SOMME CONTRE LES GENTILS
Saïut Thomas d' Aquin écrivit sa Summa contra gentUcs pour saint Raymond de PennaCort qui à ce moment, (quoique très avancé en âge, s'occupait avec la plus grande activité de la conversion des Juifs et des Maures en Espagne. Le Docteur angélique, pour répondre au but de la science en général, s'imposa dans ce travail la double tâche de justifier positivement et négativement la foi catholique, c'est-à-dire d'en démontrer d'une part la vérité positive et de l'autre de prouver comme erreurs toutes les opinions qui lui étaient opposées [propositum est veritatem qusim {ides catholica j^orfîteturj manifestare errores eliminando contrarios).
Mais comme ces erreurs qui surgissaient de différents côtés et qui avaient souvent des bases contradictoires, ne pouvaient pas être victorieusement combattues par des arguments positifs, il n'y avait qu'à s'en rapporter à la seule raison et
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les attaquer avec les seules preuves rationnelles. En effet, il eût fallu employer contre les Juifs des arguments puisés dans l'Ancien-Testament.Orces arguments n'auraient été d' aucun poids sur les mahométans. D'un autre côté, les démonstrations contre les hérétiques n'auraient atteint ni les mahométans ni les Juifs.
La raison seule est sans doute insuffisante comme principe démonstratif des vérités révélées, mais elle a cependant assez de lumière pour reconnaître des vérités partielles et cela suffît déjà pour prouver ce qui est faux et pour faire voir comment la vérité démonstrative est en accord avec la foi chrétienne : Quse ta,men in rébus divinis deftciens esf , simul autem veritatem aliquam investigantes ostendemus qui errores per eami excludsintur et quomodo demonstrativa Veritas fidei christianse religionis concordet.
Ainsi considérés, c'est-à-dire sous le rapport de la connaissance ou de la compréhension, les vérités de la foi catholique se partagent en deux classes, les unes dépassent la puissance compréhensive de la raison humaine, tandis qu'elle peut très bien atteindre les autres, qui dès lors deviennent l'objet de la philosophie : Qusedam nam*
APPENDICL. 2i{î)
(lue vent sunl de iJeo^ (^nœ oDDteni liiculUUcin hiunaniv ratlonis exccdant, ut Deum esse trinuin et unum; quœdam vero sunt ad ea quœ etiam ratio naticralis pertingere potest, siciit est Deum esse^ Deunt esse unum et alla liujusmodij qux etiam pJiilosophi démonstrative de Deo probaverunt ducti naturalis lumine rat ion is.
Il suit de Kl que les vérités d'une classe, comme l'indique l'ouvrage de saint Thomas, sont à traiter tout autrement que celles de l'autre.
Celles qui sont saisissables par la raison sont commetellesà démontrer rationnellement et c'est parce genre d'arguments que les adversaires sont il combattre. Quant aux autres, il n'est pas possible de les traiter de la même manière et c'est pourquoi il s'agit, relativement à celles-ci, de combattre simplement les faux principes des adversaires. Ad primse igitur veritatis manifestationem per rationes demonstrativas quibus adversariiis convinci p)Ossit procedendum est. Sed quia taies rationes ad secundam veritatem haberi non possunt, non débet esse ad hoc intention utadversariusrationibus convincatur^ sed ut ejus rationes quas contra veritatem
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hahet solvantur. Cela est très vrai, car la raison naturelle ne peut pas être opposée à la vérité.
De là l'œuvre de saint Thomas, la Somme contre les gentils, se divi.se en deux parties. La première comprend les vérités accessibles à la raison, veritsiies pervise^et la seconde les vérités qui sont au-dessus de la puissance compréhensive de la raison, veritates rationem excedentes im,pervise, mysteria. La première partie comprend ensuite trois sections : La première de ces sections traite les vérités saisissables de Dieu en lui-même comme son existence et ses attributs; la seconde parle de la création et de la créature, particulièrement de l'homme , et la troisième considère la créature dans son retour vers Dieu, c'est-à-dire la fm de l'homme, la providence divine, la loi, les conseils, la grâce, la volonté divine et la volonté humaine.
La seconde partie s'occupe : 1° de la Trinité ; 2"* de la chute originelle et de l'Incarnation ; 3" des sacrements ; 4^" de la résurrection des corps ; 5"" du sort de l'âme après sa séparation d'avec le corps; 6" du Purgatoire; 7" du Jugement dernier, et 8*" du monde après le jugement.
Cette partie est précédée d'une introduction
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clans ki({uello le saint docteur demande s'il est utile de faire un objet de la foi des vérités que la raison est capal)lc do concevoir comme telles ; si nous pouvons être déterminés d'accepter et de croire des vérités que nous ne comprenons pas et si semblable foi n'est pas une légèreté ; si les vérités rationnelles peuvent contredire les vérités de foi et enfin quelle valeur il fciut attribuer aux démonstrations de la raison qui ont Dieu pour objet.
L'immense portée de cette œuvre est incontestable et a toujours excité l'admiration de tous. Elle est aussi plus facile à lire et à saisir que la Somme théologique, parce que, à côté de la clarté et de la précision, les arguments ont une subtilité extraordinaire et nous sommes d' accord avec François do Sylvestris quand il prétend que saint Thomas dans sa Somme contra gentiles s'est pour ainsi dire surpassé seipsum. quoque visus est superasse. Néanmoins la valeur de cette Somme n'atteint pas celle de l'autre qui embrasse toute la doctrine catholique prouvée par tous les éléments que la théologie avait mis au service du Docteur angélique.
L'Auteur.