‹ Albert le Grand et Saint Thomas d'AquinChapitre 102 sur 118 · Témoignages d'admiration pour les œuvres de saint Thomas · texte numérisé non relu

Témoignages d'admiration pour les œuvres de saint Thomas

Lesjuifs ont, eux aussi, montré une profonde vénération pour les ouvrages du saint docteur. Non satisfaits des traductions que leur avaient fournies de savants dominicains, les uns apprirent la langue latine tout exprès pour lire dans l'original les écrits de saint Thomas : de ce nombre fut l'Espagnol Ali ben Joseph Xabillo ; et les autres les transportèrent du latin dans l'hébreu, \Kmr pouvoir les offrir à leurs coreligionnaires. Nous connaissons pour notre part plusieurs de ces traductions, entre autres celles de Ichuda ben Mose Romano et d'Isaac Abarbanel, qui est très renommée et dans l'avant-propos de laquelle le traducteur appelle saint Thomas le plus savant des chrétiens. D'autres en traduisirent seulement des extraits, comme l'Italien Jacob ben Zabalon:

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car ils ne crurent pas trouver d'autre écrivain dans les œuvres duquel ils apprendraient mieux et plus sûrement ce qu'est la doctrine chrétienne. Il y en eut qui allèrent encore plus loin, et qui s'en servaient même dans les polémiques avec leurs adversaires. Nous en avons trouvé qui profitaient des commentaires de saint Thomas sur

les Ecritures pour leurs propres explications. Ainsi fit R. Baruch iha Baruch \

Les protestants ont toujours mis moins de délicatesse que les juifs à juger les grandes appa-ritions qui se sont produites au sein de l'Eglise catholique. C'est en effet d'eux qu'est venue la dépréciation du saint docteur, que certains théologiens catholiques ont acceptée, comme ils ont accepté tant d'autres de leurs opinions, d'abord dans l'espoir de les gagner, et puis plus tard pour ne pas leur être inférieurs dans la connaissance des questions scientifiques. Cependant depuis un siècle, plusieurs protestants, dans la supposition que saint Thomas était passé de mode et par conséquent n'était plus dangereux, en ont parlé avec moins de passion. « Ce n'est pas seulement», dit

1. Weber, I, 882.— Jellinck, Thomas dans la littérature juive. Leipsig, 1853.

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riin d'eux, « parce que dans notre siècle on s'est mis à approfondir la philosophie et la théologie plus scientifuiuement que Ton s'est, retourné vers la scolastique, mais parce que la manière de présenter les vérités religieuses des catholiques, depuis une trentaine d'années, a remis en honneur les écrits de saint Thomas. Toujours est-il que le catliolicisme ne peut pas oublier, tant qu'il restera debout, le plus vaillant et le plus profond défenseur de sa doctrine ; et le protestantisme lui-même, abstraction faite de l'intérêt polémique, ne peut pas ne pas y prendre part, tant qu'il conservera un sentiment d'admiration pour la grandeur et la valeur scientifique *. w

Ce n'est pas qu'il faille précisément attacher une trop grande importance, comme cela arrive malheureusement si souvent, à de semblables jugements : car ils ne sont qu'une involontaire confession de la vérité, dictée par une réalité indéniable ; de la vérité contre laquelle s'élève la volonté, mais à laquelle cependant l'esprit est obligé d'adhérer. Ces genres d'aveux ont aussi leur poids et leur signification. S'ils devenaient plus généraux, si surtout ils étaient plus sin-

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