‹ Albert DurerChapitre 8 sur 99 · LA FORMATION · texte numérisé non relu

LA FORMATION

OUS sommes extrêmement bien renseignés sur les origines d'Albert Durer, car, avec cet orgueil scrupuleux que les grands hommes de la Renaissance ont fréquemment nourri pour tout ce qui se rapporte à leur personnalité, il s'est plu luimême à consigner l'essentiel de ce qu'il voulait livrer à la postérité, dans une chronique de famille composée en i5 24. « Albert Durer l'ancien est né de sa race dans le royaume de « Hongrie, non loin d'une petite ville appelée Jula (Gyula), à huit « milles au-dessous de Wardein, en un village voisin du nom « d'Eytas, et sa famille a fait l'élevage des bœufs et des chevaux. « Mais le père de mon père, appelé Anthoni Durer, est venu tout « enfant dans la petite ville ci-dessus chez un orfèvre et a appris « le métier chez lui. Ensuite il s'est marié avec une jeune fille du « nom d'Elisabeth, avec laquelle il a engendré une fille Catherine « et trois fils. Le premier fils, appelé Albert Durer, a été mon « père; il est aussi devenu orfèvre, un homme habile dans son art

« et un brave homme... Ensuite Albert Durer, mon cher père, est « venu en Allemagne; il est resté longtemps aux Pays-Bas auprès « des grands artistes, et à la fin il est venu à Nuremberg, à la

« Saint-Eloi î^ôô. Le même jour Philippe Pirkheimer fêtait sa « noce au Château, et il y avait danse sous les grands tilleuls. « Ensuite mon cher père Albert Durer a servi longtemps le vieux « Jérôme Holper, qui a été mon aïeul, jusqu'en l'an 1467. Alors « mon aïeul lui a donné sa fille, une jolie fille bien droite appelée « Barbe, et il l'a épousée huit jours avant la Saint-Guy. 11 faut « savoir aussi que mon aïeule, la mère de ma mère, a été la fille « de Œllinger de Wissembourg et s'est appelée Cunégonde. »

On dira que ce n'est point là le ton ambitieux et volontiers grandiloquent de la Renaissance, mais bien le style nu et touchant du livre de raison d'un homme simple. Peut-être faut-il cependant, dès cet instant, se prémunir contre une apparence. La langue allemande de cette époque, avant que Luther fût venu lui infuser sa force, ressemble toujours, avec son défaut de conjonctions qui la contraint aux courtes principales, à un balbutiement enfantin. Cet aspect de naïveté s'attachera à tout ce qu'a écrit Durer.

Retenons de ceci que la génération de Durer est la première qui soit née en Allemagne.

Sans doute il y a quelque apparence qu'il sorte d'une famille de colons allemands établis en Hongrie. Néanmoins, en l'état actuel des choses, il n'est pas possible de nier absolument qu'il soit d'origine hongroise. La question n'a d'ailleurs d'importance que pour les érudits allemands, et d'un point de vue nationaliste assez étroit. M.ême si, à l'origine, la famille avait été autrefois noble, Anthoni Durer devait être un assez pauvre artisan. On en sait plus sur le père et la mère de Durer, sur Albert Durer l'Ancien et sur sa femme Barbe. D'abord leur fils a pris le soin de conserver leurs images. Le portrait de son père a été l'un de ses premiers

Page 1