‹ Albert DurerChapitre 9 sur 99 · CHAPITRE DEUXIÈME i · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME i

portraits dessinés, puis son premier grand essai de peinture; il l'a repeint en i497- ^ est °^e m°de de faire parler les portraits. iVLais ici ce serait vaine littérature, car le peintre nous a épargné ce soin :

« Cet Albert Durer l'Ancien, continue-t-il dans sa chronique, « a passé sa vie à grand peine et à dur travail. Il n'a eu rien d'autre « pour se nourrir que ce qu'il a gagné de ses mains pour lui, sa « femme et ses enfants. Aussi il a eu très peu de chose. Il a subi « encore bien des chagrins, des inimitiés et des adversités. Il a reçu, « aussi, bonne louange de beaucoup de ceux qui l'ont connu. Car « il menait une vie honorable et chrétienne, était un homme patient « et d'humeur tranquille, pacifique à l'égard de tous, et il était très « reconnaissant envers Dieu. Il n'avait pas besoin de beaucoup « de compagnie et de plaisir mondain : c'était un homme de peu « de paroles et craignant Dieu. Mon cher père a eu grand soin de « ses enfants qu'il élevait dans le respect de Dieu. Car son plus « grand désir était de voir grandir ses enfants dans l'obéissance, « afin qu'ils fussent agréables aux yeux de Dieu et des hommes. « C'est pourquoi son discours quotidien était que nous aimas- « sions Dieu et que nous agissions loyalement à l'égard de notre « prochain. »

Quant à sa mère, peu de temps avant la mort de celle-ci, en i5i4, Durer en a fait un dessin au fusain, actuellement à Berlin1, qui atteint à une émotion intense à force d'être impitoyable. Il ne reste plus rien du beau brin de fille qu'elle était quand Durer l'Ancien l'épousa. On songe, en la regardant, à cette expression populaire : usée jusqu'à la corde. Usée probablement par les luttes de la vie, usée surtout d'avoir été dix-huit fois mère. De ces dix-huit enfants, dont il ne survivait en 1624, que trois, Albert, né en 1471, était le troisième.

1. L. 4°- Les chiffres précédés de la lettre L, au cours du présent ouvrage, se réfèrent au grand recueil de Lippmann (voir bibliographie).

j6 ALBERT DURER

Ce fut probablement cette nombreuse famille qui empêcha Durer l'Ancien de s'élever à une situation aisée. Car Holper, son beau-père, gagnait largement sa vie, et lui-même paraît avoir joui de beaucoup de considération parmi ses compatriotes : les documents écrits, qui sont tout ce qu'on connaît sur lui, prouvent qu'il fut contrôleur et essayeur de la monnaie, et qu'en 1482 il occupa un poste de surveillance municipale. Peut-être même eut-il quelque commerce personnel avec l'empereur. Sa position sociale paraît donc avoir été supérieure à sa fortune. Plus miséreux souvent, peut-être, qu'un ouvrier, il n'était pas un ouvrier : le parrain de son fils Albert fut l'imprimeur Koburger, un grand bourgeois s'il en fût, dont l'officine occupa plus de cent ouvriers et devint la première d'Allemagne. Comme il convient, Durer l'Ancien fit sortir son fils tôt de l'école pour lui enseigner son métier. L'enfant avait tout juste appris à lire et à écrire. Il est probable qu'il eut l'occasion, plus tard, au contact des humanistes, d'acquérir un peu de latin, car ses inscriptions sont correctes, et son ami Pirkheimer lui écrivait d'ailleurs en cette langue.

Il est notable qu'en Allemagne comme en Italie le renouvellement de l'art soit sorti des ateliers d'orfèvre. Pourtant le métier, auquel Durer est, certainement, redevable en partie de sa précision de travail, de son habileté à attaquer la planche de cuivre au burin, ne lui plaisait pas. Il aimait à dessiner pour lui-même, sans maître, et, plus tard, parvenu à la gloire, il a voulu pour nous instruire, sauver de l'oubli un de ces essais d'enfant : « J'ai dessiné cela d'après moi-même dans une glace, a-t-il écrit sur un dessin de l' Albertine1, en l'année 14S4, quand j'étais encore un enfant. » Un enfant de treize ans, songeons-y. Certes il est parfaitement inutile d'insister sur les maladresses : le contour de la main, l'expression

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