DAVID
Tu n'as rien de l'enfant qui venge sa tribu ! Malgré ta joue imberbe et ton geste de fête Et ton air de frondeur qui piétine la tête Du géant philistin ridicule et barbu,
Tu n'es point le David des Saintes Écritures ! Chevalier par le bas et pâtre par le haut,
Tu précèdes dans l'aube, harmonieux héraut, Le cortège éclatant des merveilles futures.
O splendeur de la vie ! ô volupté du sang ! Réveil inespéré du monde renaissant !
Joyeux retour d'exil de la beauté proscrite !
Souriant parmi l'or de tes cheveux flottants Sous le chapeau de fleurs chanté par Théocrite, Tu jettes dans l'azur le cri de ce printemps !
Mais Giraud, tiré de lui-même par le cours impérieux des choses et par les solidarités de la lutte, va y rentrer. Et c'est le Miroir caché, autre recueil de sonnets, encore inédit comme Un Concert dans un Musée, et qui est de date toute récente. Le monstrueux cauchemar a cessé presque brusquement, soulageant chacun du poids d'incertitude qu'il faisait peser sur tous. L'esprit libéré du poète se joue à ses propres caprices, se laisse entraîner à la dérive de réminiscences ou d'impulsions fortuites, rêves restés inexprimés, souvenirs effacés qui sortent un instant des ombres de la mémoire, hommes, œuvres, émotions rencontrés sur la route déjà longue de la vie et du songe... Il médite : des «êtres et des choses » passent, que son attention retient, et qui, sur le fond mouvant et enténébré de ce passé confus, s'isolent et s'illuminent, comme sous le faisceau de lumière projeté par un miroir caché. L,e miroir, c'est l'âme, l'âme « mi-naïve, mi-désabusée » du poète, toujours amoureuse de la vie, tous les jours séduite par elle, et, tous les jours, d.écue ; cette âme multiforme, religieuse et sceptique, confiante et incrédule, irascible et indulgente, pleine de cruauté, de tendresse, de sourires et d'ironies...
Ce Miroir caché nous apparaît, lui aussi, comme un livre de confidences, mais volontaires. Toutes les faces de l'esprit complexe de l'auteur se laissent entreapercevoir, tour à tour ou, même, toutes ensemble,
dans ces sonnets aux rythmes prestes et légers. C'est tantôt, sous le travesti désinvolte d'un conte, sous le masque d'une allégorie satirique ou sous le couvert d'une fable ; tantôt, sous l'apparence d'un rapide croquis, d'une spirituelle esquisse ou encore, d'un commentaire rimé, griffonné en marge d'un livre... De tous ces traits épars et, quelquefois, contradictoires, se reconstitue — comme le prisme, de ses couleurs décomposées — la physionomie de Giraud, créateur d'un monde de beauté qu'il va réédifiant sans cesse, en dépit des démentis de la réalité, mais toujours prêt à se venger à coup d'épigrammes lorsqu'il en est importunément arraché !
Nous ne détacherons de ce livre qu'un seul et significatif sonnet, le sonnet dans lequel ce Latin de Flandre nous marque, une fois de plus, dans la maturité de l'âge et après avoir hanté, comme Joachim du Bellay, nombre de régions, réelles ou imaginaires, de splendeur et de gloire, son filial et permanent attachement pour son « petit Lire » :