un peu près, minime.

On croyait autrefois que sur un programme allégorique, plein de prétention, de complication et d'ennui, dû au poète lauréat Stabius, Durer eût composé ou dessiné en totalité Y Arc de triomphe, énorme ensemble de quatre-vingt-douze planches, où sont retracés les événements mémorables du règne de Maximilien. Il en a fallu rabattre, — heureusement pour la mémoire de Durer. Non seulement le programme littéraire est de Stabius, mais le programme graphique est de Jœrg Kœlderer, peintre de la cour et architecte à Innsbruck. Durer, dont les armoiries figurent modestement à côté de celles de Stabius et de Kœlderer, a dû se borner à transcrire sur le bois un projet étranger. Encore a-t-il fait travailler surtout ses élèves, et son rôle, à lui, a été surtout un rôle d'éditeur. Il faut l'avouer, artistiquement comme littérairement,

Y Arc de triomphe est un terrible galimatias. L'une des plus grandes

surprises c'est qu'un architecte l'ait ordonné, car la ligne architecturale y est compliquée et sans noblesse, à chaque instant rompue et opprimée par les ornements et les figures. Si l'on joint qu'il existe une disproportion manifeste entre les vastes dimensions de l'ouvrage et l'échelle du dessin, on se rendra compte que X Arc de triomphe est un ouvrage manqué. Ses partisans font valoir, pour le défendre, qu'il n'a jamais été destiné à être admiré qu'en détail. C'est possible, mais alors l'idée en est singulière, et chacune des planches, incomplète, ne gagne point à sa mise en page. Ce qui y est très spécialement remarquable, c'est un mérite dont Durer est en grande partie responsable, mais qui est un peu extérieur à son art : jamais, jusque-là, les artisans qui travaillaient le bois n'avaient été capables de reproduire avec autant de précision les traits que l'artiste avait dessinés à même Ja planche. Or un Jérôme Andreae, le principal de ces artisans, n'a pu se former qu'à Nuremberg au contact de Durer.

Les dessins de X Arc de triomphe furent achevés en i5i5, mais tous les bois n'étaient probablement pas terminés en i5ic;, lorsque l'empereur M.aximilien mourut. Le cortège était moins avancé encore. L'histoire en est passablement embrouillée. Il comprend deux parties distinctes : le Char de triomphe et le Cortège proprement dit. Le Charde triomphe a sa source dans un dessin fugitif conservé à l' Albertine1, et daté de i5i2. En i5i8, l'artiste le reprend et le transforme, avec les conseils savants de Pirkheimer, maître es allégories, en une grande esquisse2, aquarellée légèrement en vert et en mauve. Puis, après une nouvelle interruption, vient, en i52 2, la traduction sur bois, laquelle porte dûment la signature de l'artiste qui l'a « inventée, dessinée et imprimée ». N'était cette attestation et le caractère du trait de plume, on trouverait que les formes féminines

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