‹ Albert le Grand et Saint Thomas d'AquinChapitre 44 sur 118 · Erreurs au sujet du moyen âge · texte numérisé non relu

Erreurs au sujet du moyen âge

Les hommes cherchent toujours, pour justifier leur manière de penser et de faire, à s'appuyer sur les enseignements de Thistoire et sur les traditions du passé.

Or, dans les siècles écoulés, il n'y a pas de période vers laquelle on porte plus aisément les

regards, dans les grandes luttes de l'Eglise avec le siècle, que le moyen âge, ce temps des grands combats, d'où le royaume de Dieu est sorti triomphant et glorieux.

Les uns, les ennemis de toute vérité surnatu-

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relie, les adversaires jurés de toutes les institu-

tionsqui sont sorties de l'Eglise ou qui sont vivifiées par son esprit, ne croient pas pouvoir mieux prouver leur droit à combattre l'Epouse du Christ sur la terre qu'en indiquant cette époque mémorable où l'Eglise dirigeait toute la vie publique. Ils n'y voient naturellement que ténèbres et barbarie. L'Église, disent-ils, n'a-t-elle pas étouffé toute tendance à la liberté aussi bien dans la pensée que dans l'action ?

Et lorsqu'une fois ce sophisme est entré comme une conviction dans l'esprit, on croit que tout effort de l'homme vers la science et la culture intellectuelle ne sera possible que lorsque le christianisme, ou mieux le catholicisme, qui, à l'époque de sa domination dans le monde, s'est montré si hostile aux plus grands biens de l'humanité, aura complètement disparu de la surface de la terre.

Les autres, ce petit troupeau d'élus qui combattent le grand combat contre l'immense majorité qui les méprise et en rit, eux aussi regardent en arrière et fixent avec joie ce temps glorieux de l'Église. Ils le considèrent et le jugeilt autrement. Pour eux, cette période est la preuve la plus

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éclatante que le triomphe du catholicisme, que la domination de l'Eglise sur l'esprit du siècle est en même temps la victoire des biens suprêmes et uniquement vrais, la victoire de la véritable science et delà vraie culture de l'esprit.

Et parce que cette époque apparaît si souvent comme ayant été exclusivement celle à laquelle l'Église était en pleine et tranquille possession d'une puissance incontestée, il arrive que beaucoup d'esprits timorés perdent courage. Cds esprits pensent et disent tout haut, quand la résistance inflexible de leurs adversaires les fait désespérer du succès, que les temps où nous vivons sont devenus bien différents des anciens et qu'il n'y a plus rien à attendre sur terre pour le triomphe du bien. L'Eglise autrefois, disentils, avait beau jeu ! Et qui pourrait nous en vouloir, si nous avons perdu tout espoir d'enrayer et d'empêcher la ruine universelle, alors que nous avons toutes les peines du monde à assurer notre propre salut ?

Les uns et les autres, les amis et les ennemis de l'Église sont ici dans l'erreur et dans une double erreur dangereuse. La plus dangereuse est néanmoins celle des amis de l'Église. Il importe-

rait de les rectifier toutes deux; mais, puisque les adversaires de l'Église ne veulent pas être convaincus d'erreur, occupons-nous de celle des autres. En effet, rien ne serait plus avantageux que de persuader à tout esprit droit que le bien et le juste n'ont, en aucun temps, quel qu'il a été, triomphé sans lutte, et sans lutte sérieuse, du mal et de l'iniquité.

2. Ressemblance et dissemblance entre le XIIP et le XIX^ siècle

Ceci établi, nous dirons que nulle époque dans l'histoire n'a été plus semblable à la nôtre que précisément le moyen âge, et, dans le moyen âge, la période la plus brillante, le xiii^ siècle. Ce xm*^ siècle, comme la seconde moitié du xix'', offrait au monde un spectacle où les principes les plus opposés se livraient une guerre acharnée : ceux qui alors étaient indécis, flottants, souffraient cruellement et ne savaient quel parti prendre. « C'était un temps de contradictions comme on

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n'eu avait jamais vu ; les contradictions ne se trouvaient pas seulement dans les masses ou dans les manilestations telles qu'elles se produisaient, mais bien souvent chez les individus que les inclinations vers le bien et la puissance du mal portaient aux extrêmes *. » Et si de nos jours les contradictions s'expriment peut-être plus fortement qu'alors, si on en a tiré des conséquences plus vastes, les hommes du xiii*" siècle qui luttaient dans les deux camps étaient plus énergiques, plus infatigables et plus vigoureux qu'on ne Test aujourd'hui.

Personne ne nous contestera que c'est au xnf siècle que T Eglise catholique a célébré ses plus grands et ses plus beaux triomphes. A nulle autre époque elle n'eut d'aussi puissants Pontifes, d'aussi brillants évêques, d'aussi ardents prédicateurs de la parole de Dieu. Jamais jusque-là elle n'était arrivée à une plus vaste diffusion à travers tous les pays connus ; ses missionnaires avaient pénétré jusque chez les peuples barbares et les avaient soumis au joug de l'Evangile. C'était un temps où les saints poussaient comme r herbe dans les cliamps^ où les plus savants doc-

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