‹ Albert DurerChapitre 7 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

qui manque à la plupart des sculpteurs de son temps. S'il a soupçonné quelque chose de la Renaissance italienne, cela n'apparaît guère dans son œuvre.

Au contraire Pierre Vischer, le fondeur, son cadet et son ami, de dix ans seulement l'aîné de Durer, accueillera largement, dans la forge où il travaille avec ses fils, l'ornement, puis l'esprit même du style nouveau.

Si j'ai nommé ces artistes, les plus grands qu'ait eus Nuremberg avant Durer et auprès de lui, c'est qu'il était nécessaire au moins de faire une constatation négative. Tout paraît se passer, pour Durer, comme s'ils n'eussent pas existé. Vraiment on dirait qu'ils appartiennent à un autre milieu social. C'est assez normal pour Veit Stoss qui paraît avoir été un mauvais garçon. Aïais Krafft et Pierre Vischer lui-même (qui avait pourtant avec Durer bien des recherches communes), nous n'en entendrons jamais parler au cours de la vie de Durer, si ce n'est peut-être à l'occasion de quelques dessins que le peintre a fournis comme modèles au fondeur.

Ils semblent être restés beaucoup plus près de l'artisanat. Voyez Vischer, le bon forgeron, tel qu'il s'est montré avec son tablier de cuir, sur la Châsse de Saint-Sébald : c'est un ouvrier. Et comparez-lui ce seigneur élégant, raffiné, que représentent les portraits de Durer par lui-même. Dans la vie de Durer nous entendrons parler de princes, d'intellectuels, d'humanistes. La sphère où il se meut ne paraît pas avoir été la même que celle de Krafft ou de Vischer. De même que, dans son art, il est en date le premier vrai Renaissant, de même, dans sa personne, il accomplit l'évolution, générale dans toute l'Europe, de l'artisan à l'artiste.

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